20 mai 2026 |

Ecrit par le 20 mai 2026

Villa Datris, La mer intérieure de l’histoire des hommes

À Fondation Villa Datris, la Méditerranée ne se contemple plus, elle se traverse. Avec Méditerranée, odyssées contemporaines, la nouvelle exposition de la Villa Datris transforme l’ancien hôtel particulier de L’Isle-sur-la-Sorgue en archipel sensible où les artistes parlent d’exil, de mémoire, de transmission et de naufrage. Plus de 65 créateurs venus des rives méditerranéennes y dessinent une mer politique, poétique et charnelle. Une exposition libre d’accès, habitée de fantômes antiques et d’éclats très contemporains, à découvrir jusqu’au 1er novembre 2026. 

Il faut franchir le portail de la Villa Datris comme on embarque sur un navire ancien. Dans les jardins de cette demeure du XIXe siècle devenue l’un des hauts lieux de la sculpture contemporaine en Provence, les œuvres semblent avoir été rejetées là par les vagues. Certaines pendent comme des filets de pêche oubliés. D’autres ressemblent à des reliques sauvées d’un naufrage. D’autres encore veillent, droites et silencieuses, comme des sentinelles de pierre regardant vers un Orient disparu.

À L’Isle-sur-la-Sorgue, la Méditerranée entre dans les murs
Depuis 2011, la fondation créée par Danièle Marcovici et Tristan Fourtine s’est imposée dans le paysage culturel du Vaucluse par une singularité rare : rendre la sculpture contemporaine accessible gratuitement au plus grand nombre. Plus de 1 000 artistes y ont déjà été exposés et plus de 620 000 visiteurs accueillis. Mais cette année, quelque chose change de nature. L’exposition n’est plus seulement un parcours esthétique. Elle devient une traversée intérieure.

Migrante 2021 de Pietro Ruffo. Un homme émerge de l’eau, soulevant ses maigres biens hors des flots. Copyright MMH

Une mer qui porte autant qu’elle engloutit
La Méditerranée de Villa Datris n’a rien de la carte postale. Ici, la mer est frontière, matrice, tombeau, mémoire et blessure. Les commissaires d’exposition Danièle Marcovici et Stéphane Baumet ont choisi de construire un récit où les artistes interrogent ce que signifie « traverser ». Traverser une mer. Traverser une langue. Traverser une guerre. Traverser l’absence.  

Alors les œuvres dialoguent comme des personnages de tragédie.
Les ballons noirs de Nermin Duraković évoquent des réfugiés invisibles. Les cartes fragmentées d’Elisabetta Benassi parlent des routes migratoires comme de cicatrices géographiques. Mona Hatoum suspend des objets du quotidien avec une inquiétante fragilité. Quant à Jean-Marie Appriou, il fait surgir un dauphin mythologique échappé des profondeurs, comme si Poséidon avait traversé les siècles pour venir respirer dans le Vaucluse. 

Ulysse n’est jamais rentré
Le parcours est structuré comme une odyssée. Chaque salle porte le nom d’une étape humaine : Le Grand DépartL’ErranceLes Grandes TraverséesL’ÉtrangerL’Impossible Retour. Et partout plane l’ombre d’Ulysse. Non pas le héros triomphant des livres scolaires, mais l’homme fatigué qui cherche encore où poser sa mémoire. Celui qui découvre que revenir chez soi ne signifie pas toujours retrouver sa place.

Daniel Deleuze, Tableaux valises 2016, des valises évidées, consolidées pour ne pas s’affaisser. Le vide devient élément actif. Claude Viallat, 1985slashF033 un filet de pèche tendu, des fragments de papier japonais peints suspendus dans ses mailles. Copyright MMH

Les migrations, le déracinement, les langues perdues
Les artistes parlent ainsi de migrations contemporaines, de déracinement, de langues perdues, de cultures déplacées. Mais jamais de façon démonstrative. Tout passe par la matière : le textile, le bronze, la céramique, le verre, le bois brûlé, les tissus recousus comme des blessures anciennes. Certaines œuvres provoquent un silence physique. Devant les chapeaux alignés d’Anila Rubiku, le visiteur comprend soudain que l’étranger n’est peut-être qu’un miroir. Devant les fumées suspendues de Rafram Chaddad, l’exil prend la forme d’un souffle qui se dissipe.  

Une exposition profondément méditerranéenne
La force de Villa Datris tient aussi à son ancrage territorial. Car cette Méditerranée contemporaine trouve un écrin naturel dans le Vaucluse. À L’Isle-sur-la-Sorgue, ville d’eaux, de galeries et de passages, l’exposition semble dialoguer avec les canaux, les pierres blondes et la lumière blanche si chère aux artistes.

Des artistes Méditerranéens
La Fondation accueille cette année des artistes venus du Liban, de Grèce, de Malte, de Suisse ,d’Italie, du Maroc, de Turquie, d’Espagne, de France ou encore des Balkans. Une géographie sensible qui rappelle que la Méditerranée fut longtemps un carrefour de civilisations avant de devenir une ligne de fracture géopolitique. Et pourtant, malgré les drames évoqués, l’exposition demeure lumineuse. Parce qu’elle parle aussi de transmission, de beauté persistante, de cultures mêlées. Elle raconte une mer qui résiste.

Nermin Durakovic Black cloud ; Des ballons noirs gonflés à l’hélium saturent l’espace formant un nuage sombre au-dessus du public.
Le message : Le traitement différencié des demandeurs d’asile est notre responsabilité. Copyright MMH

Un lieu vivant plus qu’un musée
La Villa Datris refuse le silence intimidant des institutions figées. Tout au long de la saison, visites guidées, rencontres avec les artistes, ateliers et médiations viennent prolonger l’expérience. Des ateliers pour enfants et adolescents permettent même aux plus jeunes de créer à partir des œuvres exposées. Cette volonté d’ouverture fait partie de l’ADN du lieu. Entrée libre, médiation accessible, scénographie immersive : la Fondation poursuit cette idée rare selon laquelle l’art contemporain n’est pas réservé à quelques initiés. Et l’on ressort de cette odyssée avec une étrange sensation. Celle d’avoir entendu la Méditerranée parler à voix basse. Non pas la mer des vacances. La mer des hommes.

Danièle Marcovici, conversation avec la Méditerranée
À travers Méditerranée, odyssées contemporaines, présentée à Fondation Villa Datris, Danièle Marcovici défend une vision du monde, une mémoire familiale, ses inquiétudes démocratiques, la célébration des échanges méditerranéens, via une parole sensible et politique.

Tous des enfants d’immigrés
Chez Danièle Marcovici, les thèmes naissent du monde tel qu’il tremble. Après avoir consacré l’édition 2025 aux sculptrices engagées, au coeur de la montée des extrêmes en Europe, la présidente de la Fondation Villa Datris poursuit cette réflexion avec la Méditerranée. Non pas comme décor solaire, mais comme territoire traversé par les fractures contemporaines.«Nous sommes un peu tous des enfants d’immigrés», glisse-t-elle peut-être plus grave qu’il n’y parait derrière son sourire toujours bienveillant. Dans ses mots affleure une mémoire intime : celle de racines venues d’Europe de l’Est, de générations déplacées, d’histoires familiales que le temps n’efface jamais complètement. Cette mémoire personnelle irrigue toute l’exposition.

Pascale Marthine Tayou Lampedusa 2019 Billes colorées, fleurs artificielles et taxis brousse miniatures s’accumulent en un champ vibrant où l’enfance côtoie le précaire. Copyright MMH

La Méditerranée, entre cimetière et promesse
Danièle Marcovici parle sans détour de cette mer devenue « un grand cimetière ». Les plus de 30 000 morts recensés sur les routes migratoires méditerranéennes hantent silencieusement le parcours artistique. Mais la fondatrice refuse le misérabilisme. L’exposition veut aussi raconter l’autre versant des migrations : ce qu’elles apportent aux sociétés, aux cultures, aux langues, à la musique, à la cuisine, aux imaginaires. «Les hommes, les femmes, les animaux migrent depuis toujours», rappelle-t-elle. Alors les œuvres exposées parlent autant de déracinement que de transmission. D’exil forcé, parfois, mais aussi d’espérance. Celle d’être accueilli. Celle de recommencer ailleurs. Celle de traverser sans sombrer.

Un humanisme revendiqué
La parole de Danièle Marcovici surprend toujours par sa franchise et son franc-parler, elle qui initie, pour toute chose, le dialogue, le partage, le rassemblement. Son engagement dépasse d’ailleurs les murs de la Villa Datris. La fondatrice soutient plusieurs associations liées aux droits des femmes, à l’accueil des migrants ou encore aux initiatives de paix réunissant Israéliennes et Palestiniennes. Cette dimension humaniste se lit partout, car ici, le politique passe par la poésie des artistes. «On n’a pas voulu être seulement graves », insiste-t-elle. Et de fait, malgré les thèmes abordés : l’exil, les frontières, l’oubli, la lumière méditerranéenne demeure partout présente. Dans les matières, dans les couleurs, dans les récits de transmission.

Anne Claverie Jardin bleu 2026. Des sculptures en tubes d’acier aux formes tortueuses évoquent l’olivier, symbole méditerranéen de paix et de longévité,
dont les racines entrelacées figurent le lien du vivant entre la terre et l’homme.Copyright MMH

Les Infos pratiques
Méditerranée, odyssées contemporaines. Exposition d’art contemporain. 65 artistes. Jusqu’au 1er novembre. Entrée libre. De nombreuses activités sont proposées sur réservations auprès de mediation@fondationvilladatris.com ; Visites scolaires f.vouland@fondationvilladatris.com ; Visites guidées en mai, juin, septembre, octobre les samedis à 16h, les dimanches à 11h. En juillet – Août du mercredi au samedi à 16h et les dimanches à 11h. Visites pédagogiques dès 6 ans en juillet août tous les vendredi à 11h. Visites scolaires dès la maternelle en Mai, juin, septembre, octobre les mercredis, jeudis et vendredis. Rencontres : La fondation invite les historiens et les critiques d’art ainsi que les artistes qui viennent présenter leurs oeuvres. Ateliers adultes et jeunes enfants, 12€ par personne ou enfant sur réservation ateliers@fondationvilladartris.com
Mireille Hurlin


Villa Datris, La mer intérieure de l’histoire des hommes

La Villa Datris, ses jardins et sa Sorgue accueillent plus de 80 œuvres de 64 artistes de 28 nationalités différentes sur le thème ‘Engagées, engagées, engagées’. Une exposition libre et gratuite qui veut libérer les corps et la parole des femmes. Jusqu’au 2 novembre 2025. Plus de 70 000 visiteurs sont attendus.

Stéphane Baumet directeur de la Villa Datris et Danièle Marcovici présidente et propriétaire de la Villa Datris Copyright MMH

« Par certains côté la société progresse et par d’autres elle régresse, notamment dans les droits humains, des femmes et de l’environnement, constate Danièle Marcovici, Fondatrice du lieu d ‘art contemporain : la Villa Datris et présidente directrice-générale du groupe Raja leader européen de l’emballage. C’est la raison pour laquelle, le lendemain des élections législatives de 2024, nous avons décidé de cette exposition. Ce sont des femmes, des artistes, toutes talentueuses, qui s’expriment. Nous les avons choisies parce que leurs œuvres ont du sens, que ce sens nous touche et nous émeut. Parce que nous les admirons, nous souhaitons que le public rencontrent leurs œuvres. Nos expositions sont faites pour le grand public grâce à un art contemporain qui a du sens, qui est engagé et créé de l’émotion. Cette année, l’exposition est placée sous le signe du violet, la couleur des féministes américaines, qui ont plus que jamais besoin d’être aidées en ce moment, même si cette exposition est dédiée à toutes les femmes, en lien avec la Fondation Raja qui va fêter ses 20 ans. »

« Ce lieu, dès le départ, par la volonté de Danièle (Marcovici) et Tristan (Fourtine), s’est voulu engagé avec des expositions sur le recyclage, l’écologie, les animaux, la nature, a relevé Stéphane Baumet co-commissaire de l’exposition et directeur de la Fondation Villa Datris. C’est aussi un lieu ouvert et gratuit qui reçoit plus de 70 000 personnes par saison, avec de nombreux événements comme de la médiation culturelle, des ateliers, des projections, des rencontres, des débats, de nombreux concerts cette année, notamment avec des artistes originaires du Burkina Faso. »

Reproduction d’une œuvre de Miss Tic pour l’ascenseur de la Villa Datris Copyright MMH

64 femmes artistes et 80 œuvres
« L’exposition est engagée avec 64 femmes artistes, sculptrices, qui toutes, s’expriment avec beaucoup de talent sur les droits des femmes, les violences faites aux femmes, les droits humains, la liberté qu’on leur refuse dans certains pays, sur l’environnement aussi, le droit de défendre la nature… Un ensemble de sujets sociétaux sur lesquels elles s’expriment toutes brillamment. Ces artistes issues de 28 nationalités feront découvrir à nos visiteurs plus de 80 sculptures installées dans la Villa, les jardins dans ou sous les arbres. Parmi elles, des sculptures sonores, et mobiles. »

Expos 2013-2025
« Cette exposition est très différente de celle de 2013 qui avait pour vocation de changer le regard sur l’art des femmes et, surtout, de dénoncer l’invisibilité de femmes artistes dans toutes les expositions. Là encore, il s’agissait de femmes engagées dans leur liberté de créer, d’exercer leur art. C’était déjà, en 2013, une exposition pionnière. »

Oeuvre de Rym Karoui ‘Virus de la révolution’ Copyright MMH

L’orchestration de l’invisibilité des femmes
« L’orchestration de l’invisibilité de la femme est toujours vraie, dans tous les domaines de la société, que ce soit dans l’espace public, en politique, dans l’art, dans la société, dans les entreprises, absolument partout. C’est le problème des violences, du viol, des meurtres de femmes. C’est surtout celui de la domination masculine qui existe et perdure depuis très longtemps dans la société. Quand les hommes parlent, ils parlent d’autres hommes, quand ils choisissent leur femme, c’est bien souvent pour la dominer. »

Les hommes de la nouvelle génération
« Mais les temps changent, mettant au jour une nouvelle masculinité qui assume très bien son rôle d’homme aux côtés de femmes libres, indépendantes, émancipées, qui travaillent, gagnent leur vie peut être autant qu’eux si ce n’est plus, qui partagent les tâches ménagères, l’éducation des enfants. Ainsi ces hommes et les femmes fonderont la société de demain.»

Œuvre de Yosra Mojtahedi ‘Volcanahita’ Copyright MMH

Une exposition qui dénonce
« Bien sûr, il s’agit d’une exposition qui dénonce, avec des tracts à chaque étage. Le plus important est de se questionner sur comment cela pourrait changer. Le problème c’est de savoir comment cela est arrivé, mais l’on ne peut pas le savoir puisque c’est depuis toujours comme cela. Donc le plus important est de s’atteler à faire bouger les lignes. Est-ce que la parité aidera en cela ? Elle est difficile à instaurer en politique, comme au sein des entreprises, parce que toutes les femmes ne terminent pas leurs études et si elles les terminent l’accès à la politique ou à des postes à responsabilité n’est pas facilité pour qu’elles poursuivent de belles carrières. »

Raja, une entreprise ‘un peu féministe’
« Chez Raja, dans mon entreprise –un peu féministe-, des femmes siègent à mon comité exécutif, construisant de belles carrières. Cependant les femmes ne recherchent pas la puissance, le pouvoir, la fortune…Elles recherchent l’harmonie, le partage, l’éducation, la solidarité. Et puis, nous sommes des femmes puissantes puisque nous créons la vie. »

Quand l’environnement recule, la femme recule
« Egalement lorsque l’environnement recule, ce sont les femmes qui reculent. Nous souffrons les premières de la sécheresse, de la déforestation… C’est la raison pour laquelle, avec la Fondation Raja, nous soutenons des associations dans le monde entier, qui viennent en aide aux femmes en difficulté qui nourrissent des projets comme la création de coopératives agricoles, l’éducation, la formation, et cela dans le monde entier. Nous avons créé un programme Femmes et environnement parce que nous disons, depuis 2015, que les premières victimes du changement climatique sont les femmes, beaucoup de chiffres l’ont d’ailleurs démontré.»

Oeuvre de Beya Gille Gacha ‘Sentinelle’ Copyright MMH

Le coût de la virilité
Lors de l’entretien, Danièle Marcovici a cité l’ouvrage : ‘Le coût de la virilité, ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme des femmes’. Auteure : Lucile Peytavin. Paru en 2021, en livre de poche. 7,70€. ‘En France, les hommes représentent 84% des auteurs d’accidents de la route mortels, 90% des personnes condamnées par la Justice, 86% des mis en cause pour meurtre… Quel est le coût de la virilité érigée en idéologie dominante ?’ Lucile Peytavin est historienne, spécialiste du travail des femmes dans l’artisanat et le commerce. Elle est membre de l’Observatoire sur l’émancipation économique des femmes de la Fondation des femmes. Le coût de la virilité est son premier essai.

Barque de Mireille Fulpius et Sylvie Bourcy ‘Jour de fête’ Copyright MMH

Villa Datris, La mer intérieure de l’histoire des hommes

La Fondation Datris (contraction des prénoms des deux fondateurs Danièle Marcovici et Tristan Fourtine) lieu d’art contemporain et gratuit propose l’exposition ‘Faire corps’ jusqu’au 3 novembre. Depuis son ouverture en 2011, la Villa Datris a exposé les œuvres de plus de 900 artistes établis ou émergents, français ou étrangers et reçu ½ million de visiteurs.

La Villa Datris avec l’œuvre de Richard Di Rosa, ‘Grand abstrait’ Copyright MMH

Cette fois-ci Danièle Marcovici, cheffe d’entreprise dirigeante de Raja, mécène et féministe et Stéphane Baumet, directeur de la Fondation Villa Datris proposent ‘Faire corps’. Et pour donner une vision de ces corps dans tous les états, 66 artistes ont répondu à l’appel et non des moindres, soit directement, soit par voie de collectionneurs privés au gré d’un parcours rythmé de 86 œuvres.

Evidemment l’on est subjugué
par ‘les nanas’ de Niki de Saint Phalle, ‘le Mukuru’ de Terrence Musekiwa, ‘la Vénus au mur’ d’Elsa Sahal, le petit bonhomme en bois –sans titre-  de Joël Shapiro, la ‘Justine second mouvement’ de Daniel Firman, ‘le cercle de vie’ de Prune Nourry, ‘le baiser’ de Marc Nucera… Il y a tant d’œuvres devant lesquelles s’arrêter, regarder, se nourrir.

Et, devant ce parcours intérieur de la Villa
et dans ses jardins enchantés, l’on découvre mille formes et matières suggérant ou montrant le corps, effectivement, dans tous ses états d’où seule la maladie a été honnie. ‘On n’avait pas envie d’être tristes, mais plutôt audacieux, interrogeant, joyeux et plein d’humour’ sourit Danièle Marcovici. Alors on s’installe dans les bureaux, alors que le lieu foisonne de curieux venus découvrir, en avant-première, le parcours d’art contemporain. Danièle Marcovici, contez-nous ce qui se passe en ces lieux magiques.

Danièle Marcovici Copyright MMH

L’Interview
«‘Faire corps’, j’ai choisi ce thème parce que le corps nous concerne tous, entame Danièle Marcovici, c’est aussi l’occasion de le montrer dans tous ses états. Le corps idéal, amoureux, en mouvements… Il s’agissait également de proposer à nos visiteurs autre chose que la représentation académique du corps via des statues et comment celui-ci s’incarne en de multiples formes, notamment dans l’art contemporain, selon le message que laissent poindre les artistes au travers de leurs émotions et sentiments. Chaque sculpture se reliant à un sens différent. En même temps, l’œuvre ‘se fait’ à la cohérence de notre regard.»

«Ces œuvres, je les ai choisies
en pensant à ce qu’elles expriment, à la démarche de l’artiste, à ma sensibilité. Faire corps c’est aussi rassembler, être ensemble, les uns avec les autres, c’est ce dont, actuellement, la société a besoin. C’est aussi un message politique.»

«Le corps est aussi morcelé,
comme lorsque l’on est à l’Ouest, comme fragmenté. Nos corps et nos pensées divergent ils quelque fois ?  Se disperse-t-on ? Il y a le corps après l’effort que je trouve très émouvant aussi, le corps alangui sur la plage et aussi beaucoup d’humour notamment avec une Niki de Saint-Phalle (1930-2002) amoureuse.»

«Le corps c’est la vie, l’amour et la mort.
C’est l’amour avec Laurent Perbos, avec des Vénus, avec Botero, un corps très rond, hors des canons de beauté, très beau, la maternité… Ce sont les différents états de nos corps. C’est la volonté d’être éclectiques, de façon à ce que le grand public fasse la découverte de l’expression artistique contemporaine. Un grand public qui connait sans doute la statuaire ou la Vénus de Milo mais qui sera, là, confronté à des artistes internationaux de l’art contemporain qui ont 100 façons d’exprimer les émotions, sensations, perceptions du corps. Une façon également pour le public d’exercer de multiples regards sur ces œuvres.»

Mukuru (Elder) de Terrence Musekiwa Copyright MMH

«Nous ?
Nous avons commencé par être surpris avant d’essayer de surprendre le public, en choisissant des œuvres qui n’étaient pas forcément évidentes, qui bousculent, aux multiples interprétations. Chacun réagit à sa manière à mille lieux des diktats. Nous avons eu notre regard, maintenant c’est à chaque visiteur d’exercer le sien. Je pense que nous recueillerons des réactions très différentes parce que le regard et la pensée ne sont pas dirigés dans une seule direction.»

«C’est une exposition très éclectique
sur le corps dans tous ses états. C’est sans doute l’une des meilleures manières, dans le cadre de notre approche pédagogique de montrer le corps et les corps, et de susciter la curiosité et de la découverte, tout comme l’an passé où 70 000 visiteurs sont venus découvrir l’exposition Mouvement et lumière #2

«En choisissant le corps,
exposition à laquelle j’avais pensé deux ans auparavant, nous proposons une exposition qui ne montre pas le corps comme on le voit habituellement, comme un reflet de l’esprit et de la pensée. Quand la pensée est trouble, fragile ou forte, le corps l’est aussi… C’est se dire, peut-être, que ce qui est à l’intérieur et aussi à l’extérieur. Mais ce que l’on voit n’est pas forcément ce que l’on ressent… Ce qui se passe ici, se passe aussi à l’intérieur du corps.»

«C’est une façon de montrer que le corps est vivant.
On est à la fois tous différents, c’est la raison pour laquelle nous avons montré toutes sortes de corps. Chacun peut s’identifier à son propre corps et pas forcément au corps de l’autre. C’est aussi garder, conserver sa propre identité, son corps intact par rapport au regard de l’autre. Je parlerai là de conserver l’intégrité de son corps, c’est tellement important pour les femmes.»

‘Hélène’ de Hans of Beeck Copyright MMH

Le mot de la fin ?
«Faire corps est un sujet d’actualité, intemporel et universel. Il est le symbole des états d’âme du monde et le reflet de nos sociétés. Faire corps, c’est évoquer les femmes et les hommes dans leur diversité. Mettre en avant des combats tels que le féminisme, promouvoir l’acceptation de la pluralité humaine ou militer pour l’écologie, notamment lorsque le corps fait symbiose avec la nature. Faire corps est une exposition pleine de sens, d’humour et d’émotions au gré d’une représentation humaine dans ce qu’elle a de plus actuel, divers et audacieux,» conclut Danièle Marcovici.

Les artistes exposés
Magdalena Abakanowicz, Julien Allegre, Ghada Amer, Elodie Antoine, Jean-Marie Appriou, Stephan Balkenhol, Alexandra Bircken, Fernando Botero, Louise Bourgeois, Nick Cave, César, Awena Cozannet, Elizabeth Creseveur, Johan Creten, Sepand Danesh, Chloé Delarue, Dewar & Gicquel, Richard di Rosa, Henri-François Dumont, Daniel Firman, Sylvie Fleury, Meschac Gaba, Corado Gardone, Antony Gormley, Thomas Houseago, Taro Izumi, Michael Johansson, Kun Kang, Abdul Rahman Katanani, Wang Keping, Zsofia Keresztes, Guillaume Leblon, Ana Mendieta, Annette Messager, Terrence Musekiwa, Prune Nourry, Marc Nucera, Hans Op de Beeck, Tony Oursler, Rallou Panagiotou, Štefan Papčo, Giuseppe Penone, Laurent Perbos, Javier Pérez, Michelangelo Pistoletto, Jaume Plensa, Marilou Poncin, Philippe Ramette, Recycle Group, Antoine Renard, Rotraut, Elsa Sahal, Niki de Saint Phalle, Marta Santos, George Segal, Joël Shapiro, Kiki Smith, Gabriel Sobin, Pascale Marthine Tayou, Gavin Turk, Xavier Veilhan, Jeanne Vicérial, Gabrielle Wambaugh, Anne Wenzel, Kehinde Wiley, Mâkhi Xenakis.

Le Baiser de Marc Nucera Copyright MMH

Les infos pratiques
Fondation Villa Datris. 7, avenue des 4 otages. 84 800 L’Isle-sur-la-Sorgue. Horaires d’ouverture : Juin, du mercredi au samedi : 11h-13h / 14h-18h. Dimanche ouvert en continu. Juillet – Août, tous les jours sauf le mardi : 10h-13h / 14h-19h.Dimanche ouvert en continu. Septembre-Octobre, du mercredi au samedi : 11h-13h / 14h-18h. Ouvert en continu Dimanche et jours fériés. Visites guidées, entrée libre, réservation conseillée. Mai, juin, septembre et octobre, samedis à 16h et dimanches à 11h. Juillet-Août vendredis, samedis à 16h et dimanches à 11h. 04 90 95 23 70. info@fondationVillaDatris.com Le lieu propose de nombreuses visites guidées, de groupes, nocturnes, scolaires, des événements jeune public et des ateliers créatifs ici.

La beauté et le geste de Laurent Perbos Copyright MMH

https://www.echodumardi.com/tag/stephane-baumet/   1/1