26 octobre 2026 |

Ecrit par le 26 octobre 2026

Les éleveurs ovins vauclusiens dénoncent les nouvelles attaques de loups

Alors que se tient aujourd’hui la ‘mobilisation nationale des éleveurs face à la prédation’, la Fédération départementale ovine (FDO) de Vaucluse rappelle l’explosion des attaques de loup dans le département et « l’immense détresse des éleveurs, de leur famille et de leurs troupeaux ».

« De quelques attaques il y a une dizaine d’années, 194 moutons ont officiellement été comptabilisés comme victimes en 2020, constate la FDO 84. Si le nombre d’attaques et de victimes n’augmentait que lentement jusqu’il y a quelques années, elles ont quadruplé depuis 2019. La pression actuelle confirme malheureusement la tendance et l’expansion du prédateur en Vaucluse.

Des attaques dans 9 communes cet été
Durant l’été, la Fédération départementale assure que 9 communes vauclusiennes sont suspectées officiellement d’avoir été le théâtre connu des attaques de loup : Beaumont-du-Ventoux, Bédoin, Lagarde d’Apt, Lauris, Monieux, Saint-Martin-de-Castillon, Viens, Venasque et Saignon (où une nouvelle attaque s’est produite les 18 et 19 septembre derniers).

Une population sous-estimée
« Le loup est maintenant bien implanté sur le Mont Ventoux, le Grand Luberon et les Monts de Vaucluse. Cependant, seule la commune de Bédoin est actuellement classifiée comme foyer de prédation. C’est pourtant l’ensemble du département qui est menacé : au premier semestre, c’étaient les communes de Mornas et d’Uchaux le long du Rhône qui étaient attaquées par le loup », insistent les représentants des éleveurs qui regrettent « qu’aux vues des réalités de terrain que la population de loup soit aujourd’hui sous-estimée ».
Aujourd’hui on estime ainsi que 4 à 5 meutes de loup séviraient en Vaucluse, soit près d’une trentaine d’individus.

Un secteur en danger ?
La FDO demande donc que le mode de gestion du loup soit revu au regard de la dynamique réelle de la population. « Il est nécessaire que chaque éleveur puisse protéger ses animaux toute l’année, sur tout le territoire et en toute sécurité – sécurité juridique comprise, en particulier pour l’usage des chiens de protection, demande la Fédération. Sans cela, l’élevage ovin en Vaucluse, pourtant vertueux et plébiscité par les consommateurs, disparaîtra. Les conditions de vie personnelle et professionnelle des éleveurs continuent de se dégrader. Ils vivent dans l’angoisse permanente d’une attaque de leurs troupeaux et subissent un traumatisme quand celle-ci survient. Leur santé est profondément et durablement altérée. Les indemnisations reçues ne couvrent qu’en partie les préjudices matériels subis, en aucun cas les préjudices moraux supportés. Les éleveurs s’épuisent et les jeunes sont découragés de s’installer. Sans une action rapide des pouvoirs publics pour réguler fermement les populations de loups et un réveil de l’opinion publique, ce sont le pastoralisme, des paysages, un mode de vie, une production de viande de qualité et un terroir qui sont en danger. »

L.G.


‘Le confinement nous a sortis de notre torpeur, nous invitant à penser et à vivre autrement.’ Bruno Msika fondateur des éditions ‘Cardère’

Bruno Msika a fondé ‘la bonne maison Cardère’, une maison d’édition spécialisée dans le pastoralisme et les sciences humaines et sociales. Installé rue Agricol Perdiguier à Avignon, il témoigne par son métier et les ouvrages façonnés avec des auteurs sensibles à la vie, à l’environnement, à l’écologie et au droit à sortir des sentiers battus. Il s’interroge sur le formatage de notre pensée depuis l’entrée à l’école jusqu’à la fin de vie en établissement spécialisé où notre mode sociétal nous couperait de notre véritable existence qui est de penser, d’innover, de rester liés les uns aux autres et avec notre environnement.

« J’ai toujours eu besoin de comprendre mon environnement. C’est l’une des raisons qui m’ont conduit à un doctorat d’écologie méditerranéenne appliqué au pastoralisme. L’autre passion de ma vie est l’écriture et la mise en pages qui m’a d’abord poussé à proposer des prestations de relecture, de recherches iconographiques pour la mise en valeur de textes d’études auprès d’organismes de recherche et de structures techniques. Un travail qui m’a amené à fonder la Maison Cardère en 1999. Mon but ? Combattre l’idée que les métiers du pastoralisme appartiennent au passé, qu’ils sont vieillots et désuets. C’est pourquoi je reste très méfiant vis-à-vis des fêtes de la transhumance et des musées qui enferment et figent des métiers et des savoir-faire dans un passé nostalgique alors que ceux-ci restent très actuels.

Un exemple ?

L’image que les gens se font du berger comme un vieil homme un peu benêt avec son litre de rouge, son quignon de pain, sa cape, son chapeau à large bord flanqué d’un chien collé au mollet. Un cliché dorénavant inscrit dans les mémoires parce qu’il séduit les gens… La réalité ? Les bergers sont jeunes, diplômés et font, pour la plupart, un bref passage dans le métier afin de nourrir leur réflexion pour renouveler un savoir-faire qui demeure depuis… 8 000 ans. Ce métier, qui ne réclame aucun autre outil qu’un couteau, continue d’exister en s’adaptant toujours. Alors, avec mon ami, Guillaume Lebaudy, ethnologue, qui dirigeait encore récemment la Maison du berger à Champoléon dans les Hautes-Alpes, nous avons eu envie d’engager l’édition avec la collection ‘Hors les drailles’ ( chemins de transhumance, mais aussi petits chemins tracés par les troupeaux sur les flancs des montagnes). Une collection qui fait la chasse aux idées reçues et à la pensée unique qui formatent nos vies. Cela m’amène à évoquer le confinement avec sa privation de liberté et particulièrement l’isolement des personnes âgées que l’on ‘empêche’ de vivre. Cela me fait penser aux gilets jaunes, aux zadistes de Notre Dame des Landes, aux communautés autosuffisantes, qui échappent au ‘contrôle’ du pouvoir et sont sévèrement voire violemment réprimées. Exprimer une opinion devient difficile sans que les gens qui vous entourent ne vous musèlent et cela est, pour moi, le signe d’une dictature car chacun se fait policier de l’autre. C’est le procès de Charlie Hebdo qui révèle le procès des libertés, ‘on n’a plus le droit de se moquer’… Les opinions n’ont-elles donc plus le droit de s’exprimer ?! En tant qu’éditeur, je m’interroge. »

Cardere.fr

Propos recueillis par Mireille Hurlin

https://www.echodumardi.com/tag/pastoralisme/page/2/   1/1