7 octobre 2026 |

Ecrit par le 7 octobre 2026

Prix Jacques Léon : Quand les Fontanille font rayonner le santon

Installées à quelques kilomètres d’Avignon, Isoline et Élisabeth Fontanille ont reçu le 29ᵉ Prix Jacques Léon, au musée Vouland. Leur travail, entièrement artisanal, réinvente la tradition des santons sans jamais en perdre l’âme.

Dans leurs ateliers de Pujaut, dans le Gard, Isoline et Élisabeth Fontanille façonnent une Provence miniature. La première crée des santons peints, de huit à neuf centimètres, expressifs et colorés. La seconde réalise des personnages habillés, souvent de près de trente centimètres, cousus dans des étoffes anciennes. Leur complémentarité vient d’être saluée par le Prix Jacques Léon ‘Tradition Provençale et Modernité’. La remise du prix s’est déroulée dans le jardin du musée Louis Vouland à Avignon, dans le cadre de la Semaine provençale organisée par la Ville.

Copyright Facebook Santons Isoline Fontanille à Pujaut

Un prix créé par la Fondation Louis Vouland
Créé en 1993 par la Fondation Louis Vouland, le prix distingue des initiatives qui conjuguent héritage régional et création contemporaine. Avant les Fontanille, il a récompensé des maisons aussi diverses que Souleiado, Fragonard, La Boule Bleue, la Scourtinerie de Nyons ou encore la Nougaterie Silvain. Chez Isoline Fontanille, chaque figurine est reprise après le moulage. L’argile encore souple est évidée, remodelée, animée. Une oreille d’âne, une posture, un regard : les détails donnent à chaque personnage sa singularité. Après plusieurs semaines de séchage, les pièces sont cuites à près de 980 °C, puis peintes à la gouache, à l’acrylique et avec des pigments naturels. Il faut compter environ deux heures et demie pour un santon. Jusqu’à huit heures pour une saynète. La production reste volontairement limitée, loin des séries standardisées. Élisabeth, elle, compose des santons habillés qui tiennent presque de la sculpture et de la couture. Les visages sont modelés puis patinés. Les costumes prennent vie dans des piqués anciens, des étoffes chinées, des passementeries et des accessoires récupérés. Une démarche de réemploi menée depuis plus de 35 ans, bien avant que l’économie circulaire ne devienne un mot d’ordre.

Une tradition populaire, pas une pièce de musée
L’histoire familiale remonte aux années 1960, lorsque Jean-Marie Fontanille rencontre le santonnier aixois Rodolphe Devouassoux. La passion se transmet ensuite à Isoline, qui devient santonnière en 1998 après des études d’arts plastiques, puis à Élisabeth, encouragée par son mari à créer sa propre collection. Leurs créations prolongent une pratique apparue en Provence au XIXᵉ siècle. Le santon, du provençal santoun, ‘petit saint’, peuple alors les crèches de bergers, de lavandières, de marchands et d’artisans, autrement dit toute une société rurale mise en scène autour de la Nativité. Les savoir-faire liés aux santons moulés, cuits et peints figurent depuis 2021 à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel du ministère de la Culture. Mais les Fontanille ne se contentent pas de reproduire un répertoire ancien. Isoline donne à ses bergères, ânes, chèvres et colporteurs des attitudes presque vivantes. Élisabeth habille ses personnages comme on raconterait une époque, avec des matières qui portent déjà une histoire.

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De Pujaut aux quatre coins du monde
Leurs santons ont rejoint des collections aux États-Unis, au Canada et en Allemagne. Élisabeth a également réalisé des crèches pour l’Hôtel d’Europe et La Mirande, à Avignon, ainsi que pour Baumanière, aux Baux-de-Provence. Le travail de la famille s’est même invité à Notre-Dame de Paris, où l’un des anges de la grande crèche créée par Jean-Marie Fontanille a trouvé place après la réouverture de la cathédrale. Le Prix Jacques Léon distingue donc bien davantage qu’un artisanat. Il récompense une manière de faire vivre la Provence : par la main, la patience et l’invention. À Pujaut, la tradition ne dort pas dans une vitrine. Elle marche, elle travaille, elle sourit et continue de voyager.
Mireille Hurlin

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