19 août 2026 |

Ecrit par le 19 août 2026

À Angladon, l’art se respire, se dessine, se fait collage aussi

À Avignon, le Musée Angladon prolonge l’été en proposant une expérience sensorielle. Jusqu’à la fin août, l’exposition « Un compagnonnage artistique » revient sur l’histoire du couple d’artistes Jean Angladon et Paulette Martin, tandis qu’un stage destiné aux 6-12 ans, du 25 au 28 août conçut et réalisé par l’artiste Nathalie Saint-Oyant, propose d’explorer le musée autrement. Quatre jours pour observer, sentir, toucher, collecter et s’ouvrir à la création.

Au Musée Angladon les œuvres s’épanouissent dans leur environnement : elles prennent place dans l’ancienne demeure de Jean Angladon et Paulette Martin, artistes avignonnais et héritiers de leur grand-oncle, le couturier et collectionneur Jacques Doucet.

Une maison devenue musée
Le couple avait souhaité que cette maison et les œuvres qu’elle abritait puissent un jour être ouvertes au public. Leur volonté a donné lieu à la Fondation Angladon-Dubrujeaud et l’ouverture du musée au public en 1993, avant son installation définitive sous le nom de Musée Angladon-Collection Jacques Doucet. Dans les salons, la bibliothèque, les chambres ou la galerie du XIXe siècle, le visiteur découvre autant une collection qu’un univers intime. Van Gogh, Cézanne, Degas, Sisley, Modigliani ou Picasso y côtoient aux étages suivant mobilier, objets et souvenirs d’une maison d’artistes.

Copyright Musée Angladon

Angladon et Martin, un dialogue à deux voix
C’est précisément cette relation entre création et vie quotidienne que l’exposition « Un compagnonnage artistique. Jean Angladon et Paulette Martin » remet en lumière. Jusqu’au 30 août, elle propose une traversée de leur univers artistique dans les lieux mêmes où le couple a vécu et travaillé. Peintres et graveurs, Jean Angladon et Paulette Martin ont construit une relation artistique faite de proximité, d’influences croisées et de sensibilités pourtant distinctes.

Un héritage familial
Les deux artistes ont hérité d’une partie considérable de la collection de Jacques Doucet, figure majeure de la haute couture et mécène des avant-gardes. Leur demeure avignonnaise a ainsi abrité des œuvres de quelques-uns des grands noms de l’art moderne, de Manet à Picasso, en passant par Cézanne, Degas, Sisley, Van Gogh et Modigliani. L’exposition ne se contente donc pas de présenter deux parcours individuels. Elle raconte une manière de vivre avec l’art, de l’observer au quotidien et de faire de la création une affaire de couple. Des visites commentées sont proposées les vendredis de juin, juillet et août, de 14h30 à 15h30. Le musée recommande la réservation.

Quatre jours pour réveiller les sens
Le musée change ensuite de tempo avec un stage d’été destiné aux enfants de 6 à 12 ans. Du mardi 25 au vendredi 28 août, Alexandra Siffredi et l’artiste associée Nathalie Saint-Oyant invitent les jeunes participants à sortir des habitudes de la visite traditionnelle. Le principe ? « Sentir avant de voir. Toucher avant de comprendre. »

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Sentir, toucher, changer d’univers
La première journée commence ainsi à l’extérieur, dans les jardins d’Avignon. Feuilles, fleurs, fragments végétaux et impressions personnelles sont collectés puis rapportés au musée. Les enfants découvrent ensuite la ‘bibliothèque d’odeurs’ de Nathalie Saint-Oyant, composée de dizaines de flacons. Une manière de faire entrer dans le musée ce que l’on ne voit pas. Le lendemain, les trouvailles se transforment en herbier. Les enfants jouent avec les odeurs de plantes, d’épices ou de fleurs, auxquelles ils associent ensuite des couleurs, des mots, des matières. Une odeur peut devenir un dessin ; une sensation, un collage.

Quand les salles deviennent terrain d’exploration
Jeudi, changement de décor. Les enfants investissent la maison-musée elle-même. Ils observent les motifs, les tissus, les meubles, les cadres et les objets qui composent les différentes pièces. Le but est de se servir de ce qui est exposé, pour construire un univers imaginaire personnel.

Collages et trouvailles
Le dernier jour pousse l’expérience un cran plus loin. Inspirés par les portraits et leurs costumes, les participants composent des collages mêlant les trouvailles de la semaine et des éléments puisés dans les œuvres. Chacun imagine ainsi sa propre collection de mode. À 16h, le vendredi 28 août, les créations seront présentées lors d’une exposition finale, avant un goûter partagé.

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L’art comme terrain de jeu
Le Musée Angladon développe auprès des jeunes publics, via des parcours, une approche de l’observation et de la pratique de la peinture, du modelage, du collage ou encore du pastel. Le stage d’août va au-delà en demandant, à l’enfant, ce qu’il voit devant un tableau et à dire ce qu’il ressent, ce que l’œuvre lui évoque, à quelle odeur une couleur pourrait correspondre ou encore comment transformer une découverte en création. Mission ? Aiguiser la curiosité.

Madeleine Lemaire, les fleurs en filigrane
En parallèle, le musée présente jusqu’au début septembre un accrochage consacré à Madeleine Lemaire, peintre, pastelliste, graveuse et illustratrice de la Belle Époque. Deux œuvres de l’artiste, dont Corbeille d’œillets, sont présentées. Données au musée par Dominique et Philippe Tailleur en 2017, elles permettent de retrouver une artiste qui occupait une place remarquée dans la vie culturelle parisienne de son époque. Madeleine Lemaire tenait, en effet, un salon musical et littéraire fréquenté par des écrivains, musiciens et artistes. Robert de Montesquiou et Marcel Proust comptaient parmi ses proches. Elle illustra notamment de ses aquarelles florales Les Plaisirs et les Jours, le recueil de jeunesse de Proust.

Copyright Nathalie Saint-Oyant

Les infos pratiques
Musée Angladon-Collection Jacques Doucet, Avignon. Le musée est ouvert du mardi au dimanche, de 13h à 18h, avec une dernière admission à 17h15. « Un compagnonnage artistique. Jean Angladon et Paulette Martin » : jusqu’au 30 août 2026, les vendredis, samedis et dimanches. Visite commentée 15€. Plein tarif 12€, tarif réduit 8€.

Stage sensoriel 6-12 ans : du mardi 25 au vendredi 28 août, de 11h à 16h. Tarif : 20€ la journée ou 80€ les quatre jours. Réservation conseillée auprès d’Alexandra Siffredi : a.siffredi@angladon.com. Madeleine Lemaire, Compositions florales à l’aquarelle : jusqu’au début septembre 2026. Musée Angladon-Collection Jacques Doucet. 5, rue Laboureur à Avignon. 04 90 82 29 03.
Mireille Hurlin


À Angladon, l’art se respire, se dessine, se fait collage aussi

À Avignon, le Musée Angladon – Collection Jacques Doucet aborde 2026 comme une année de transition : pas d’exposition estivale, mais une programmation ‘maison’ foisonnante et, surtout, l’ouverture d’un chantier stratégique. En toile de fond, une contrainte juridique héritée du legs des fondateurs et une équation financière jugée intenable à moyen terme. La Fondation Angladon-Dubrujeaud, reconnue d’utilité publique, va saisir le Tribunal judiciaire d’Avignon pour assouplir les charges successorales : pouvoir prêter des œuvres à l’étranger et, en dernier recours seulement, obtenir l’autorisation de céder une pièce majeure. 

Le musée fêtera ses 30 ans à l’automne 2026, trois décennies après son ouverture au public (15 novembre 1996).  Pour Lauren Laz, directrice du musée Angladon, l’anniversaire a valeur de signal : « 30 ans, c’est un peu l’heure du bilan », dit-elle, avant d’assumer l’idée d’une transition à construire plutôt que subie. Philippe Lechat, président de la Fondation depuis 2025, résume la philosophie de l’année : anticiper. « C’est un peu mon origine professionnelle : anticiper les problèmes avant qu’ils arrivent sur la table », confie-t-il, en justifiant la procédure à venir.

Le ‘nœud’ du testament : protéger la collection… sans l’enfermer
Le Musée Angladon est né d’un geste patrimonial très encadré : la collection et l’hôtel particulier des fondateurs, héritiers de Jacques Doucet, ont été pensés pour rester un ensemble cohérent, préservé et transmis. Mais ces garde-fous deviennent aujourd’hui des verrous. Philippe Lechat rappelle deux interdictions : « les œuvres ne devaient pas sortir de France » et « aucun bien légué ne devait être vendu ». D’où la demande, auprès du Tribunal judiciaire d’Avignon, de révision des charges : obtenir la possibilité de faire voyager des œuvres à l’international et, si nécessaire, de lever ponctuellement l’inaliénabilité. L’enjeu n’est pas seulement administratif : « prêter, c’est exister dans le calendrier des grandes expositions, dans les échanges scientifiques et dans la circulation des publics, » rappelle Lauren Laz.

Philippe Lechat, Lauren Laz et Nathalie Saint-Oyant Copyright MMH

2029, Doucet centenaire : le rendez-vous international à ne pas manquer
L’horizon fixé est limpide : 2029 marquera le centenaire de la mort de Jacques Doucet (1853-1929), couturier, collectionneur et mécène, figure majeure des scènes artistique et littéraire de la Belle Époque. Lauren Laz le dit sans détour : « en 2029, nous allons fêter le centenaire de la disparition de Jacques Doucet ». Et d’expliquer que des projets d’expositions à l’étranger se dessinent déjà ; pour y participer pleinement, il faut que certaines pièces d’Avignon puissent, demain, franchir les frontières. Dans la collection, le symbole est connu : Wagons de chemin de fer à Arles (1888) de Van Gogh, conservé au musée. 

Déficit structurel : la mécanique qui érode l’avenir
Le discours interne est prudent, mais l’alerte est claire : le modèle économique, fondé sur les revenus du patrimoine de la Fondation, ne suffit plus. Philippe Lechat évoque une réalité “structurelle”, soumise en plus aux aléas des marchés financiers : quand les rendements faiblissent, la marge se réduit, et la réserve s’use. Durant l’interview, un chiffre revient : un déficit annuel évoqué autour de 500 000€, quand les recettes se situeraient un peu en deçà de 300 000€. L’objectif affiché n’est pas de dramatiser, mais de se donner des options. «On demande l’autorisation. Ça ne veut pas dire qu’on utilise l’autorisation», insiste-t-il à propos d’une éventuelle vente, présentée comme une solution de sauvegarde, « en dernier recours ».

Une saison 2026 sans “blockbuster”, mais pleine d’expériences
Conséquence directe : pas d’exposition d’été ‘classique’ en 2026, afin de concentrer l’énergie de l’équipe sur la réécriture du projet muséal à l’horizon 2030. Pour autant, le musée refuse l’hibernation culturelle et mise sur des formats plus vifs, plus proches, plus sensoriels.

Wagons de chemin de fer à Arles de Vincent Van Gogh en 1888 Copyright MMH

Parmi les temps forts annoncés
Théâtre : une relecture contemporaine de La Mouette de Tchekhov, pensée comme une déambulation dans les espaces du musée. Printemps des poètes : lecture-rencontre autour d’un poème d’Aragon, Le médecin de Villeneuve. L’agenda ici.

Accrochages de saison : focus d’œuvres et contrepoints dans la maison-musée
Médiation : les “Jeudi Art”, ateliers adultes, stages et propositions jeune public, maintenus comme colonne vertébrale. Et surtout, une proposition rare dans une maison-musée : un parcours olfactif conçu avec la créatrice Nathalie Saint-Oyant. Lauren Laz en décrit l’ambition : « une manière… de sortir du cadre, et d’avoir une dimension sensorielle un peu nouvelle », avec des installations pensées salle par salle, ‘délicates’, pour éviter toute saturation. Le musée évoque aussi un travail en cours avec l’Osmothèque, conservatoire dédié à la mémoire des parfums et des odeurs. 

Partenariats : Orsay en ligne de mire, Avignon comme clé d’entrée
Autre axe : des synergies muséales, en particulier avec le Musée d’Orsay, ‘partenaire naturel’ au regard de la chronologie des collections. Lauren Laz mentionne des ‘hypothèses en construction’, avec l’idée de prêts de longue durée qui ‘muscleraient’ l’attractivité du parcours avignonnais. Mais le nerf de la guerre reste local. Dans l’interview, la directrice Lauren Laz résume la stratégie : plan 1, convaincre les collectivités de bâtir un soutien pérenne ; plan 2, se préparer au pire pour ne pas agir sous contrainte. « Le verrou, c’est un petit peu la Ville », glisse-t-elle, en espérant qu’un dialogue plus fécond s’ouvrira après les municipales.

Quand l’œuvre s’émancipe et sort de son cadre grâce à Nathalie Saint Oyant Copyright MMH

Un musée ‘réinventé’ plutôt qu’un musée ‘sauvé’
À l’échelle d’Avignon, l’Angladon tient une place singulière : une maison-musée, une collection resserrée mais prestigieuse avec de grands peintres comme Degas, Cézanne, Sisley, Picasso, Modigliani, Van Gogh… et plus de 4 000 œuvres d’art visuelles et objets, et la présence tutélaire de Jacques Doucet, dont l’héritage irrigue encore l’histoire de l’art. 2026 ne ressemble donc ni à une année blanche, ni à une simple parenthèse : c’est une année de travail, de test et de preuves, où l’institution cherche moins un miracle qu’une architecture durable. Comme le résume Lauren Laz, l’objectif est de « mettre sur la table toutes les opportunités possibles » pour construire, d’ici 2030, un musée capable de rayonner sans se renier.

Les infos pratiques
Musée Angladon – Collection jacques Doucet. Du mardi au samedi, de 13h00 à 18h. Dernière admission à 17h15. 5, rue du laboureur à Avignon 04 90 82 29 03. accueil@angladon.com
Mireille Hurlin

Alexandra Siffredi, médiatrice, Philippe Lechat, Nathalie Saint-Oyant et Lauren Laz Copyright MMH

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