5 avril 2026 |

Ecrit par le 5 avril 2026

Agriculture : le cri d’alarme de Lucien Stanzione pour le Vaucluse

Au Sénat, le sénateur Lucien Stanzione a alerté sur la fragilité croissante du modèle agricole méditerranéen. Entre dérèglement climatique, concurrence européenne et retrait progressif de certains pesticides, les producteurs de fruits et légumes se retrouvent pris entre urgence économique et temps long de la recherche. Un défi stratégique qui pose la question des moyens accordés à l’innovation agricole.

Au cœur des débats sur la crise agricole française, la voix du Vaucluse s’est récemment fait entendre au Sénat. Le sénateur Lucien Stanzione y a défendu un modèle agricole souvent discret dans les grandes politiques publiques : celui du Sud-Est méditerranéen, fait d’exploitations familiales de petite taille, spécialisées dans les fruits et légumes tels que la cerise, la fraise ou la pomme, et historiquement tournées vers les circuits de négoce.

Un modèle économique vulnérable
Ce modèle, qui a longtemps prospéré sans dépendre fortement des aides de la Politique agricole commune, apparaît aujourd’hui particulièrement vulnérable. Les aléas climatiques à répétition, la pression sanitaire sur les cultures et les fluctuations économiques fragilisent des exploitations déjà étroites dans leurs marges. À cela s’ajoute un autre facteur, moins visible mais tout aussi déterminant : l’écart croissant entre le rythme de la recherche scientifique et l’urgence économique à laquelle sont confrontés les producteurs.

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La réglementation européenne
L’agriculture française traverse une mutation profonde. Sous l’effet des réglementations européennes et des attentes environnementales, de nombreuses substances phytosanitaires sont progressivement retirées du marché. Or, sur les quelque 290 substances actives utilisées aujourd’hui, près de 75 pourraient perdre leur autorisation dans les prochaines années, obligeant les filières à trouver rapidement des solutions alternatives pour protéger les cultures.

Le temps long de la recherche
La recherche travaille précisément à ces alternatives. Les solutions de biocontrôle -utilisant des organismes vivants, des mécanismes naturels ou des substances d’origine biologique pour lutter contre les ravageurs- apparaissent comme l’une des pistes les plus prometteuses. Ces travaux sont notamment soutenus par le plan stratégique Parsada -Plan d’action stratégique pour l’anticipation du potentiel retrait européen des substances actives et le développement de techniques alternatives pour la protection des cultures- conçu pour anticiper le retrait des pesticides et financer des projets scientifiques sur trois à cinq ans. Mais entre la promesse scientifique et l’application concrète dans les champs, le temps reste long. Les premières solutions opérationnelles ne devraient être pleinement déployées que dans plusieurs années. Pour les producteurs, confrontés à la pression des marchés et aux pertes de récoltes, ce décalage constitue un véritable gouffre.

L’impasse technique des alternatives
C’est précisément ce hiatus que le sénateur du Vaucluse a mis en lumière. Selon lui, l’enjeu consiste à « faire gagner quelques années » aux agriculteurs, afin d’éviter que la disparition de certains outils phytosanitaires ne laisse les filières dans une impasse technique. Une transition qui suppose, insiste-t-il, un soutien massif et durable à la recherche. Or les arbitrages budgétaires interrogent. Le plan Parsada, qui mobilisait environ 146M€ en 2024 pour financer des projets d’innovation et de recherche appliquée, repose aujourd’hui sur des appels à projets plus restreints, dans un contexte de contraintes financières.

Manifestation des agriculteurs en décembre 2025 Cours Jean Jaurès Avignon Copyright MMH

Le changement climatique
Les exploitations fruitières et maraîchères, très présentes dans les régions méditerranéennes, sont parmi les plus exposées aux changements climatiques, aux nouvelles maladies des plantes et aux restrictions sur les produits phytosanitaires. La transition vers une agriculture moins dépendante des intrants chimiques est largement partagée comme objectif. Mais elle suppose un triptyque difficile à équilibrer : innovation scientifique, viabilité économique des exploitations et sécurité alimentaire. Pour les territoires agricoles du Sud-Est, l’équation est particulièrement sensible. Sans investissements suffisants dans la recherche et les solutions de terrain tels que les filets de protection, le biocontrôle, les nouvelles variétés ou techniques culturales, la transition pourrait fragiliser durablement des filières déjà sous tension. Derrière le débat technique se profile ainsi une question politique majeure : comment accompagner la transformation écologique de l’agriculture sans sacrifier ceux qui la font vivre au quotidien.
Mireille Hurlin


Agriculture : le cri d’alarme de Lucien Stanzione pour le Vaucluse

L’entreprise Augier, spécialisée dans les matériaux de construction, la menuiserie, le carrelage, mais aussi sur les projets de cuisine, de salle de bain ou de bricolage, est installée à Vaison-la-Romaine depuis 125 ans. En 2022, elle a été le premier négoce de matériaux à avoir obtenu la certification Bois de France.

L’histoire a commencé avec Joseph Casimir Girard, arrière-arrière-grand-père de Christophe Augier, actuel président de l’entreprise Augier. Traceur de pierres à Crillon-le-Brave, Joseph déménage à Vaison-la-Romaine dans les années 1890 et rachète les établissements Benjamin Long, commerce de bois de construction, le 26 mai 1899, repris par son fils Noël puis par le gendre de ce dernier, Marcel. Celui-ci a notamment développé la filière négoce de matériaux, qui a pris en 1946 son nom définitif : les établissements Marcel Augier. L’entreprise est reprise par Marc, le fils de Marcel, puis par son petit-fils Christophe, qui en est président depuis 2013.

Cette année, Augier célèbre donc ses 125 ans. Ce sont cinq générations qui se sont succédé et qui ont fait de l’entreprise ce qu’on connait d’elle aujourd’hui, à savoir une société pluridisciplinaire, qui maîtrise plusieurs métiers : les matériaux, la menuiserie, le carrelage, le sanitaire, la cuisine et le bricolage.

Un pied dans l’entreprise depuis petit

L’entreprise Augier étant dans la famille depuis plusieurs générations, Christophe n’y a pas échappé. « J’ai toujours été intéressé par l’entreprise, ayant baigné dedans depuis tout petit, et j’ai toujours été attiré par le commerce, au sens très large », explique Christophe Augier. Après avoir été diplômé de la Montpellier Business School, Christophe entame donc un parcours professionnel pour le moins éclectique.

La Caisse nationale d’assurance maladie ou encore la distribution en pharmacie aux États-Unis, Christophe fait plusieurs métiers avant de revenir à sa terre natale, Vaison-la-Romaine, où l’entreprise familiale n’attend que son retour. « Quelque part, qu’on vende du paracétamol ou une perceuse, c’est pareil, on vend un produit avec un conseil technique », ajoute-t-il en riant. Il rejoint donc l’entreprise en 2005, prend ses marques avant d’être en charge de la partie bricolage. C’est en 2013 qu’il prend ses fonctions de président et succède à son père, Marc.

1ᵉʳ négoce de matériaux certifié ‘Bois de France’

Près de 10 ans après le changement de présidence, l’entreprise obtient le label ‘Bois de France’, attribué pour la première fois à un négoce de matériaux. « Le bois est une de nos spécialités historiques », affirme Christophe. C’est donc tout naturellement que, lors de sa rencontre avec Frédéric Blanc, président de Bois de France, en 2021, quand ce dernier présente le label, Christophe s’y intéresse immédiatement.

« Pour nos clients, qu’ils soient particuliers ou professionnels, il est important d’avoir une qualification des produits qu’ils achètent. »

Christophe Augier

La labellisation est donc officielle depuis octobre 2022. Elle garantit que 100% des produits de bois qui passent par Augier sont produits et usinés en France. En plus de garantir un véritable produit français, le label a pour objectif de promouvoir le bois français et la filière professionnelle, et développer l’unité de l’écosystème du bois français. « On voit beaucoup de qualifications dans le domaine de l’alimentaire, explique Christophe. Pour le bois, c’est pareil. Ce n’est pas juste un bout de bois, c’est un très beau produit qui est élevé en France et les acteurs de la filière bois le travaillent avec amour. »

Une démarche responsable « pas à pas »

Cette labellisation entre dans la démarche responsable « pas à pas », comme l’appelle Christophe, de l’entreprise. « Augier est une PME (petite ou moyenne entreprise), on n’a pas d’équipe RSE (responsabilité sociétale des entreprises), on n’a pas de directeur de l’environnement ou autre, développe-t-il. On fait ce qu’on peut en termes d’environnement avec notre temps et avec nos moyens. »

L’entreprise vaisonnaise mène petit à petit plusieurs actions qui forment un ensemble cohérent avec les valeurs environnementales qu’elle souhaite véhiculer. Augier a notamment ouvert il y a quelques mois un point de recyclage gratuit pour les matériaux de construction. Grâce à un partenariat avec Écomaison, l’entreprise récupère gratuitement les gravats, la laine de verre, ou encore le métal non utilisés sur les chantiers que les professionnels peuvent récupérer gratuitement sur le site vaisonnais. L’entreprise installe également des centrales solaires afin d’utiliser ses toits et l’ensoleillement intelligemment. « Pour une PME, la première difficulté de tout ça, c’est une complexité et une instabilité juridique, explique Christophe. On a parfois le choix de faire ou de ne pas faire toutes ces petites choses, mais nous, on trouve que c’est intéressant de les faire. »

Le site Augier, à Vaison-la-Romaine. ©Augier

Une entreprise familiale

En plus de tout l’aspect environnemental, Augier fait aussi attention à ses employés. « Même si l’entreprise a grandi, l’humain reste très important pour nous, affirme le PDG. Ce qui m’importe, c’est de pouvoir croiser n’importe qui dans l’entreprise et d’avoir une relation humaine intéressante avec cette personne-là. » 

« Les personnes les plus importantes dans l’entreprise, ce n’est pas le PDG, ce n’est pas le directeur, c’est la caissière, c’est le magasinier, c’est le chauffeur, ce sont ceux qui voient le client tous les jours. »

Christophe Augier

Pour Christophe, l’essence même d’Augier passe par ses équipes, leur entente et leur bien-être. Même si elle s’agrandit, l’aspect familial reste donc une valeur chère à l’entreprise qui aujourd’hui emploie près de 50 personnes et réalise un chiffre d’affaires d’environ 11 millions d’euros.

L’équipe Augier. ©Augier

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