« Avec 28 900 projets de recrutement en 2026 (-2% sur un an par rapport à l’an passé), le Vaucluse confirme une dynamique d’embauche soutenue mais profondément marquée par la saisonnalité (59% des intentions, +8 points), relate Aude Fredenucci, directrice de France travail Vaucluse. Si 35% des recrutements restent jugés difficiles (en recul de 8 points), le territoire bénéficie d’un tissu de TPE-PME (Très petites et moyennes entreprises) particulièrement actif (27% des établissements recruteurs). En parallèle, 62 540 demandeurs d’emploi sont inscrits en catégories A, B et C, un chiffre en baisse de 1,2% sur un an. » Entre demandes sectorielles et innovations de recrutement, France Travail redessine les équilibres du marché local.
À rebours d’une lecture strictement conjoncturelle, le Vaucluse affiche une forme de résilience. Certes, les intentions d’embauche reculent légèrement, mais elles demeurent à un niveau élevé, portées par un tissu économique diffus et agile. Le département compte 18 800 établissements pour 144 400 emplois salariés dans le secteur marchand, confirmant une structure dominée par les petites entreprises. « On a quand même 27% des établissements qui envisagent de recruter, ce qui est un peu au-dessus de la région. C’est inhabituel pour le Vaucluse, et plutôt encourageant », souligne Aude Fredenucci, directrice de France Travail Vaucluse.

Une économie largement saisonnière
C’est la signature du territoire : près de 6 recrutements sur 10 sont saisonniers. Trois grands secteurs structurent cette économie : Agriculture et industrie agroalimentaire (33% des projets) ; Services aux particuliers (21%) et Hôtellerie-restauration-tourisme (15%). «On est à 59% de projets de recrutement saisonniers. C’est très symptomatique de l’emploi dans le Vaucluse et des secteurs qui recrutent », analyse la directrice. Mais cette saisonnalité évolue : «Les secteurs, notamment l’hôtellerie-restauration, ont fait évoluer leurs pratiques, ils sont plus ouverts aux compétences et travaillent davantage leur attractivité».
Des tensions qui se desserrent
Longtemps point noir du marché de l’emploi, les difficultés de recrutement reculent : 35% des projets sont jugés difficiles, soit 8 points de moins en un an. «On recule de 8 points, c’est plutôt très positif», insiste Aude Fredenucci. Résultat ? Les taux de pourvoi progressent nettement : 86,8% dans l’hôtellerie-restauration ; 82,3% dans le commerce et 79,5% dans l’agriculture et l’agroalimentaire. «Un employeur a aujourd’hui quatre chances sur cinq de pourvoir son recrutement via France Travail Vaucluse, souvent en moins d’un mois,» précise-t-elle.

France Travail Vaucluse, pivot du nouvel écosystème de l’emploi
Au cœur de cette transformation, France Travail ne se limite plus à la mise en relation. «L’enquête BMO (Besoin en main d’œuvre) nous permet d’anticiper les projets de recrutement, mais aussi d’aller vers les entreprises, notamment les plus petites, qui renoncent parfois faute de solutions.» Immersions, simulations, recrutements sans CV (Curriculum vitae) : «On cherche à détecter des compétences autrement que par le diplôme. Ce sont des savoir-être, des capacités d’adaptation, capacité à travailler en équipe, suivi des consignes, que l’on observe directement en situation». Ces dispositifs se déploient massivement dans les secteurs en tension.
Former avant d’embaucher
«Les préparations opérationnelles à l’emploi -via le mentorat- permettent d’apprendre directement en entreprise, sans que cela pèse sur l’employeur», explique la directrice de France Travail Vaucluse qui coordonne désormais un réseau pour l’emploi : «L’objectif, c’est d’avoir une réponse unique pour l’entreprise, avec le bon interlocuteur, au bon moment». Le Vaucluse compte 62 540 demandeurs d’emploi (catégories A, B, C) au 1er trimestre 2026. Dans le détail, ce sont 35 720 personnes sans emploi et 26 830 en activité réduite. «On observe une baisse globale, mais avec des réalités différentes selon les publics,» nuance Aude Fredenucci. Les jeunes reculent fortement (-6%) au chapitre du chomage, signe d’une meilleure insertion : «Il y a une vraie dynamique sur l’emploi des jeunes, liée à l’accompagnement et à l’ouverture des entreprises ». A l’inverse, la part des demandeurs d’emploi de longue durée progresse : un enjeu central.

Du chômage à l’employabilité : un changement de paradigme
Le cœur de l’action publique se déplace vers la levée des freins périphériques. «On travaille autant sur le projet professionnel que sur la mobilité, la santé ou l’accès aux droits. L’emploi permet souvent de résoudre le reste.» L’intégration des bénéficiaires du RSA (Revenu de solidarité active, 9 800 personnes en Vaucluse, au 31/12/2025) et des publics éloignés de l’emploi renforce cette approche : «On découvre des personnes qui sont tout à fait mobilisables, à condition de lever les obstacles.» Sur le terrain, cela se traduit par une présence accrue : «On va vers les publics, avec des dispositifs itinérants, pour aller chercher ceux qui ne viennent pas spontanément.»
Les chiffres clés du BMO 2026 en Vaucluse
28 900 projets de recrutement (-2 %) ; 27 % des établissements recruteurs (+1 point) ; 59 % de recrutements saisonniers (+8 points) ; 35 % de projets jugés difficiles (-8 points) ; 62 540 demandeurs d’emploi (cat. A, B, C) (-1,2 % sur un an) ; 48,5 % inscrits depuis plus d’un an ; 86,8 % des offres pourvues dans l’hôtellerie-restauration ; 79,5 % dans l’agriculture/agroalimentaire ; 82,3 % dans le commerce.

En bref
Le marché du travail vauclusien ne se résume plus à ses fragilités structurelles. Il révèle une mutation profonde.«L’enjeu, aujourd’hui, est de trouver de nouveaux profils et de rapprocher l’offre et la demande au plus près des territoires,» conclut Aude Fredenucci. Entre saisonnalité assumée et innovations sociales, le Vaucluse esquisse une nouvelle physionomie de ses forces de travail : plus inclusive, plus agile et résolument en mouvement.
Mireille Hurlin































