17 août 2026 |

Ecrit par le 17 août 2026

Avignon, Musée Angladon ‘Vers l’infini et au-delà’

Avec 25 000 visiteurs par an, dont 70% d’étrangers, le Musée Angladon-Collection Jacques Doucet demeure l’un des joyaux culturels d’Avignon. À l’approche de ses 30 ans, l’institution accélère sa transformation : soutien des Pouvoirs publics, partenariat envisagé avec le Musée d’Orsay, modernisation de son fonctionnement et ambition d’obtenir le prestigieux label ‘Musée de France’. Une feuille de route destinée à assurer l’avenir d’une collection exceptionnelle, malgré un équilibre financier devenu fragile.

Thierry Suquet, préfet de Vaucluse, a été accueilli au Musée Angladon-Collection Jacques Doucet par Gilles Muller, président de la Fondation Angladon-Dubrujeaud, Me Alain Graugnard, président honoraire, et l’équipe du musée. Mission ? Prendre la mesure d’un établissement engagé dans une profonde réflexion sur son avenir. Pour l’occasion, le représentant de l’Etat a visité l’exposition temporaire ‘Un compagnonnage artistique’. Jean Angladon et Paulette Martin, qui met en lumière le dialogue artistique et amoureux entre les deux peintres, dans leur ancienne demeure, offrant une lecture plus intime de la collection permanente.

Une maison-musée unique en Provence
Créée selon les volontés de Jean Angladon et Paulette Martin, héritiers du grand couturier et collectionneur Jacques Doucet, la Fondation célèbre cette année ses trente ans. Son identité ? Une maison-musée installée dans un hôtel particulier du 18e siècle, où les œuvres rythment les lieux comme si leurs propriétaires venaient tout juste de les quitter. Le musée accueille environ 25 000 visiteurs chaque année, dont près de 70% viennent de l’étranger. Une fréquentation en progression qui témoigne de l’aura internationale de cette collection, considérée comme l’un des plus beaux ensembles privés d’art moderne en France. Parmi ses trésors figurent notamment ‘La Blouse rose’ d’Amedeo Modigliani et ‘Wagons de chemin de fer à Arles’ de Vincent Van Gogh, seule œuvre du peintre hollandais conservée en Provence.

Des difficultés financières, mais une stratégie de rebond

Comme de nombreuses institutions culturelles, le musée doit cependant composer avec une équation économique délicate. Son fonctionnement demeure déficitaire, ce qui fragilise progressivement la dotation financière léguée par ses fondateurs et pour une partie placée en Bourse. Une situation qui a conduit la Fondation à saisir le tribunal judiciaire d’Avignon afin d’obtenir une évolution des dispositions testamentaires encadrant sa gestion.

Pour une réorganisation plus ambitieuse
Parmi les premières mesures figurent un alignement progressif de la politique tarifaire sur celle des autres musées avignonnais, désormais payants pour les visiteurs extérieurs à la ville, la refonte du site internet, la mise en place d’une billetterie en ligne, le développement de nouveaux services et un renforcement de la présence numérique. Une réorganisation interne devrait également permettre de mieux distinguer les missions administratives des activités scientifiques et culturelles.

Le pari d’un grand musée d’art moderne en région Sud
Egalement, depuis plusieurs années, la Fondation travaille avec la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) à un rapprochement avec le Musée d’Orsay. L’objectif est de faire émerger, en Avignon, un pôle majeur consacré à l’art moderne, à l’image des coopérations déjà engagées entre le Louvre et le Petit Palais. Dans cette perspective, les responsables du musée souhaitent fédérer l’ensemble des acteurs culturels du territoire, des collectivités locales à l’agglomération du Grand Avignon, afin de construire une stratégie commune de rayonnement. L’enjeu ? Renforcer l’attractivité culturelle d’Avignon tout au long de l’année, au-delà de la seule période des Festivals In et Off, en s’appuyant sur un patrimoine couvrant près de huit siècles de création artistique, de la première Renaissance à l’art contemporain.

Objectif ‘Musée de France’ en ligne de mire
Grâce à la qualité exceptionnelle de ses collections, le Musée Angladon nourrit désormais l’espoir d’obtenir l’appellation Musée de France, distinction qui renforcerait encore sa visibilité, faciliterait les partenariats scientifiques et conforterait sa mission de conservation. La visite du préfet apparaît ainsi comme une étape importante dans ce processus. Entre exigences économiques, attractivité touristique et transmission culturelle, le Musée Angladon doit répondre aux exigences de son temps pour ambitionner demain
Mireille Hurlin


Avignon, Musée Angladon ‘Vers l’infini et au-delà’

Concert intimiste, performance coup de poing et lectures inédites : le Musée Angladon se transforme en scène d’exception pendant le Festival Off jusqu’au 21 juillet, trois propositions artistiques originales investissent ce lieu emblématique d’Avignon. Entre création musicale, théâtre engagé et laboratoire d’écriture, les spectateurs sont invités à vivre des expériences rares, dans l’écrin feutré d’un musée qui fait dialoguer patrimoine et création contemporaine.

Loin du tumulte des grandes artères avignonnaises, les salons et salles d’exposition du Musée Angladon accueillent des formes artistiques à la jauge volontairement réduite. Cette année encore, la programmation fait le pari de la diversité avec trois rendez-vous qui explorent chacun, à leur manière, les pouvoirs de la parole, du corps et de l’imaginaire.

Claire Diterzi Copyright Ifachazalette

« Solo à table », Claire Diterzi chante à voix nue
Personnalité connue de la scène musicale française, compositrice, chanteuse et metteuse en scène, Claire Diterzi poursuit depuis plus de 20 ans un parcours artistique atypique, à la croisée du concert, du théâtre et de la performance. Première musicienne issue des musiques actuelles accueillie en résidence à la Villa Médicis, elle n’a cessé de brouiller les frontières entre les disciplines. Avec « Solo à table », elle propose un concert intime. Le public est convié autour d’une table, dans un véritable cabinet de curiosités sonores où la voix circule sans artifice. Chansons, confidences, silences, humour et émotions se répondent dans une proximité presque troublante. Un moment suspendu, délicat et profondément humain, où les oreilles regardent autant que les yeux écoutent.

Martine au viol copyright Milton Chaos

« Martine au viol », comme une claque …
Changement radical d’atmosphère avec « Martine au viol », création de la compagnie Le Rire d’Ariane. Derrière ce titre volontairement provocateur se cache une performance dérangeante. Les artistes choisissent le rire comme arme politique pour aborder les violences sexuelles. Un humour noir, grinçant, parfois inconfortable, qui refuse les faux-semblants et interroge frontalement les mécanismes du patriarcat. Les situations absurdes s’enchaînent, les spectateurs sont régulièrement sollicités et la frontière entre satire et réalité devient volontairement poreuse. Loin de chercher la provocation gratuite, cette création assume de faire rire là où l’on pleure habituellement. Elle transforme le malaise en réflexion collective et rappelle que le théâtre demeure l’un des espaces privilégiés où les sujets les plus sensibles peuvent être débattus autrement.

Copyright Matins curieux, Musée Angladon

Les « Matins Curieux », la fabrique du théâtre de demain
Et si les plus belles découvertes du Festival se trouvaient dans des œuvres qui n’existent pas encore ? Chaque matin, Les Matins Curieux ouvrent les portes des écritures contemporaines. Imaginé par La Manufacture, ce rendez-vous gratuit propose des lectures de textes inédits, parfois encore en cours d’écriture, portés par leurs auteurs et des équipes artistiques venues les mettre en voix. Le public assiste ici à la naissance des spectacles de demain. Les lectures sont suivies d’échanges privilégiés avec les artistes, offrant une immersion dans les coulisses de la création théâtrale. Une occasion rare de découvrir des écritures émergentes et d’entendre les préoccupations qui traversent la scène contemporaine avant même qu’elles ne prennent définitivement forme.

Un autre visage du Festival Off
Loin de l’agitation de la rue emplie de couleurs et de bruits, le Musée Angladon propose une respiration bienvenue. On y vient autant pour découvrir un spectacle que pour savourer un lieu, prendre le temps de regarder les collections et prolonger la rencontre avec les artistes. Une parenthèse culturelle où patrimoine, musique, théâtre et littérature se lient d’amitié.

Les infos pratiques
Solo à table – Claire Diterzi jusqu’au 21 juillet à 18h15. Relâches les 16 et 20 juillet. Durée : 1h. À partir de 8 ans. Jauge limitée à 50 spectateurs. Tarifs : 21€, 14,50€ et 10€. Réservation vivement conseillée. Martine au viol. Compagnie Le Rire d’Ariane jusqu’au 21 juillet. De 17h30 à 18h55. Relâche le 16 juillet. Les Matins Curieux. Jusqu’au 18 juillet. De 10h30 à 12h. Entrée libre, dans la limite des places disponibles. Musée Angladon. Collection Jacques Doucet 5, rue Laboureur, Avignon. 04 90 82 29 03. accueil@angladon.com
Mireille Hurlin


Avignon, Musée Angladon ‘Vers l’infini et au-delà’

À l’occasion de son 30e anniversaire, le Musée Angladon à Avignon dévoile pour la première fois une exposition d’envergure consacrée à ses fondateurs, Jean Angladon et Paulette Martin. Plus de 170 œuvres, longtemps conservées en réserve, investissent l’ancien atelier du couple et révèlent un dialogue artistique complice, à l’origine de l’un des plus remarquables musées de la cité papale.

Les visiteurs connaissent le Musée Angladon pour son exceptionnelle collection léguée par le grand couturier et collectionneur Jacques Doucet, où rayonnent les chefs-d’œuvre de Van Gogh, Cézanne, Picasso, Degas, Modigliani, Manet ou encore Sisley. Ils connaissent moins ceux qui ont rendu ce patrimoine accessible au public : Jean Angladon (1906-1979) et Paulette Martin (1905-1988), mari et femme (21 juin 1932), artistes, collectionneurs, enseignants à l’Ecole d’art d’Avignon et fondateurs du musée.

Un compagnonnage artistique
Trente ans après l’ouverture de l’institution, le musée leur rend hommage avec « Un compagnonnage artistique », une exposition inédite, pensée et réalisée par Alexandra Siffredi médiatrice culturelle du lieu, qui offre un regard intime sur leurs œuvres personnelles. Une immersion dans leur univers créatif, celui d’un couple qui, durant près d’un demi-siècle, a partagé la même passion sans pour autant renoncer à sa propre identité artistique.

Paulette Martin et Jean Angladon, oeuvre de Jean Angladon Musée Angladon Copyright Fabrice Lepeltier

Dans l’intimité des artistes
« Nous sommes véritablement dans leur maison », résume Alexandra Siffredi, médiatrice du musée et commissaire de l’exposition qui investit les anciens ateliers du deuxième étage, là même où le couple vivait et travaillait.

Dans les ateliers
Dès la première salle, le visiteur pénètre dans une atmosphère volontairement préservée : Cartons à dessins, carnets, objets familiers et mobilier évoquent l’ambiance d’atelier des années 1970. Les natures mortes répondent aux véritables objets qui les ont inspirées : un même vase, une coupe ou un bouquet, un petit récipient enfermant le pigment bleu cobalt, tous deviennent, selon le regard de Jean ou de Paulette, deux interprétations différentes. Cette mise en scène rappelle combien leur quotidien nourrissait leur création. La magie de la mise en scène tient en cela qu’elle fait disparaitre la frontière entre vie privée et travail artistique.

Une vaste production
Les dessins et gravures, d’une grande finesse d’exécution, témoignent de leur maîtrise du trait et séduisent particulièrement les visiteurs. Les carnets de voyage racontent également leur curiosité permanente pour les paysages, les monuments et les rencontres.

Musée Angladon, Copyright Fabrice Lepeltier

Une salle consacrée à Jean Angladon
Une salle entière est consacrée à Jean Angladon et à son attrait pour le surréalisme, offrant au visiteur de voyager dans d’oniriques contrées où l’étrange et  l’imaginaire se déploient alors que l’époque est profondément marquée par les recherches de Salvador Dalí, René Magritte ou Giorgio de Chirico.

Dans la campagne environnante
L’exposition retrouve ensuite la Provence, omniprésente dans leur œuvre commune. Lumière du Midi, pierres blondes, mobilier traditionnel, paysages du Gard et du Vaucluse nourrissent leurs toiles. « Ces paysages existent encore aujourd’hui et il serait tout à fait intéressant de les comparer avec ce qu’ils sont devenus, d’étudier leur transformation avec l’engouement pour la restauration et réhabilitation des vieux mas, l’éclosion de nouvelles infrastructures routières, de nouvelles constructions…» sourit Alexandra Siffredi.

Bien plus que des peintres
L’exposition déconstruit également une image parfois réductrice d’un couple de collectionneurs retirés du monde. « Jean Angladon et Paulette Martin furent au contraire des acteurs essentiels de la vie artistique avignonnaise. Membres du Groupe des Treize puis des Peintres indépendants d’Avignon, ils participèrent activement à l’organisation d’expositions, encouragèrent les jeunes artistes et contribuèrent à faire rayonner la création locale, » révèle Alexandra Siffredi.

L’exposition a été pensée et orchestrée par Alexandra Siffredi, médiatrice culturelle du lieu Copyright Mireille Hurlin

Des professionnels de la gravure
Tous deux enseignèrent également le dessin, aussi bien aux Beaux-Arts d’Avignon que dans différentes écoles professionnelles. Ils réalisèrent des gravures, illustrèrent notamment les premiers numéros de Poètes casqués, la revue fondée par Pierre Seghers en 1939, pratiquèrent le tissage dans les années 1960 et vécurent essentiellement de leurs activités artistiques et pédagogiques. Ils aimèrent autant transmettre que créer.

Une modernité insoupçonnée
Ce qui frappe tout au long du parcours est la liberté avec laquelle le couple traverse les grands mouvements artistiques du XXe siècle.Le visiteur passe ainsi d’une peinture héritée des maîtres classiques aux recherches post-cézanniennes, découvre des compositions proches du cubisme, s’aventure vers le surréalisme avant de retrouver une figuration lumineuse profondément ancrée dans le paysage provençal.

Deux signatures, deux tempéraments
Paulette Martin privilégie les nuances, les jeux de lumière et une sensibilité délicate aux matières. Jean Angladon adopte une écriture plus audacieuse, parfois plus géométrique ou onirique. Deux signatures, deux tempéraments, mais une conversation artistique permanente.

Copyright Mireille Hurlin

L’héritage de Jacques Doucet, une aventure avignonnaise
Si leur œuvre est aujourd’hui remise en lumière, c’est aussi parce qu’elle éclaire autrement la naissance du musée.À la fin des années 1960, Jean Angladon hérite, avec son père, d’une partie de la prestigieuse collection de son grand-oncle Jacques Doucet, immense collectionneur visionnaire qui fut l’un des premiers à acquérir des œuvres de Picasso, Braque ou Modigliani. Le couple choisit alors de quitter une vie d’artistes itinérants pour transformer un hôtel particulier de la rue Laboureur en écrin destiné à accueillir ces chefs-d’œuvre.

Une réalisation posthume
Le projet aboutira après leur disparition : Paulette Martin consacrera les dernières années de sa vie à organiser la future fondation, inventorier les collections et préparer minutieusement l’ouverture du musée inauguré en 1996. Ironie de l’histoire, Jean Angladon et Paulette Martin avaient toujours souhaité que leurs propres œuvres restent discrètes face aux chefs-d’œuvre de la collection Doucet. Hormis leurs deux portraits croisés accueillant les visiteurs au rez-de-chaussée, œuvre de jean Angladon, leurs créations demeuraient jusqu’ici largement invisibles.

Une mise en lumière
Cette exposition vient réparer cet effacement volontaire. Elle rappelle que derrière les prestigieuses signatures de Van Gogh, Cézanne ou Picasso se cachait un couple d’artistes profondément attaché à Avignon, animé par le partage, l’enseignement et une passion commune pour la création.

Les infos pratiques
Exposition : Un compagnonnage artistique ‘Jean Angladon et Paulette Martin’ imaginé et réalisé par Alexandra Siffredi. Musée Angladon. Jusqu’à fin août 2026. Du mardi au dimanche de 13h à 18h. Parcours : exposition présentée au deuxième étage ; collections permanentes et chefs-d’œuvre de la collection Jacques Doucet accessibles au premier étage et au rez-de-chaussée. 04 90 82 29 03. Musée Angladon 5, rue du Laboureur à Avignon. Plein tarif 12€. 8€ pour les résidents avignonnais.
Mireille Hurlin

Les objets du quotidien retrouvés dans leurs oeuvres Copyright Mireille Hurlin

Avignon, Musée Angladon ‘Vers l’infini et au-delà’

Après plusieurs mois de transition, la Fondation Angladon-Dubrujeaud ouvre un nouveau chapitre. Gilles Muller succède à Philippe Lechat -président depuis juillet 2025- à la présidence de l’institution avignonnaise. Sa feuille de route ? Renforcer le rayonnement du musée privé et conserver sa place d’acteur majeur de l’attractivité culturelle d’Avignon. Une nomination qui intervient alors que le musée célèbre ses trente ans et poursuit sa réflexion sur son avenir. La nouvelle direction du musée Angladon-Collection Jacques Doucet n’a cependant pas encore été nommée.

Réuni en conseil d’administration, la Fondation Angladon-Dubrujeaud a élu Gilles Muller à sa présidence. Il succède à Philippe Lechat, dont le mandat aura accompagné une période charnière marquée par des interrogations sur le modèle économique de l’établissement, le départ de sa directrice historique Lauren Laz, depuis mai 2015 et directrice du département des oeuvres des beaux-Arts de Paris depuis avril 2026, puis la volonté affirmée de redonner un nouvel élan au musée. 

Un professionnel de la culture et des relations publiques
Installé en Provence depuis une quinzaine d’années et Avignonnais depuis sept ans, Gilles Muller est très présent dans le milieu culturel. Diplômé de Sciences Po, il a dirigé plusieurs fédérations professionnelles liées à l’art de vivre avant de créer sa propre agence de relations publiques. Son parcours l’a conduit à accompagner des institutions culturelles françaises et à lancer des opérations de promotion internationale comme ‘Paris, Capitale de la Création’. Il a également présidé l’Association Museum et Industries, où il a développé une réflexion sur les liens entre patrimoine, innovation et attractivité territoriale.

Un musée qui veut changer d’échelle
Le nouveau président souhaite renforcer la visibilité nationale et internationale du musée en s’appuyant sur le travail collectif de ses équipes, des partenaires publics et du tissu culturel local. L’objectif dépasse les murs de l’hôtel de Massilian : faire du musée un des leviers du rayonnement d’Avignon, ville de patrimoine et de festivals. Ainsi, le Musée Angladon, en plus de conserver sa collection, entend multiplier les collaborations, développer des expositions originales et attirer de nouveaux publics tout au long de l’année.

Un trésor culturel encore méconnu
Créée en 1993 et reconnue d’utilité publique, la Fondation Angladon-Dubrujeaud est née de la volonté de Jean Angladon et Paulette Martin de transmettre au public l’héritage artistique reçu du grand couturier et collectionneur Jacques Doucet. Le musée ouvre finalement ses portes en novembre 1993 dans l’ancien hôtel de Massilian, ancienne demeure d’habitation du couple d’héritiers et d’artistes, au cœur de l’intramuros d’Avignon. Ses salles, réaménagéers pour recevoir le public, réunissent quelques-uns des plus grands noms de l’histoire de l’art : Van Gogh, Picasso, Modigliani, Degas, Manet, Cézanne, Sisley ou Vuillard côtoient des œuvres de la Renaissance, des arts décoratifs du XVIIIᵉ siècle et les précieux souvenirs de Jacques Doucet, grand couturier et l’un des plus grands collectionneurs français du début du XXᵉ siècle. Peu de musées de cette taille peuvent revendiquer une telle concentration de chefs-d’œuvre.

Après les turbulences, le temps des projets
Ces derniers mois, le Musée Angladon a connu plusieurs évolutions importantes. Le départ de Lauren Laz, qui avait profondément marqué le développement scientifique et culturel de l’institution, a ouvert une période de transition. Dans le même temps, la Fondation a réaffirmé sa volonté de poursuivre les investissements nécessaires pour assurer la pérennité de ce patrimoine exceptionnel et renforcer son attractivité.
Mireille Hurlin


Avignon, Musée Angladon ‘Vers l’infini et au-delà’

À Avignon, le Musée Angladon, Collection Jacques Doucet célèbre le printemps en deux temps : une mise en lumière délicate des aquarelles florales de Madeleine Lemaire dès le 21 mars, puis une lecture habitée de Jeanne Heuclin d’un texte de Louis Aragon, le 24 mars, dans le cadre du Printemps des poètes. Entre grâce picturale et mémoire historique, une programmation qui tisse un dialogue sensible entre art et histoire.

C’est une figure aujourd’hui discrète mais autrefois centrale de la vie artistique que le Musée Angladon remet en lumière. Madeleine Lemaire (1845-1928), aquarelliste renommée de la Belle Époque, fut bien plus qu’une peintre de fleurs : une femme d’influence, au cœur des cercles littéraires et mondains de son temps.

Une peintre au cœur du Tout-Paris
Dans son salon de la rue de Monceau, se croisent alors écrivains, artistes et figures politiques, de Sarah Bernhardt à Robert de Montesquiou, jusqu’à un jeune Marcel Proust, profondément marqué par ces rencontres. Elle illustrera d’ailleurs son premier ouvrage, Les Plaisirs et les Jours, en 1896, et inspirera certains traits du personnage de Madame Verdurin dans ‘À la recherche du temps perdu’.

© Fabrice Lepeltier 

Des œuvres en don au musée
«Nous avons choisi cette artiste avec une thématique printanière, autour de compositions florales», explique Alexandra Siffredi, médiatrice du musée. Les deux œuvres présentées, issues d’un don des frères Dominique et Philippe Tailleur, offrent un aperçu rare de ce travail délicat, rarement montré au public. Dans ces aquarelles, une corbeille d’œillets se déploie dans une composition à la fois riche et aérienne, où l’on devine un héritage rococo revisité à l’aube du XXᵉ siècle. « Il y a quelque chose de très décoratif, mais aussi une atmosphère qui compte beaucoup », précise-t-elle.

Une redécouverte au fil du temps
Longtemps éclipsée, Madeleine Lemaire connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. Après avoir été célébrée en son temps, notamment lors de l’Exposition universelle de 1900 et jusque sur la scène internationale, aux États-Unis, son œuvre a progressivement disparu des radars avant d’être redécouverte au début du XXIᵉ siècle, dans le sillage d’expositions consacrées aux femmes artistes de la Belle Époque.

Aragon, ou la mémoire à vif
À cette douceur printanière répond, quelques jours plus tard, une tout autre intensité. Le 24 mars, le musée accueille la comédienne Jeanne Heuclin pour une lecture du poème Le Médecin de Villeneuve, de Louis Aragon. Écrit dans le contexte tragique de l’Occupation, ce texte, interdit sous le régime de Vichy, évoque les rafles de Juifs en Provence, notamment à Villeneuve-lez-Avignon. «C’est un poème comme un petit film tragique, qui nous parle du toujours, du maintenant», confie Jeanne Heuclin. Une œuvre qui ne s’inscrit pas seulement dans l’histoire, mais dans une mémoire encore vive.

Jeanne Heuclin Copyright MMH

En face de la maison d’Elsa Triolet et de Louis Aragon
La comédienne, formée au Conservatoire de Paris et cofondatrice de la compagnie Houdart-Heuclin, entretient un lien intime avec ce territoire : elle a vécu face à la maison où Aragon et Elsa Triolet trouvèrent refuge pendant la guerre. « Villeneuve faisait partie d’un chemin de résistance, entre Paris et le Sud, où se sont cachés de nombreux résistants », rappelle-t-elle. Son interprétation, annoncée en deux registres, voix portée et voix chuchotée, promet une expérience immersive, où le texte se fait à la fois cri et confidence.

Entre poésie et engagement
La lecture est proposée dans le cadre du Printemps des poètes 2026, placé sous le thème de «La liberté, force vive déployée ». Un choix qui résonne particulièrement avec ce texte d’Aragon, écrit à la suite d’une rafle en 1942, et longtemps empêché de circuler. Jeanne Heuclin souligne d’ailleurs l’importance de faire entendre ces œuvres censurées : « Il nous a semblé essentiel de rappeler des textes qu’on a empêchés d’être lus. » Un travail de transmission qui trouve ici un écho contemporain, alors que les questions de mémoire et de liberté étreignent les peuples et les territoires. En réunissant ces deux propositions, le Musée Angladon compose une programmation subtile, où la légèreté florale de Madeleine Lemaire dialogue avec la gravité d’Aragon. Deux façons, en somme, d’explorer ce que l’art peut dire du monde : sa beauté fragile, mais aussi ses blessures.

Les infos pratiques
Accrochage de saison Madeleine Lemaire, compositions florales à l’aquarelle. À partir du samedi 21 mars 2026 (du mardi au samedi, 13h-18h). Entrée du musée : 8€ / 6,50€ / 5€ (Avignonnais) / 3€. Lecture, Le Médecin de Villeneuve de Louis Aragon, par Jeanne Heuclin. Mardi 24 mars 2026 à 19h. Musée Angladon-Collection Jacques Doucet, Avignon. Tarif unique : 12€ (réservation obligatoire). Jauge de 20 personnes dans la bibliothèque. Musée Angladon-Collection Jacques Doucet. 5, rue Laboureur à Avignon. Réservation : accueil@angladon.com – +33 (0)4 90 82 29 03.
Mireille Hurlin


Avignon, Musée Angladon ‘Vers l’infini et au-delà’

À Avignon, le Musée Angladon – Collection Jacques Doucet aborde 2026 comme une année de transition : pas d’exposition estivale, mais une programmation ‘maison’ foisonnante et, surtout, l’ouverture d’un chantier stratégique. En toile de fond, une contrainte juridique héritée du legs des fondateurs et une équation financière jugée intenable à moyen terme. La Fondation Angladon-Dubrujeaud, reconnue d’utilité publique, va saisir le Tribunal judiciaire d’Avignon pour assouplir les charges successorales : pouvoir prêter des œuvres à l’étranger et, en dernier recours seulement, obtenir l’autorisation de céder une pièce majeure. 

Le musée fêtera ses 30 ans à l’automne 2026, trois décennies après son ouverture au public (15 novembre 1996).  Pour Lauren Laz, directrice du musée Angladon, l’anniversaire a valeur de signal : « 30 ans, c’est un peu l’heure du bilan », dit-elle, avant d’assumer l’idée d’une transition à construire plutôt que subie. Philippe Lechat, président de la Fondation depuis 2025, résume la philosophie de l’année : anticiper. « C’est un peu mon origine professionnelle : anticiper les problèmes avant qu’ils arrivent sur la table », confie-t-il, en justifiant la procédure à venir.

Le ‘nœud’ du testament : protéger la collection… sans l’enfermer
Le Musée Angladon est né d’un geste patrimonial très encadré : la collection et l’hôtel particulier des fondateurs, héritiers de Jacques Doucet, ont été pensés pour rester un ensemble cohérent, préservé et transmis. Mais ces garde-fous deviennent aujourd’hui des verrous. Philippe Lechat rappelle deux interdictions : « les œuvres ne devaient pas sortir de France » et « aucun bien légué ne devait être vendu ». D’où la demande, auprès du Tribunal judiciaire d’Avignon, de révision des charges : obtenir la possibilité de faire voyager des œuvres à l’international et, si nécessaire, de lever ponctuellement l’inaliénabilité. L’enjeu n’est pas seulement administratif : « prêter, c’est exister dans le calendrier des grandes expositions, dans les échanges scientifiques et dans la circulation des publics, » rappelle Lauren Laz.

Philippe Lechat, Lauren Laz et Nathalie Saint-Oyant Copyright MMH

2029, Doucet centenaire : le rendez-vous international à ne pas manquer
L’horizon fixé est limpide : 2029 marquera le centenaire de la mort de Jacques Doucet (1853-1929), couturier, collectionneur et mécène, figure majeure des scènes artistique et littéraire de la Belle Époque. Lauren Laz le dit sans détour : « en 2029, nous allons fêter le centenaire de la disparition de Jacques Doucet ». Et d’expliquer que des projets d’expositions à l’étranger se dessinent déjà ; pour y participer pleinement, il faut que certaines pièces d’Avignon puissent, demain, franchir les frontières. Dans la collection, le symbole est connu : Wagons de chemin de fer à Arles (1888) de Van Gogh, conservé au musée. 

Déficit structurel : la mécanique qui érode l’avenir
Le discours interne est prudent, mais l’alerte est claire : le modèle économique, fondé sur les revenus du patrimoine de la Fondation, ne suffit plus. Philippe Lechat évoque une réalité “structurelle”, soumise en plus aux aléas des marchés financiers : quand les rendements faiblissent, la marge se réduit, et la réserve s’use. Durant l’interview, un chiffre revient : un déficit annuel évoqué autour de 500 000€, quand les recettes se situeraient un peu en deçà de 300 000€. L’objectif affiché n’est pas de dramatiser, mais de se donner des options. «On demande l’autorisation. Ça ne veut pas dire qu’on utilise l’autorisation», insiste-t-il à propos d’une éventuelle vente, présentée comme une solution de sauvegarde, « en dernier recours ».

Une saison 2026 sans “blockbuster”, mais pleine d’expériences
Conséquence directe : pas d’exposition d’été ‘classique’ en 2026, afin de concentrer l’énergie de l’équipe sur la réécriture du projet muséal à l’horizon 2030. Pour autant, le musée refuse l’hibernation culturelle et mise sur des formats plus vifs, plus proches, plus sensoriels.

Wagons de chemin de fer à Arles de Vincent Van Gogh en 1888 Copyright MMH

Parmi les temps forts annoncés
Théâtre : une relecture contemporaine de La Mouette de Tchekhov, pensée comme une déambulation dans les espaces du musée. Printemps des poètes : lecture-rencontre autour d’un poème d’Aragon, Le médecin de Villeneuve. L’agenda ici.

Accrochages de saison : focus d’œuvres et contrepoints dans la maison-musée
Médiation : les “Jeudi Art”, ateliers adultes, stages et propositions jeune public, maintenus comme colonne vertébrale. Et surtout, une proposition rare dans une maison-musée : un parcours olfactif conçu avec la créatrice Nathalie Saint-Oyant. Lauren Laz en décrit l’ambition : « une manière… de sortir du cadre, et d’avoir une dimension sensorielle un peu nouvelle », avec des installations pensées salle par salle, ‘délicates’, pour éviter toute saturation. Le musée évoque aussi un travail en cours avec l’Osmothèque, conservatoire dédié à la mémoire des parfums et des odeurs. 

Partenariats : Orsay en ligne de mire, Avignon comme clé d’entrée
Autre axe : des synergies muséales, en particulier avec le Musée d’Orsay, ‘partenaire naturel’ au regard de la chronologie des collections. Lauren Laz mentionne des ‘hypothèses en construction’, avec l’idée de prêts de longue durée qui ‘muscleraient’ l’attractivité du parcours avignonnais. Mais le nerf de la guerre reste local. Dans l’interview, la directrice Lauren Laz résume la stratégie : plan 1, convaincre les collectivités de bâtir un soutien pérenne ; plan 2, se préparer au pire pour ne pas agir sous contrainte. « Le verrou, c’est un petit peu la Ville », glisse-t-elle, en espérant qu’un dialogue plus fécond s’ouvrira après les municipales.

Quand l’œuvre s’émancipe et sort de son cadre grâce à Nathalie Saint Oyant Copyright MMH

Un musée ‘réinventé’ plutôt qu’un musée ‘sauvé’
À l’échelle d’Avignon, l’Angladon tient une place singulière : une maison-musée, une collection resserrée mais prestigieuse avec de grands peintres comme Degas, Cézanne, Sisley, Picasso, Modigliani, Van Gogh… et plus de 4 000 œuvres d’art visuelles et objets, et la présence tutélaire de Jacques Doucet, dont l’héritage irrigue encore l’histoire de l’art. 2026 ne ressemble donc ni à une année blanche, ni à une simple parenthèse : c’est une année de travail, de test et de preuves, où l’institution cherche moins un miracle qu’une architecture durable. Comme le résume Lauren Laz, l’objectif est de « mettre sur la table toutes les opportunités possibles » pour construire, d’ici 2030, un musée capable de rayonner sans se renier.

Les infos pratiques
Musée Angladon – Collection jacques Doucet. Du mardi au samedi, de 13h00 à 18h. Dernière admission à 17h15. 5, rue du laboureur à Avignon 04 90 82 29 03. accueil@angladon.com
Mireille Hurlin

Alexandra Siffredi, médiatrice, Philippe Lechat, Nathalie Saint-Oyant et Lauren Laz Copyright MMH

Avignon, Musée Angladon ‘Vers l’infini et au-delà’

Philippe Lechat vient d’être nommé à la présidence de la Fondation Angladon – Dubrujeaud où Il succède à Maître Alain Graugnard, avocat. Avignonnais depuis 1988, Philippe Lechat a 66 ans. Après avoir cédé un important cabinet d’audit et de conseil -en expertise comptable et commissariat aux comptes- , il a toujours été fortement impliqué dans la vie associative du départemetn et de la région. Ce passionné de jazz a aussi publié trois romans policiers. Grand amateur d’art, et de peinture en particulier, il arpente régulièrement expositions et musées français et européens. Deux nouveaux membres intègrent le Conseil d’Administration de la Fondation : Marie-Pierre Granier, Alexandre Audemard et Gilles Muller. La Fondation Angladon – Dubrujeaud est reconnue d’utilité publique. Elle a en charge la gestion et le rayonnement du Musée Angladon – Collection Jacques Doucet.

Quelques ouvrages de Philippe Lechat : ‘Just a cup of tea‘ ; ‘Just a mountain‘ ;


Avignon, Musée Angladon ‘Vers l’infini et au-delà’

Pascal Dibie, ethnologue malicieux auteur de nombreux livres alliant qualité littéraire et érudition, s’attache à étudier notre relation aux lieux et objets du quotidien avec humour, sensibilité et une connaissance encyclopédique.

On lui doit, entre autres, une ‘Ethnologie de la porte‘, ce patrimoine matériel si banal mais riche en significations et accès à tous les imaginaires; une Ethnologie du bureau, «aventure de plus de trois siècles partagée au quotidien par cinq milliards de personnes dans le monde », et une Ethnologie de la chambre à coucher, nouvelle porte sur l’intime universel. Pour un soir, dans le cadre de la programmation associée à l’exposition Curiosité. Voyage dans nos réserves, il convie à  une redécouverte de notre maison-musée et de ses collections. Un exercice de curiosité appliquée.

Musée Angladon. ‘Un regard malicieux sur le musée’. Mercredi 30 octobre 2024 à 19h.10€ par personne. Musée Angladon, 5, rue Laboureur à Avignon. Réservation sur accueil@angladon.com 04 90 82 29 03.


Avignon, Musée Angladon ‘Vers l’infini et au-delà’

Le Musée Angladon propose l’exposition ‘Curiosité, Voyage dans nos réserves’, rythmée par plus de 80 objets, sculptures, dessins, estampes et céramiques. Le musée propose une déambulation à travers les 18e, 19e et 20e siècles, emportant le visiteur au gré des grandes transformations sociales, urbaines et artistiques. A voir jusqu’au 3 novembre 2024.

Le Musée Angladon abrite des œuvres exceptionnelles achetées par Jacques Doucet comme ‘Les deux danseuses’ de Jacques Degas, ‘Wagons de chemin de fer à Arles’ de Van Gogh, ‘Le couple’ de Picasso, ‘Nature morte au pot de grès’ de Cézanne, ‘Portrait de femme’ dit ‘La blouse rose’ de Modigliani, ‘Paysage de neige à Louveciennes’ de Sisley.

Enfant accroupi. Chine. 18e siècle. Copyright Fabrice Lepeltier


L’exposition est organisée en quatre parties

ou voyages regroupés par thème. La première d’entre-elle fait la part belle au 18e siècle avec dessins et pastels. On  découvre ainsi les délicates et fragiles sanguines de François Boucher, un portrait de femme attribué à Jean-Michel Liotar, une étude pour l’Accordée du village de Jean-Baptiste Greuze ou encore un portrait de fillette attribué à Louis Roland Trinquesse.

Arts décoratifs et arts de la table
Nous sommes là projetés dans le life style du 18e siècle, cette fois dans les arts décoratifs et un luxueux art de vivre où élégantes faïences, porcelaine blanche à décors or et polychrome d’époque Louis XV en provenance de la manufacture de la reine enchantent les intérieurs nobles et bourgeois. Le voyage est là qui s’immisce au gré de ces chenets en bronze doré ornés d’un personnage chinois tenant une longue vue et un globe terrestre. L’époque nous indique là être captivée par les mystères du Cosmos.

Le goût pour les chinoiseries
Evoque la curiosité pour une Orient fantasmée au gré de cette statuette représentant un enfant accroupi en céramique vernissée turquoise, un impressionnant masque de Nô du Japon, des estampes dont une grande vague d’Hokusaï.

Jean-Baptiste Greuze. Etude pour l’accordée du village. Copyright Alexandra de Laminne

19e et 20e siècle, les progrès de la modernité
Cette entrée dans la modernité débute par un manteau de soirée créé en 1900 par Jacques Doucet pour ensuite admirer les sculptures de nus féminins de Charles Despiau. L’époque est à la fascination pour les courbes féminines, à la vénération et au désir comme avec ‘l’Incantation’, une illustration de Félicien Rops et aussi ‘Son altesse la femme’ d’Octave Uzanne. Puis apparaissent la métamorphose des villes comme Londres et Paris dont s’imprègnent des graveurs nommés Auguste Lepère ou Edgar Chahine.

Enfin,
l’exposition s’achève sur le modèle féminin, les classes de danse, des portraits préfigurant peut-être le début de l’émancipation féminine symbolisée par le portrait d’une femme papillon prête à prendre son envol, œuvre réalisée par le graveur Mario Fortuny.

Coupe à compartiments. Chine. 18e siècle. Copyright Fabrice Lepeltier

En savoir plus

Jacques Doucet
Est une personnalité de la vie artistique et littéraire parisienne des années 1880-1920. Il fonde à Paris l’une des premières Maisons de Haute couture. Il fait fortune en habillant une riche clientèle d’actrices et de femmes du monde dont Réjane, Sarah Bernhardt, Liane de Pougy, la belle Otéro. Il forme Paul Poiret et a pour assistante Madeleine Vionnet.  Amateur d’art passionné, il constitue tout d’abord une importante collection d’objets d’art consacrée au XVIIIème siècle : tableaux, dessins, sculptures, œuvres d’ébénisterie et de marqueterie, estampes et livres. En 1912, il vend une grande partie de cette première collection à la suite de la mort tragique de la femme qu’il aimait en secret. Conseillé par Henri-Pierre Roché ou André Breton, il se lance alors dans une nouvelle collection, dédiée cette fois-ci aux artistes de la modernité : Sisley, Manet, Brancusi, Cézanne, Degas, Van Gogh, Matisse, Picasso… En 1924, il est le premier acquéreur des Demoiselles d’Avignon de Picasso. Il devient également mécène pour les écrivains et poètes de son temps, comme Suarès, Aragon, ou Breton.

Léon Dubrujeaud (1845-1920) et Marie Doucet (1854-1937)
Léon Dubrujeaud  est le mari de la sœur de Jacques Doucet, Marie. Diplômé de l’Ecole des beaux-arts de Paris, entrepreneur de travaux publics, président de la Chambre de Commerce de Paris, il partage avec son épouse et son beau-frère un intérêt pour les arts du papier et les objets attestant d’un certain luxe de vie. Il acquiert volontiers de l’estampe de son temps, par Fantin-Latour, Forain ou Steinlen, souvent directement auprès des artistes eux-mêmes. C’est aussi un remarquable bibliophile qui soutient financièrement certaines éditions d’art particulièrement coûteuses.

Les deux fils de Léon et Marie,
André et Jean, grandissent dans cet univers raffiné. Poète à ses heures, André Dubrujeaud (1877-1915) es attaché de conservation au Musée des arts décoratifs. Il décède, jeune soldat, d’une pleurésie. Plusieurs lettres montrent que le chagrin familial est immense. Jean Dubrujeaud (1880-1969) est diplômé de la Haute École de commerce de Paris et, sur le papier, industriel. Il endosse plus volontiers le rôle de gestionnaire de fortune, conseillant la veuve de Jacques Doucet, jouant les intermédiaires dans certaines ventes de tableaux, et héritant lui-même en 1937 d’une fortune colossale. Il a un fils naturel, Jean, d’une lingère, Marie-Félicie Angladon, installée dès 1927 à Avignon.

Jean Angladon (1906-1979) et Paulette Martin (1905-1988)
Jean Angladon-Dubrujeaud (Jean Angladon de son nom d’artiste), est le petit-neveu de Jacques Doucet. Il rencontre Paulette Martin aux cours des Beaux-Arts d’Avignon. Ils se marient en 1932. Tous deux artistes et amateurs d’art, ils développent chacun un travail de peinture, de gravure et d’illustration. Ils collaborent notamment avec l’éditeur Pierre Seghers pour les premiers numéros de la revue Poètes casqués. Ils exposent régulièrement et s’inscrivent dans la mouvance de l’école d’Avignon, du groupe des Trente et du nouveau groupe des Treize, aux côtés de Chabaud, Chartier, Lesbros. Ce sont aussi de grands voyageurs, des lecteurs insatiables, curieux de tout, rassemblant nombre de souvenirs de voyages, photos, cartes postales, et constituant une riche bibliothèque. Ils enrichissent les collections grâce à de nombreuses acquisitions de peintures, sculptures et meubles, avec une attention particulière pour les 15e, 16e et 17e siècles. Reconnu par son père quelques années plus tôt, l’héritage que Jean Angladon en reçoit en 1969 modifie totalement sa vie.

La Fondation Angladon-Dubrujeaud
Sans descendance, Jean Angladon et Paulette Martin sont habités par la volonté de partager avec le grand public les merveilles que la famille conserve depuis deux générations. Ils décident de créer un musée d’art, et choisissent ensemble, en 1978, l’édifice de la rue Laboureur, qui devient leur demeure. Après la mort de Jean Angladon, il revient à son épouse seule de déployer une énergie considérable pour parvenir à mettre en œuvre ce projet. Elle désigne la Fondation de France comme exécutrice testamentaire, lui demandant de créer et faire connaître la Fondation Angladon-Dubrujeaud qu’elle désigne comme son héritière universelle. Le Musée Angladon ouvre ses portes au public le 15 novembre 1996. Il doit son nom à ses fondateurs.

L’exposition Curiosité. Voyage dans nos réserves bénéficie du soutien de partenaires et mécènes :La Banque populaire Méditerranée, Emile Garcin propriétés et le spécialiste des transports de voyageurs haut de gamme depuis 1875 Lieutaud.


Les infos pratiques
Musée Angladon– Collection Jacques Doucet- 5 rue Laboureur 84000 Avignon – Horaires : jusqu’au 31 octobre du mardi au dimanche de 13h à 18h. Le musée est entièrement accessible aux personnes à mobilité réduite. accueil@angladon.com. +33 (0)4 90 82 29 03.

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