8 novembre 2026 |

Ecrit par le 8 novembre 2026

Musée Angladon, à Avignon, les tableaux sortent de leurs cadres et ambiancent la maison

Jusqu’au 31 décembre 2026, le musée Angladon invite le public à découvrir les œuvres autrement. Avec ‘Au-delà du regard, une traversée olfactive’, l’artiste avignonnaise Nathalie Saint-Oyant et la parfumeur Meabh McCurtin composent un parcours où étoffes, textures et fragrances invitent à entrer dans les tableaux de la collection Jacques Doucet. Une œuvre innovante et inspirante réalisée par l’artiste avignonnaise Nathalie Saint-Oyant à l’invitation d’Alexandra Siffredi, médiatrice au musée Angladon – Collection Jacques Doucet, qui avait remarqué son travail lors du dernier Parcours de l’art.

Au musée Angladon, en plus d’être contemplées, les oeuvres se respirent. Pour chaque peinture ou sculpture retenue, Nathalie Saint-Oyant a isolé un détail textile : une nappe, un vêtement, un voile, une étoffe. Elle l’a ensuite matérialisée hors du tableau, en choisissant une matière, une couleur, une texture. À cette présence visuelle s’ajoute une ambiance olfactive créée avec Meabh McCurtin, parfumeuse chez IFF (International flavors and fragances). L’exposition réunit ainsi 14 œuvres -13 peintures et 1 sculpture – sélectionnées par l’artiste. Un choix nécessairement subjectif, par Nathalie Saint-Oyant : «J’ai dû faire une sélection à regret, parce que je ne pouvais pas présenter toutes les œuvres de cette manière-là.»

Nathalie Saint Oyant devant le portrait de Marie-Madeleine Copyright Mireille Hurlin

Une invitation à entrer dans le tableau
Le visiteur devra s’approcher de la mise en scène, se courber pour en sentir les fragances, et s’ouvrir à l’invitation à entrer dans le tableau. Ce déplacement rompt avec la distance habituelle du musée et transforme le regard en expérience physique, presque intime. «De manière générale, on n’approche pas une œuvre, puisqu’il y a une distance naturelle qui se fait entre l’œuvre et le visiteur», observe Nathalie Saint-Oyant. En sortant un tissu du tableau pour le présenter devant lui, l’artiste propose au public de franchir cette distance : «Comme ce tissu incarne l’œuvre en face de soi, cela permet de rentrer dans une forme d’intimité, de rapport intime avec l’œuvre.»

Un parcours d’artiste
La démarche fait partie du parcours de l’artiste, dont le travail associe collage, vidéo, écriture, matière et odeur. Ancienne designer textile, Nathalie Saint-Oyant entretient une relation particulière avec les motifs et les tissus. Le choix de l’étoffe lui est également apparu comme un lien évident avec Jacques Doucet, couturier de la Belle Époque devenu collectionneur. «Je cherchais comment introduire la dimension olfactive dans le musée sans déranger les œuvres, explique-t-elle. J’ai remarqué que, dans de nombreuses œuvres du musée, des étoffes étaient présentes. Je me suis dit que cela pouvait être un très beau fil conducteur.»

Les doublures de Paulette Copyright Mireille Hurlin

Le projet ne cherche pas à reconstituer les odeurs d’une époque
Les compositions ne sont pas des restitutions historiques, mais des interprétations sensibles. Pour chaque œuvre, l’artiste a d’abord élaboré une planche d’ambiance, réunissant couleurs, mots-clés, matières et références historiques. Elle a ensuite partagé ses intuitions avec Meabh McCurtin, qui les a traduites en matières olfactives. «Je lui ai proposé ma vision des œuvres, et elle a transcrit cette vision et nos échanges en molécules olfactives», relate Nathalie Saint-Oyant. Le résultat tient davantage de la proposition que du parfum au sens traditionnel du terme : «Avec Meabh, nous nous sommes dit que nous ne proposions pas des parfums, mais vraiment des ambiances.»

Quand Cézanne évoque une cuisine ancienne
Dans Nature morte au pot de grès de Cézanne, le tissu devient une nappe de coton et de lin lavé. La fragrance mêle pomme acidulée, poire mûre, cognac, cire et notes fermentées. Une odeur de table ancienne, de fruits posés sur le bois, de cuisine familiale. L’image semble alors sortir de son cadre. Elle gagne une profondeur domestique, presque tactile. Ailleurs, le Paysage de bord de mer de Lacroix de Marseille s’incarne dans le bois et la toile de coton. Algues, mousse de chêne, cèdre et accord minéral composent une atmosphère d’embruns, de pontons mouillés et de navire battu par le vent. Nathalie Saint-Oyant a souhaité prolonger cette sensation de paysage marin par un petit modèle de bateau, comme s’il venait de sortir du tableau. «Je trouvais que c’était dommage de ne pas évoquer l’ambiance océanique, explique-t-elle. Ce petit bateau pourrait presque sembler sortir de son paysage.» La Blouse rose de Modigliani se traduit par une douceur poudrée, entre rose Centifolia, tubéreuse, osmanthus, santal et musc. Le Portrait de jeune fille de Lawrence convoque le romarin, le pois de senteur, le muguet et l’ambrette : un jardin anglais au matin, traversé par la fraîcheur fragile d’un premier émo

La nature morte de Cézanne Copyright Mireille Hurlin

Étoffes, parfums et mémoire
Les compositions olfactives forment une véritable galerie parallèle. Le tutu et le chausson des Deux danseuses de Degas suggèrent la fleur d’oranger, le néroli, la cire d’abeille, le daim et le bois de cèdre. Le parfum évoque à la fois la peau échauffée, les chaussons et le parquet ciré d’un studio de danse. Le portrait de Jacques Doucet, couturier et collectionneur à l’origine de l’identité du musée, prend des accents de bergamote, de lavande, de géranium, d’iris, de vétiver et de santal. Une élégance sèche et raffinée, teintée de nostalgie Belle Époque. Avec le portrait de Marie Stuart, l’organdi et le bouton de nacre accompagnent une composition plus sombre : feuille de violette, iris, safran, cuir et castoréum. «Je voulais conserver la violette, mais en lui ajoutant quelque chose de plus noir, de plus austère et de plus tourmenté», explique Nathalie Saint-Oyant. La fragrance suggère une reine derrière ses dentelles, entre majesté, contrainte et secret.

Le portrait de Marie-Madeleine
Le portrait de Marie-Madeleine a également retenu l’attention de l’artiste pour les motifs de la robe et de la tunique. Nathalie Saint-Oyant en a recomposé l’étoffe à partir d’un détail du tableau : «J’ai repris un extrait du motif, puis je l’ai répété. C’est une technique de dessin textile qui permet de faire un motif répétitif à l’infini.» Même les figures masculines sont racontées par leurs matières. Le portrait de Guillaume du Tillot, en satin de coton, velours et dentelle, s’enveloppe de jasmin, de tubéreuse, d’iris, de vanille et de labdanum. Le Jeune homme aristocrate, lui, porte les traces d’une promenade à cheval : genévrier, sauge sclarée, cuir, lavande, fève tonka et styrax.

Copyright Mireille Hurlin

Le geste plutôt que la démonstration
L’exposition ne cherche pas à imposer une lecture mais une approche différente de la maison d’artistes des Angladon, ou chaque salle revisitée par Nathalie de Saint-Oyant ouvre sur un nouvel univers et un autre regard sur les œuvres. Une odeur peut réveiller un souvenir, déplacer une perception, faire surgir une scène que le tableau ne montre pas. «Chaque visiteur aura finalement sa propre interprétation de ma propre interprétation, qui était déjà une interprétation de l’œuvre», souligne Nathalie Saint-Oyant. L’odorat ajoute ainsi une nouvelle strate à l’expérience de l’œuvre : «Chacun pose son regard, justement, et son nez surtout, sur les œuvres.» Cette dimension personnelle est au cœur du projet. «Nous avons chacun une mémoire olfactive propre, très intime. Nous avons chacun une manière de sentir les choses. L’odorat est très personnel.»

Un parcours olfactif pour accéder à un nouvel univers
Le parcours conserve également une part d’expérimentation. Les odeurs sont volatiles, se déplacent dans l’espace, se mélangent parfois et évoluent au fil des heures. Leur intensité doit être régulièrement ajustée par l’équipe du musée. «Comme c’est volatile, on ne peut pas tout maîtriser. L’odeur peut faire ce qu’elle veut, aller où elle veut et se transformer dans les lieux de chacun. Il faut accepter ces paramètres», reconnaît l’artiste. L’expérience repose donc sur un geste simple : s’approcher. «Il ne faut pas hésiter à mettre le nez devant», lance Nathalie Saint-Oyant. Certaines installations se perçoivent dans la salle, d’autres demandent une proximité plus grande. Ce mouvement presque cérémoniel, parfois comparable à une prière, modifie la relation habituelle au musée.

Les visiteurs pourront retrouver toutes les fragrances réunies au rez-de-chaussée Copyright Mireille Hurlin

Une année de recherche et d’allers-retours
Le projet a demandé près d’une année de préparation. Nathalie Saint-Oyant a passé de longs moments au musée, à observer les œuvres, à les regarder «dans tous les sens» et à les imaginer. «J’étais presque obsédée par les 14 oeuvres. Je les ai vraiment regardées dans tous les sens, mais surtout, je les ai imaginées», raconte-t-elle. À cette recherche se sont ajoutés les essais de matières, les collages, les écritures et les nombreuses discussions avec l’équipe du musée. Les installations n’ont été mises en place que quelques jours avant l’ouverture, si bien que l’artiste les a découvertes presque en même temps que les premiers visiteurs. «Pour moi, c’est très émouvant, parce que c’est ce que j’avais dans la tête depuis des mois. Et tout d’un coup, cela devient réel.»

Paulette, muse d’une collection imaginair
L’expérience se prolongera dans la salle de saison avec une installation de matières textiles que les visiteurs pourront toucher. Après l’odorat, le toucher prendra le relais. Soie sauvage, satin, cuir, gaze et autres étoffes invitent à une découverte libre et sensorielle. «Ce n’est pas une présentation exhaustive ni historique. Je voulais simplement évoquer le textile et proposer des touchers très différents», précise l’artiste. Cette salle accueille également Les doublures de Paulette, une série de silhouettes imaginées par Nathalie Saint-Oyant à partir du visage de Paulette Martin, donatrice du musée et figure essentielle de son histoire. Extraite d’un portrait peint par son mari Jean Angladon-Dubrujeaud, son image devient le fil conducteur d’une collection de prêt-à-porter fantasque.

Meabh McCurtin (Prononcer Mave) et Nathalie Saint-Oyant Copyright Alexandra Delamine

Une femme qui raconte une autre femme
«Son visage m’a littéralement fascinée. Je me suis complètement laissée porter par mon imaginaire et je me suis dit que ce serait amusant de proposer Paulette à toutes les sauces, dans plein de tenues.» Les silhouettes, volontairement drôles et extravagantes, transforment Paulette en égérie de mode imaginaire. Elles font écho à Jacques Doucet, mais aussi à l’histoire textile du couple. Paulette et Jean Angladon avaient notamment possédé un métier à tisser et collectionné des coupons, des dentelles anciennes, du lin et des fragments de vêtements. Un hommage discret à Jacques Doucet, couturier devenu collectionneur, mais aussi à Paulette Angladon, qui transforma des objets aimés en espace de partage. À Avignon, le musée Angladon propose au-delà d’un parcours augmenté, une traversée sensible, où la peinture se regarde, se touche et se respire. Enfin, de grands mécènes ont porté leur intérêt à ce merveilleux travail artistique : IFF (International flavors and fragances), Ressource peintures, Le Conservatoire du Grand Avignon et Emile Garcin propriétés.

Les infos pratiques
«Au-delà du regard-Une traversée olfactive». Une proposition artistique de Nathalie Saint Oyant avec la collaboration de Meabh McCurtin, nez, sur une initiative d’Alexandra Siffredi, médiatrice du musée Angladon. Jusqu’au 31 décembre 2026. Musée Angladon-Collection Jacques Doucet. 5, rue Laboureur, Avignon. Ouvert du mardi au dimanche, de 13h à 18h jusqu’au 30 septembre, puis du mardi au samedi, de 13h à 18h à partir du 1er octobre. Tarif plein : 12€. Tarif réduit : 8€. Jeunes de 15 à 25 ans et porteurs du Patch Culture : 3€. Gratuit pour les moins de 14 ans. Musée accessible aux personnes à mobilité réduite. Renseignements : 04 90 82 29 03 ; angladon.com
Mireille Hurlin

Copyright Mireille Hurlin

À Angladon, l’art se respire, se dessine, se fait collage aussi

À Avignon, le Musée Angladon prolonge l’été en proposant une expérience sensorielle. Jusqu’à la fin août, l’exposition « Un compagnonnage artistique » revient sur l’histoire du couple d’artistes Jean Angladon et Paulette Martin, tandis qu’un stage destiné aux 6-12 ans, du 25 au 28 août conçut et réalisé par l’artiste Nathalie Saint-Oyant, propose d’explorer le musée autrement. Quatre jours pour observer, sentir, toucher, collecter et s’ouvrir à la création.

Au Musée Angladon les œuvres s’épanouissent dans leur environnement : elles prennent place dans l’ancienne demeure de Jean Angladon et Paulette Martin, artistes avignonnais et héritiers de leur grand-oncle, le couturier et collectionneur Jacques Doucet.

Une maison devenue musée
Le couple avait souhaité que cette maison et les œuvres qu’elle abritait puissent un jour être ouvertes au public. Leur volonté a donné lieu à la Fondation Angladon-Dubrujeaud et l’ouverture du musée au public en 1993, avant son installation définitive sous le nom de Musée Angladon-Collection Jacques Doucet. Dans les salons, la bibliothèque, les chambres ou la galerie du XIXe siècle, le visiteur découvre autant une collection qu’un univers intime. Van Gogh, Cézanne, Degas, Sisley, Modigliani ou Picasso y côtoient aux étages suivant mobilier, objets et souvenirs d’une maison d’artistes.

Copyright Musée Angladon

Angladon et Martin, un dialogue à deux voix
C’est précisément cette relation entre création et vie quotidienne que l’exposition « Un compagnonnage artistique. Jean Angladon et Paulette Martin » remet en lumière. Jusqu’au 30 août, elle propose une traversée de leur univers artistique dans les lieux mêmes où le couple a vécu et travaillé. Peintres et graveurs, Jean Angladon et Paulette Martin ont construit une relation artistique faite de proximité, d’influences croisées et de sensibilités pourtant distinctes.

Un héritage familial
Les deux artistes ont hérité d’une partie considérable de la collection de Jacques Doucet, figure majeure de la haute couture et mécène des avant-gardes. Leur demeure avignonnaise a ainsi abrité des œuvres de quelques-uns des grands noms de l’art moderne, de Manet à Picasso, en passant par Cézanne, Degas, Sisley, Van Gogh et Modigliani. L’exposition ne se contente donc pas de présenter deux parcours individuels. Elle raconte une manière de vivre avec l’art, de l’observer au quotidien et de faire de la création une affaire de couple. Des visites commentées sont proposées les vendredis de juin, juillet et août, de 14h30 à 15h30. Le musée recommande la réservation.

Quatre jours pour réveiller les sens
Le musée change ensuite de tempo avec un stage d’été destiné aux enfants de 6 à 12 ans. Du mardi 25 au vendredi 28 août, Alexandra Siffredi et l’artiste associée Nathalie Saint-Oyant invitent les jeunes participants à sortir des habitudes de la visite traditionnelle. Le principe ? « Sentir avant de voir. Toucher avant de comprendre. »

Copyright Musée Angladon

Sentir, toucher, changer d’univers
La première journée commence ainsi à l’extérieur, dans les jardins d’Avignon. Feuilles, fleurs, fragments végétaux et impressions personnelles sont collectés puis rapportés au musée. Les enfants découvrent ensuite la ‘bibliothèque d’odeurs’ de Nathalie Saint-Oyant, composée de dizaines de flacons. Une manière de faire entrer dans le musée ce que l’on ne voit pas. Le lendemain, les trouvailles se transforment en herbier. Les enfants jouent avec les odeurs de plantes, d’épices ou de fleurs, auxquelles ils associent ensuite des couleurs, des mots, des matières. Une odeur peut devenir un dessin ; une sensation, un collage.

Quand les salles deviennent terrain d’exploration
Jeudi, changement de décor. Les enfants investissent la maison-musée elle-même. Ils observent les motifs, les tissus, les meubles, les cadres et les objets qui composent les différentes pièces. Le but est de se servir de ce qui est exposé, pour construire un univers imaginaire personnel.

Collages et trouvailles
Le dernier jour pousse l’expérience un cran plus loin. Inspirés par les portraits et leurs costumes, les participants composent des collages mêlant les trouvailles de la semaine et des éléments puisés dans les œuvres. Chacun imagine ainsi sa propre collection de mode. À 16h, le vendredi 28 août, les créations seront présentées lors d’une exposition finale, avant un goûter partagé.

Copyright Musée Angladon

L’art comme terrain de jeu
Le Musée Angladon développe auprès des jeunes publics, via des parcours, une approche de l’observation et de la pratique de la peinture, du modelage, du collage ou encore du pastel. Le stage d’août va au-delà en demandant, à l’enfant, ce qu’il voit devant un tableau et à dire ce qu’il ressent, ce que l’œuvre lui évoque, à quelle odeur une couleur pourrait correspondre ou encore comment transformer une découverte en création. Mission ? Aiguiser la curiosité.

Madeleine Lemaire, les fleurs en filigrane
En parallèle, le musée présente jusqu’au début septembre un accrochage consacré à Madeleine Lemaire, peintre, pastelliste, graveuse et illustratrice de la Belle Époque. Deux œuvres de l’artiste, dont Corbeille d’œillets, sont présentées. Données au musée par Dominique et Philippe Tailleur en 2017, elles permettent de retrouver une artiste qui occupait une place remarquée dans la vie culturelle parisienne de son époque. Madeleine Lemaire tenait, en effet, un salon musical et littéraire fréquenté par des écrivains, musiciens et artistes. Robert de Montesquiou et Marcel Proust comptaient parmi ses proches. Elle illustra notamment de ses aquarelles florales Les Plaisirs et les Jours, le recueil de jeunesse de Proust.

Copyright Nathalie Saint-Oyant

Les infos pratiques
Musée Angladon-Collection Jacques Doucet, Avignon. Le musée est ouvert du mardi au dimanche, de 13h à 18h, avec une dernière admission à 17h15. « Un compagnonnage artistique. Jean Angladon et Paulette Martin » : jusqu’au 30 août 2026, les vendredis, samedis et dimanches. Visite commentée 15€. Plein tarif 12€, tarif réduit 8€.

Stage sensoriel 6-12 ans : du mardi 25 au vendredi 28 août, de 11h à 16h. Tarif : 20€ la journée ou 80€ les quatre jours. Réservation conseillée auprès d’Alexandra Siffredi : a.siffredi@angladon.com. Madeleine Lemaire, Compositions florales à l’aquarelle : jusqu’au début septembre 2026. Musée Angladon-Collection Jacques Doucet. 5, rue Laboureur à Avignon. 04 90 82 29 03.
Mireille Hurlin


Avignon, Musée Angladon ‘Vers l’infini et au-delà’

Avec 25 000 visiteurs par an, dont 70% d’étrangers, le Musée Angladon-Collection Jacques Doucet demeure l’un des joyaux culturels d’Avignon. À l’approche de ses 30 ans, l’institution accélère sa transformation : soutien des Pouvoirs publics, partenariat envisagé avec le Musée d’Orsay, modernisation de son fonctionnement et ambition d’obtenir le prestigieux label ‘Musée de France’. Une feuille de route destinée à assurer l’avenir d’une collection exceptionnelle, malgré un équilibre financier devenu fragile.

Thierry Suquet, préfet de Vaucluse, a été accueilli au Musée Angladon-Collection Jacques Doucet par Gilles Muller, président de la Fondation Angladon-Dubrujeaud, Me Alain Graugnard, président honoraire, et l’équipe du musée. Mission ? Prendre la mesure d’un établissement engagé dans une profonde réflexion sur son avenir. Pour l’occasion, le représentant de l’Etat a visité l’exposition temporaire ‘Un compagnonnage artistique’. Jean Angladon et Paulette Martin, qui met en lumière le dialogue artistique et amoureux entre les deux peintres, dans leur ancienne demeure, offrant une lecture plus intime de la collection permanente.

Une maison-musée unique en Provence
Créée selon les volontés de Jean Angladon et Paulette Martin, héritiers du grand couturier et collectionneur Jacques Doucet, la Fondation célèbre cette année ses trente ans. Son identité ? Une maison-musée installée dans un hôtel particulier du 18e siècle, où les œuvres rythment les lieux comme si leurs propriétaires venaient tout juste de les quitter. Le musée accueille environ 25 000 visiteurs chaque année, dont près de 70% viennent de l’étranger. Une fréquentation en progression qui témoigne de l’aura internationale de cette collection, considérée comme l’un des plus beaux ensembles privés d’art moderne en France. Parmi ses trésors figurent notamment ‘La Blouse rose’ d’Amedeo Modigliani et ‘Wagons de chemin de fer à Arles’ de Vincent Van Gogh, seule œuvre du peintre hollandais conservée en Provence.

Des difficultés financières, mais une stratégie de rebond

Comme de nombreuses institutions culturelles, le musée doit cependant composer avec une équation économique délicate. Son fonctionnement demeure déficitaire, ce qui fragilise progressivement la dotation financière léguée par ses fondateurs et pour une partie placée en Bourse. Une situation qui a conduit la Fondation à saisir le tribunal judiciaire d’Avignon afin d’obtenir une évolution des dispositions testamentaires encadrant sa gestion.

Pour une réorganisation plus ambitieuse
Parmi les premières mesures figurent un alignement progressif de la politique tarifaire sur celle des autres musées avignonnais, désormais payants pour les visiteurs extérieurs à la ville, la refonte du site internet, la mise en place d’une billetterie en ligne, le développement de nouveaux services et un renforcement de la présence numérique. Une réorganisation interne devrait également permettre de mieux distinguer les missions administratives des activités scientifiques et culturelles.

Le pari d’un grand musée d’art moderne en région Sud
Egalement, depuis plusieurs années, la Fondation travaille avec la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) à un rapprochement avec le Musée d’Orsay. L’objectif est de faire émerger, en Avignon, un pôle majeur consacré à l’art moderne, à l’image des coopérations déjà engagées entre le Louvre et le Petit Palais. Dans cette perspective, les responsables du musée souhaitent fédérer l’ensemble des acteurs culturels du territoire, des collectivités locales à l’agglomération du Grand Avignon, afin de construire une stratégie commune de rayonnement. L’enjeu ? Renforcer l’attractivité culturelle d’Avignon tout au long de l’année, au-delà de la seule période des Festivals In et Off, en s’appuyant sur un patrimoine couvrant près de huit siècles de création artistique, de la première Renaissance à l’art contemporain.

Objectif ‘Musée de France’ en ligne de mire
Grâce à la qualité exceptionnelle de ses collections, le Musée Angladon nourrit désormais l’espoir d’obtenir l’appellation Musée de France, distinction qui renforcerait encore sa visibilité, faciliterait les partenariats scientifiques et conforterait sa mission de conservation. La visite du préfet apparaît ainsi comme une étape importante dans ce processus. Entre exigences économiques, attractivité touristique et transmission culturelle, le Musée Angladon doit répondre aux exigences de son temps pour ambitionner demain
Mireille Hurlin


Festival off, Trois bonnes raisons de pousser la porte du Musée Angladon

Concert intimiste, performance coup de poing et lectures inédites : le Musée Angladon se transforme en scène d’exception pendant le Festival Off jusqu’au 21 juillet, trois propositions artistiques originales investissent ce lieu emblématique d’Avignon. Entre création musicale, théâtre engagé et laboratoire d’écriture, les spectateurs sont invités à vivre des expériences rares, dans l’écrin feutré d’un musée qui fait dialoguer patrimoine et création contemporaine.

Loin du tumulte des grandes artères avignonnaises, les salons et salles d’exposition du Musée Angladon accueillent des formes artistiques à la jauge volontairement réduite. Cette année encore, la programmation fait le pari de la diversité avec trois rendez-vous qui explorent chacun, à leur manière, les pouvoirs de la parole, du corps et de l’imaginaire.

Claire Diterzi Copyright Ifachazalette

« Solo à table », Claire Diterzi chante à voix nue
Personnalité connue de la scène musicale française, compositrice, chanteuse et metteuse en scène, Claire Diterzi poursuit depuis plus de 20 ans un parcours artistique atypique, à la croisée du concert, du théâtre et de la performance. Première musicienne issue des musiques actuelles accueillie en résidence à la Villa Médicis, elle n’a cessé de brouiller les frontières entre les disciplines. Avec « Solo à table », elle propose un concert intime. Le public est convié autour d’une table, dans un véritable cabinet de curiosités sonores où la voix circule sans artifice. Chansons, confidences, silences, humour et émotions se répondent dans une proximité presque troublante. Un moment suspendu, délicat et profondément humain, où les oreilles regardent autant que les yeux écoutent.

Martine au viol copyright Milton Chaos

« Martine au viol », comme une claque …
Changement radical d’atmosphère avec « Martine au viol », création de la compagnie Le Rire d’Ariane. Derrière ce titre volontairement provocateur se cache une performance dérangeante. Les artistes choisissent le rire comme arme politique pour aborder les violences sexuelles. Un humour noir, grinçant, parfois inconfortable, qui refuse les faux-semblants et interroge frontalement les mécanismes du patriarcat. Les situations absurdes s’enchaînent, les spectateurs sont régulièrement sollicités et la frontière entre satire et réalité devient volontairement poreuse. Loin de chercher la provocation gratuite, cette création assume de faire rire là où l’on pleure habituellement. Elle transforme le malaise en réflexion collective et rappelle que le théâtre demeure l’un des espaces privilégiés où les sujets les plus sensibles peuvent être débattus autrement.

Copyright Matins curieux, Musée Angladon

Les « Matins Curieux », la fabrique du théâtre de demain
Et si les plus belles découvertes du Festival se trouvaient dans des œuvres qui n’existent pas encore ? Chaque matin, Les Matins Curieux ouvrent les portes des écritures contemporaines. Imaginé par La Manufacture, ce rendez-vous gratuit propose des lectures de textes inédits, parfois encore en cours d’écriture, portés par leurs auteurs et des équipes artistiques venues les mettre en voix. Le public assiste ici à la naissance des spectacles de demain. Les lectures sont suivies d’échanges privilégiés avec les artistes, offrant une immersion dans les coulisses de la création théâtrale. Une occasion rare de découvrir des écritures émergentes et d’entendre les préoccupations qui traversent la scène contemporaine avant même qu’elles ne prennent définitivement forme.

Un autre visage du Festival Off
Loin de l’agitation de la rue emplie de couleurs et de bruits, le Musée Angladon propose une respiration bienvenue. On y vient autant pour découvrir un spectacle que pour savourer un lieu, prendre le temps de regarder les collections et prolonger la rencontre avec les artistes. Une parenthèse culturelle où patrimoine, musique, théâtre et littérature se lient d’amitié.

Les infos pratiques
Solo à table – Claire Diterzi jusqu’au 21 juillet à 18h15. Relâches les 16 et 20 juillet. Durée : 1h. À partir de 8 ans. Jauge limitée à 50 spectateurs. Tarifs : 21€, 14,50€ et 10€. Réservation vivement conseillée. Martine au viol. Compagnie Le Rire d’Ariane jusqu’au 21 juillet. De 17h30 à 18h55. Relâche le 16 juillet. Les Matins Curieux. Jusqu’au 18 juillet. De 10h30 à 12h. Entrée libre, dans la limite des places disponibles. Musée Angladon. Collection Jacques Doucet 5, rue Laboureur, Avignon. 04 90 82 29 03. accueil@angladon.com
Mireille Hurlin


Musée Angladon, Paulette et Jean, une histoire d’amour et de création qui défie le temps

À l’occasion de son 30e anniversaire, le Musée Angladon à Avignon dévoile pour la première fois une exposition d’envergure consacrée à ses fondateurs, Jean Angladon et Paulette Martin. Plus de 170 œuvres, longtemps conservées en réserve, investissent l’ancien atelier du couple et révèlent un dialogue artistique complice, à l’origine de l’un des plus remarquables musées de la cité papale.

Les visiteurs connaissent le Musée Angladon pour son exceptionnelle collection léguée par le grand couturier et collectionneur Jacques Doucet, où rayonnent les chefs-d’œuvre de Van Gogh, Cézanne, Picasso, Degas, Modigliani, Manet ou encore Sisley. Ils connaissent moins ceux qui ont rendu ce patrimoine accessible au public : Jean Angladon (1906-1979) et Paulette Martin (1905-1988), mari et femme (21 juin 1932), artistes, collectionneurs, enseignants à l’Ecole d’art d’Avignon et fondateurs du musée.

Un compagnonnage artistique
Trente ans après l’ouverture de l’institution, le musée leur rend hommage avec « Un compagnonnage artistique », une exposition inédite, pensée et réalisée par Alexandra Siffredi médiatrice culturelle du lieu, qui offre un regard intime sur leurs œuvres personnelles. Une immersion dans leur univers créatif, celui d’un couple qui, durant près d’un demi-siècle, a partagé la même passion sans pour autant renoncer à sa propre identité artistique.

Paulette Martin et Jean Angladon, oeuvre de Jean Angladon Musée Angladon Copyright Fabrice Lepeltier

Dans l’intimité des artistes
« Nous sommes véritablement dans leur maison », résume Alexandra Siffredi, médiatrice du musée et commissaire de l’exposition qui investit les anciens ateliers du deuxième étage, là même où le couple vivait et travaillait.

Dans les ateliers
Dès la première salle, le visiteur pénètre dans une atmosphère volontairement préservée : Cartons à dessins, carnets, objets familiers et mobilier évoquent l’ambiance d’atelier des années 1970. Les natures mortes répondent aux véritables objets qui les ont inspirées : un même vase, une coupe ou un bouquet, un petit récipient enfermant le pigment bleu cobalt, tous deviennent, selon le regard de Jean ou de Paulette, deux interprétations différentes. Cette mise en scène rappelle combien leur quotidien nourrissait leur création. La magie de la mise en scène tient en cela qu’elle fait disparaitre la frontière entre vie privée et travail artistique.

Une vaste production
Les dessins et gravures, d’une grande finesse d’exécution, témoignent de leur maîtrise du trait et séduisent particulièrement les visiteurs. Les carnets de voyage racontent également leur curiosité permanente pour les paysages, les monuments et les rencontres.

Musée Angladon, Copyright Fabrice Lepeltier

Une salle consacrée à Jean Angladon
Une salle entière est consacrée à Jean Angladon et à son attrait pour le surréalisme, offrant au visiteur de voyager dans d’oniriques contrées où l’étrange et  l’imaginaire se déploient alors que l’époque est profondément marquée par les recherches de Salvador Dalí, René Magritte ou Giorgio de Chirico.

Dans la campagne environnante
L’exposition retrouve ensuite la Provence, omniprésente dans leur œuvre commune. Lumière du Midi, pierres blondes, mobilier traditionnel, paysages du Gard et du Vaucluse nourrissent leurs toiles. « Ces paysages existent encore aujourd’hui et il serait tout à fait intéressant de les comparer avec ce qu’ils sont devenus, d’étudier leur transformation avec l’engouement pour la restauration et réhabilitation des vieux mas, l’éclosion de nouvelles infrastructures routières, de nouvelles constructions…» sourit Alexandra Siffredi.

Bien plus que des peintres
L’exposition déconstruit également une image parfois réductrice d’un couple de collectionneurs retirés du monde. « Jean Angladon et Paulette Martin furent au contraire des acteurs essentiels de la vie artistique avignonnaise. Membres du Groupe des Treize puis des Peintres indépendants d’Avignon, ils participèrent activement à l’organisation d’expositions, encouragèrent les jeunes artistes et contribuèrent à faire rayonner la création locale, » révèle Alexandra Siffredi.

L’exposition a été pensée et orchestrée par Alexandra Siffredi, médiatrice culturelle du lieu Copyright Mireille Hurlin

Des professionnels de la gravure
Tous deux enseignèrent également le dessin, aussi bien aux Beaux-Arts d’Avignon que dans différentes écoles professionnelles. Ils réalisèrent des gravures, illustrèrent notamment les premiers numéros de Poètes casqués, la revue fondée par Pierre Seghers en 1939, pratiquèrent le tissage dans les années 1960 et vécurent essentiellement de leurs activités artistiques et pédagogiques. Ils aimèrent autant transmettre que créer.

Une modernité insoupçonnée
Ce qui frappe tout au long du parcours est la liberté avec laquelle le couple traverse les grands mouvements artistiques du XXe siècle.Le visiteur passe ainsi d’une peinture héritée des maîtres classiques aux recherches post-cézanniennes, découvre des compositions proches du cubisme, s’aventure vers le surréalisme avant de retrouver une figuration lumineuse profondément ancrée dans le paysage provençal.

Deux signatures, deux tempéraments
Paulette Martin privilégie les nuances, les jeux de lumière et une sensibilité délicate aux matières. Jean Angladon adopte une écriture plus audacieuse, parfois plus géométrique ou onirique. Deux signatures, deux tempéraments, mais une conversation artistique permanente.

Copyright Mireille Hurlin

L’héritage de Jacques Doucet, une aventure avignonnaise
Si leur œuvre est aujourd’hui remise en lumière, c’est aussi parce qu’elle éclaire autrement la naissance du musée.À la fin des années 1960, Jean Angladon hérite, avec son père, d’une partie de la prestigieuse collection de son grand-oncle Jacques Doucet, immense collectionneur visionnaire qui fut l’un des premiers à acquérir des œuvres de Picasso, Braque ou Modigliani. Le couple choisit alors de quitter une vie d’artistes itinérants pour transformer un hôtel particulier de la rue Laboureur en écrin destiné à accueillir ces chefs-d’œuvre.

Une réalisation posthume
Le projet aboutira après leur disparition : Paulette Martin consacrera les dernières années de sa vie à organiser la future fondation, inventorier les collections et préparer minutieusement l’ouverture du musée inauguré en 1996. Ironie de l’histoire, Jean Angladon et Paulette Martin avaient toujours souhaité que leurs propres œuvres restent discrètes face aux chefs-d’œuvre de la collection Doucet. Hormis leurs deux portraits croisés accueillant les visiteurs au rez-de-chaussée, œuvre de jean Angladon, leurs créations demeuraient jusqu’ici largement invisibles.

Une mise en lumière
Cette exposition vient réparer cet effacement volontaire. Elle rappelle que derrière les prestigieuses signatures de Van Gogh, Cézanne ou Picasso se cachait un couple d’artistes profondément attaché à Avignon, animé par le partage, l’enseignement et une passion commune pour la création.

Les infos pratiques
Exposition : Un compagnonnage artistique ‘Jean Angladon et Paulette Martin’ imaginé et réalisé par Alexandra Siffredi. Musée Angladon. Jusqu’à fin août 2026. Du mardi au dimanche de 13h à 18h. Parcours : exposition présentée au deuxième étage ; collections permanentes et chefs-d’œuvre de la collection Jacques Doucet accessibles au premier étage et au rez-de-chaussée. 04 90 82 29 03. Musée Angladon 5, rue du Laboureur à Avignon. Plein tarif 12€. 8€ pour les résidents avignonnais.
Mireille Hurlin

Les objets du quotidien retrouvés dans leurs oeuvres Copyright Mireille Hurlin

Fondation Angladon-Dubrujeaud, Gilles Muller succède à Philippe Lechat à la présidence

Après plusieurs mois de transition, la Fondation Angladon-Dubrujeaud ouvre un nouveau chapitre. Gilles Muller succède à Philippe Lechat -président depuis juillet 2025- à la présidence de l’institution avignonnaise. Sa feuille de route ? Renforcer le rayonnement du musée privé et conserver sa place d’acteur majeur de l’attractivité culturelle d’Avignon. Une nomination qui intervient alors que le musée célèbre ses trente ans et poursuit sa réflexion sur son avenir. La nouvelle direction du musée Angladon-Collection Jacques Doucet n’a cependant pas encore été nommée.

Réuni en conseil d’administration, la Fondation Angladon-Dubrujeaud a élu Gilles Muller à sa présidence. Il succède à Philippe Lechat, dont le mandat aura accompagné une période charnière marquée par des interrogations sur le modèle économique de l’établissement, le départ de sa directrice historique Lauren Laz, depuis mai 2015 et directrice du département des oeuvres des beaux-Arts de Paris depuis avril 2026, puis la volonté affirmée de redonner un nouvel élan au musée. 

Un professionnel de la culture et des relations publiques
Installé en Provence depuis une quinzaine d’années et Avignonnais depuis sept ans, Gilles Muller est très présent dans le milieu culturel. Diplômé de Sciences Po, il a dirigé plusieurs fédérations professionnelles liées à l’art de vivre avant de créer sa propre agence de relations publiques. Son parcours l’a conduit à accompagner des institutions culturelles françaises et à lancer des opérations de promotion internationale comme ‘Paris, Capitale de la Création’. Il a également présidé l’Association Museum et Industries, où il a développé une réflexion sur les liens entre patrimoine, innovation et attractivité territoriale.

Un musée qui veut changer d’échelle
Le nouveau président souhaite renforcer la visibilité nationale et internationale du musée en s’appuyant sur le travail collectif de ses équipes, des partenaires publics et du tissu culturel local. L’objectif dépasse les murs de l’hôtel de Massilian : faire du musée un des leviers du rayonnement d’Avignon, ville de patrimoine et de festivals. Ainsi, le Musée Angladon, en plus de conserver sa collection, entend multiplier les collaborations, développer des expositions originales et attirer de nouveaux publics tout au long de l’année.

Un trésor culturel encore méconnu
Créée en 1993 et reconnue d’utilité publique, la Fondation Angladon-Dubrujeaud est née de la volonté de Jean Angladon et Paulette Martin de transmettre au public l’héritage artistique reçu du grand couturier et collectionneur Jacques Doucet. Le musée ouvre finalement ses portes en novembre 1993 dans l’ancien hôtel de Massilian, ancienne demeure d’habitation du couple d’héritiers et d’artistes, au cœur de l’intramuros d’Avignon. Ses salles, réaménagéers pour recevoir le public, réunissent quelques-uns des plus grands noms de l’histoire de l’art : Van Gogh, Picasso, Modigliani, Degas, Manet, Cézanne, Sisley ou Vuillard côtoient des œuvres de la Renaissance, des arts décoratifs du XVIIIᵉ siècle et les précieux souvenirs de Jacques Doucet, grand couturier et l’un des plus grands collectionneurs français du début du XXᵉ siècle. Peu de musées de cette taille peuvent revendiquer une telle concentration de chefs-d’œuvre.

Après les turbulences, le temps des projets
Ces derniers mois, le Musée Angladon a connu plusieurs évolutions importantes. Le départ de Lauren Laz, qui avait profondément marqué le développement scientifique et culturel de l’institution, a ouvert une période de transition. Dans le même temps, la Fondation a réaffirmé sa volonté de poursuivre les investissements nécessaires pour assurer la pérennité de ce patrimoine exceptionnel et renforcer son attractivité.
Mireille Hurlin


Quand le musée Angladon fait naitre le printemps entre fleurs et mémoire

À Avignon, le Musée Angladon, Collection Jacques Doucet célèbre le printemps en deux temps : une mise en lumière délicate des aquarelles florales de Madeleine Lemaire dès le 21 mars, puis une lecture habitée de Jeanne Heuclin d’un texte de Louis Aragon, le 24 mars, dans le cadre du Printemps des poètes. Entre grâce picturale et mémoire historique, une programmation qui tisse un dialogue sensible entre art et histoire.

C’est une figure aujourd’hui discrète mais autrefois centrale de la vie artistique que le Musée Angladon remet en lumière. Madeleine Lemaire (1845-1928), aquarelliste renommée de la Belle Époque, fut bien plus qu’une peintre de fleurs : une femme d’influence, au cœur des cercles littéraires et mondains de son temps.

Une peintre au cœur du Tout-Paris
Dans son salon de la rue de Monceau, se croisent alors écrivains, artistes et figures politiques, de Sarah Bernhardt à Robert de Montesquiou, jusqu’à un jeune Marcel Proust, profondément marqué par ces rencontres. Elle illustrera d’ailleurs son premier ouvrage, Les Plaisirs et les Jours, en 1896, et inspirera certains traits du personnage de Madame Verdurin dans ‘À la recherche du temps perdu’.

© Fabrice Lepeltier 

Des œuvres en don au musée
«Nous avons choisi cette artiste avec une thématique printanière, autour de compositions florales», explique Alexandra Siffredi, médiatrice du musée. Les deux œuvres présentées, issues d’un don des frères Dominique et Philippe Tailleur, offrent un aperçu rare de ce travail délicat, rarement montré au public. Dans ces aquarelles, une corbeille d’œillets se déploie dans une composition à la fois riche et aérienne, où l’on devine un héritage rococo revisité à l’aube du XXᵉ siècle. « Il y a quelque chose de très décoratif, mais aussi une atmosphère qui compte beaucoup », précise-t-elle.

Une redécouverte au fil du temps
Longtemps éclipsée, Madeleine Lemaire connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. Après avoir été célébrée en son temps, notamment lors de l’Exposition universelle de 1900 et jusque sur la scène internationale, aux États-Unis, son œuvre a progressivement disparu des radars avant d’être redécouverte au début du XXIᵉ siècle, dans le sillage d’expositions consacrées aux femmes artistes de la Belle Époque.

Aragon, ou la mémoire à vif
À cette douceur printanière répond, quelques jours plus tard, une tout autre intensité. Le 24 mars, le musée accueille la comédienne Jeanne Heuclin pour une lecture du poème Le Médecin de Villeneuve, de Louis Aragon. Écrit dans le contexte tragique de l’Occupation, ce texte, interdit sous le régime de Vichy, évoque les rafles de Juifs en Provence, notamment à Villeneuve-lez-Avignon. «C’est un poème comme un petit film tragique, qui nous parle du toujours, du maintenant», confie Jeanne Heuclin. Une œuvre qui ne s’inscrit pas seulement dans l’histoire, mais dans une mémoire encore vive.

Jeanne Heuclin Copyright MMH

En face de la maison d’Elsa Triolet et de Louis Aragon
La comédienne, formée au Conservatoire de Paris et cofondatrice de la compagnie Houdart-Heuclin, entretient un lien intime avec ce territoire : elle a vécu face à la maison où Aragon et Elsa Triolet trouvèrent refuge pendant la guerre. « Villeneuve faisait partie d’un chemin de résistance, entre Paris et le Sud, où se sont cachés de nombreux résistants », rappelle-t-elle. Son interprétation, annoncée en deux registres, voix portée et voix chuchotée, promet une expérience immersive, où le texte se fait à la fois cri et confidence.

Entre poésie et engagement
La lecture est proposée dans le cadre du Printemps des poètes 2026, placé sous le thème de «La liberté, force vive déployée ». Un choix qui résonne particulièrement avec ce texte d’Aragon, écrit à la suite d’une rafle en 1942, et longtemps empêché de circuler. Jeanne Heuclin souligne d’ailleurs l’importance de faire entendre ces œuvres censurées : « Il nous a semblé essentiel de rappeler des textes qu’on a empêchés d’être lus. » Un travail de transmission qui trouve ici un écho contemporain, alors que les questions de mémoire et de liberté étreignent les peuples et les territoires. En réunissant ces deux propositions, le Musée Angladon compose une programmation subtile, où la légèreté florale de Madeleine Lemaire dialogue avec la gravité d’Aragon. Deux façons, en somme, d’explorer ce que l’art peut dire du monde : sa beauté fragile, mais aussi ses blessures.

Les infos pratiques
Accrochage de saison Madeleine Lemaire, compositions florales à l’aquarelle. À partir du samedi 21 mars 2026 (du mardi au samedi, 13h-18h). Entrée du musée : 8€ / 6,50€ / 5€ (Avignonnais) / 3€. Lecture, Le Médecin de Villeneuve de Louis Aragon, par Jeanne Heuclin. Mardi 24 mars 2026 à 19h. Musée Angladon-Collection Jacques Doucet, Avignon. Tarif unique : 12€ (réservation obligatoire). Jauge de 20 personnes dans la bibliothèque. Musée Angladon-Collection Jacques Doucet. 5, rue Laboureur à Avignon. Réservation : accueil@angladon.com – +33 (0)4 90 82 29 03.
Mireille Hurlin


Quand le Musée Angladon joue son avenir

À Avignon, le Musée Angladon – Collection Jacques Doucet aborde 2026 comme une année de transition : pas d’exposition estivale, mais une programmation ‘maison’ foisonnante et, surtout, l’ouverture d’un chantier stratégique. En toile de fond, une contrainte juridique héritée du legs des fondateurs et une équation financière jugée intenable à moyen terme. La Fondation Angladon-Dubrujeaud, reconnue d’utilité publique, va saisir le Tribunal judiciaire d’Avignon pour assouplir les charges successorales : pouvoir prêter des œuvres à l’étranger et, en dernier recours seulement, obtenir l’autorisation de céder une pièce majeure. 

Le musée fêtera ses 30 ans à l’automne 2026, trois décennies après son ouverture au public (15 novembre 1996).  Pour Lauren Laz, directrice du musée Angladon, l’anniversaire a valeur de signal : « 30 ans, c’est un peu l’heure du bilan », dit-elle, avant d’assumer l’idée d’une transition à construire plutôt que subie. Philippe Lechat, président de la Fondation depuis 2025, résume la philosophie de l’année : anticiper. « C’est un peu mon origine professionnelle : anticiper les problèmes avant qu’ils arrivent sur la table », confie-t-il, en justifiant la procédure à venir.

Le ‘nœud’ du testament : protéger la collection… sans l’enfermer
Le Musée Angladon est né d’un geste patrimonial très encadré : la collection et l’hôtel particulier des fondateurs, héritiers de Jacques Doucet, ont été pensés pour rester un ensemble cohérent, préservé et transmis. Mais ces garde-fous deviennent aujourd’hui des verrous. Philippe Lechat rappelle deux interdictions : « les œuvres ne devaient pas sortir de France » et « aucun bien légué ne devait être vendu ». D’où la demande, auprès du Tribunal judiciaire d’Avignon, de révision des charges : obtenir la possibilité de faire voyager des œuvres à l’international et, si nécessaire, de lever ponctuellement l’inaliénabilité. L’enjeu n’est pas seulement administratif : « prêter, c’est exister dans le calendrier des grandes expositions, dans les échanges scientifiques et dans la circulation des publics, » rappelle Lauren Laz.

Philippe Lechat, Lauren Laz et Nathalie Saint-Oyant Copyright MMH

2029, Doucet centenaire : le rendez-vous international à ne pas manquer
L’horizon fixé est limpide : 2029 marquera le centenaire de la mort de Jacques Doucet (1853-1929), couturier, collectionneur et mécène, figure majeure des scènes artistique et littéraire de la Belle Époque. Lauren Laz le dit sans détour : « en 2029, nous allons fêter le centenaire de la disparition de Jacques Doucet ». Et d’expliquer que des projets d’expositions à l’étranger se dessinent déjà ; pour y participer pleinement, il faut que certaines pièces d’Avignon puissent, demain, franchir les frontières. Dans la collection, le symbole est connu : Wagons de chemin de fer à Arles (1888) de Van Gogh, conservé au musée. 

Déficit structurel : la mécanique qui érode l’avenir
Le discours interne est prudent, mais l’alerte est claire : le modèle économique, fondé sur les revenus du patrimoine de la Fondation, ne suffit plus. Philippe Lechat évoque une réalité “structurelle”, soumise en plus aux aléas des marchés financiers : quand les rendements faiblissent, la marge se réduit, et la réserve s’use. Durant l’interview, un chiffre revient : un déficit annuel évoqué autour de 500 000€, quand les recettes se situeraient un peu en deçà de 300 000€. L’objectif affiché n’est pas de dramatiser, mais de se donner des options. «On demande l’autorisation. Ça ne veut pas dire qu’on utilise l’autorisation», insiste-t-il à propos d’une éventuelle vente, présentée comme une solution de sauvegarde, « en dernier recours ».

Une saison 2026 sans “blockbuster”, mais pleine d’expériences
Conséquence directe : pas d’exposition d’été ‘classique’ en 2026, afin de concentrer l’énergie de l’équipe sur la réécriture du projet muséal à l’horizon 2030. Pour autant, le musée refuse l’hibernation culturelle et mise sur des formats plus vifs, plus proches, plus sensoriels.

Wagons de chemin de fer à Arles de Vincent Van Gogh en 1888 Copyright MMH

Parmi les temps forts annoncés
Théâtre : une relecture contemporaine de La Mouette de Tchekhov, pensée comme une déambulation dans les espaces du musée. Printemps des poètes : lecture-rencontre autour d’un poème d’Aragon, Le médecin de Villeneuve. L’agenda ici.

Accrochages de saison : focus d’œuvres et contrepoints dans la maison-musée
Médiation : les “Jeudi Art”, ateliers adultes, stages et propositions jeune public, maintenus comme colonne vertébrale. Et surtout, une proposition rare dans une maison-musée : un parcours olfactif conçu avec la créatrice Nathalie Saint-Oyant. Lauren Laz en décrit l’ambition : « une manière… de sortir du cadre, et d’avoir une dimension sensorielle un peu nouvelle », avec des installations pensées salle par salle, ‘délicates’, pour éviter toute saturation. Le musée évoque aussi un travail en cours avec l’Osmothèque, conservatoire dédié à la mémoire des parfums et des odeurs. 

Partenariats : Orsay en ligne de mire, Avignon comme clé d’entrée
Autre axe : des synergies muséales, en particulier avec le Musée d’Orsay, ‘partenaire naturel’ au regard de la chronologie des collections. Lauren Laz mentionne des ‘hypothèses en construction’, avec l’idée de prêts de longue durée qui ‘muscleraient’ l’attractivité du parcours avignonnais. Mais le nerf de la guerre reste local. Dans l’interview, la directrice Lauren Laz résume la stratégie : plan 1, convaincre les collectivités de bâtir un soutien pérenne ; plan 2, se préparer au pire pour ne pas agir sous contrainte. « Le verrou, c’est un petit peu la Ville », glisse-t-elle, en espérant qu’un dialogue plus fécond s’ouvrira après les municipales.

Quand l’œuvre s’émancipe et sort de son cadre grâce à Nathalie Saint Oyant Copyright MMH

Un musée ‘réinventé’ plutôt qu’un musée ‘sauvé’
À l’échelle d’Avignon, l’Angladon tient une place singulière : une maison-musée, une collection resserrée mais prestigieuse avec de grands peintres comme Degas, Cézanne, Sisley, Picasso, Modigliani, Van Gogh… et plus de 4 000 œuvres d’art visuelles et objets, et la présence tutélaire de Jacques Doucet, dont l’héritage irrigue encore l’histoire de l’art. 2026 ne ressemble donc ni à une année blanche, ni à une simple parenthèse : c’est une année de travail, de test et de preuves, où l’institution cherche moins un miracle qu’une architecture durable. Comme le résume Lauren Laz, l’objectif est de « mettre sur la table toutes les opportunités possibles » pour construire, d’ici 2030, un musée capable de rayonner sans se renier.

Les infos pratiques
Musée Angladon – Collection jacques Doucet. Du mardi au samedi, de 13h00 à 18h. Dernière admission à 17h15. 5, rue du laboureur à Avignon 04 90 82 29 03. accueil@angladon.com
Mireille Hurlin

Alexandra Siffredi, médiatrice, Philippe Lechat, Nathalie Saint-Oyant et Lauren Laz Copyright MMH

Philippe Lechat nommé président de la Fondation Angladon-Dubrujeaud

Philippe Lechat vient d’être nommé à la présidence de la Fondation Angladon – Dubrujeaud où Il succède à Maître Alain Graugnard, avocat. Avignonnais depuis 1988, Philippe Lechat a 66 ans. Après avoir cédé un important cabinet d’audit et de conseil -en expertise comptable et commissariat aux comptes- , il a toujours été fortement impliqué dans la vie associative du départemetn et de la région. Ce passionné de jazz a aussi publié trois romans policiers. Grand amateur d’art, et de peinture en particulier, il arpente régulièrement expositions et musées français et européens. Deux nouveaux membres intègrent le Conseil d’Administration de la Fondation : Marie-Pierre Granier, Alexandre Audemard et Gilles Muller. La Fondation Angladon – Dubrujeaud est reconnue d’utilité publique. Elle a en charge la gestion et le rayonnement du Musée Angladon – Collection Jacques Doucet.

Quelques ouvrages de Philippe Lechat : ‘Just a cup of tea‘ ; ‘Just a mountain‘ ;

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