29 novembre 2025 |

Ecrit par le 29 novembre 2025

Julien Gélas, directeur du Théâtre du Chêne noir à Avignon : « Le théâtre populaire est là pour parler à tous les publics, ce qui n’empêche pas l’exigence »

Entretien avec Julien Gélas, directeur du Théâtre du Chêne noir à Avignon.

Théâtre du Chêne noir

«Cela fait plus de deux ans et demi que je co-dirige le Théâtre du Chêne noir et maintenant je suis aux manettes.   Evidemment, Gérard (Gélas) reste un artiste et est très présent dans la programmation, dans la création, dans l’écriture. Moi ? J’ai la charge de continuer cette belle histoire et de diffuser le plus d’œuvres possibles.»

Mon empreinte ?

«Mon empreinte ? Je vais surtout essayer d’apporter ce que je suis, c’est-à-dire, la vision d’un jeune-homme de mon époque –j’ai 30 ans- insuffler de la jeunesse, même si Gérard a toujours eu cet esprit de tisser des passerelles entre les différents domaines de l’art. Cela me comble puisque je suis musicien, auteur et metteur en scène. C’est en moi et c’est aussi au cœur du Chêne noir qui a été une troupe de musiciens et d’acteurs pendant plus de 20 ans, ainsi j’en perpétue l’esprit.»

La création en résidence

«Après, j’ai mes goûts. C’est presque indescriptible… Les textes contemporains prendront une place importante avec des artistes invités en création, en résidence au Chêne noir et qui seront produits, en cela c’est une première. Nous accueillons 4 spectacles en résidence ; Stéphane Caso pour ‘To be or not to be Avignon’ ; ‘Racin.e(s)’ sur justement Jean Racine, une création de jeunes créateurs issus du Conservatoire d’Avignon, la compagnie A Divinis qui travaille avec Olivier Py. ‘Les chaises’ de Ionesco avec Renaud Gillier, la compagnie Les passeurs qui sera une production Chêne noir prévue pour 2021 et ‘Maivieschool’ une école de hip hop qui va, avec les jeunes des quartiers, proposer des concours de hip hop en fin d’année et qui sera également en résidence de création ici. L’idée ? Créer des passerelles entre l’intra et l’extramuros.»

La nouveauté ?

«On accueille et on produit beaucoup de nouveaux spectacles. Notre volonté est d’accompagner de nouveaux créateurs, des talents en devenir et, en même temps, de présenter des artistes et des œuvres confirmés en théâtre, musique et conférences qui sont les trois axes du Chêne noir. Ce qui nous définit ? Le théâtre populaire, Gérard vient de là, Jean Vilar était son maître. Moi, je m’inscris dans cette tradition et je la revendique. C’est un théâtre qui parle à tout le monde mais avec une exigence de qualité de théâtre d’art. Ce qui est important ? C’est aussi programmer des auteurs. Je m’imprègne toujours du texte avant de penser aux acteurs. Il n’y a pas de théâtre sans auteurs ni sans textes. C’est la 1ère étincelle qui donne la magie au reste. Et il n’y a pas de textes sans acteurs. Cette année nous donnerons à voir et entendre des auteurs majeurs comme Jean Racine, Georges Feydeau, Eugène Ionesco… Cela fait partie de ce que je défends.» 

Une nouvelle vague ?

«La clientèle, les abonnés du Chêne noir ont peut-être l’âge de Gérard, avec votre arrivée celle d’une nouvelle vague, complémentaire à la 1ère ? Cela fait partie de mes paris : le renouvellement des publics avec celui qui nous est fidèle depuis plusieurs décennies, qui connaît ce que l’on fait et qui nous est précieux et continuer à aller chercher les scolaires, les jeunes. J’ai d’ailleurs été frappé en Chine par la moyenne d’âge des spectateurs qui est de 35 ans, dans les salles de théâtre. Il ne s’agit pas de faire de jeunisme, en revanche il faut mélanger tous les publics, c’est l’essence même du théâtre populaire : pas de limite d’âge, de classe sociale, toujours ouvrir son esprit…»

Le Horla

«Pour le Horla j’ai extrait l’œuvre de son époque et je suis parti sur la comparaison, le rapport de l’homme à la machine, de l’homme à l’invisible. Le théâtre est le lieu où l’on se pose des questions liées à des problèmes universels et actuels. Chaque époque met au jour de nouvelles problématiques dont les auteurs et les metteurs en scène s’emparent.»

L’œuvre qui m’a le plus marqué ?

«Quelle œuvre m’a le plus marqué ? Un roman d’Honoré de Balzac ‘La recherche de l’absolu’. (Ndlr : La Recherche de l’absolu est un des textes les plus attachants de Balzac. Il traite de la recherche de la perfection, thème que l’on retrouve dans ‘Illusions perdues’ (le papier parfait pour l’imprimerie Séchard) et ‘Le Chef-d’œuvre inconnu’ (une peinture plus forte que la réalité). C’est un roman fantastique, sans doute pas le plus connu. Cette œuvre intervient alors que les religions se meurent en Occident et fait émerger la question de l’absolu dans la science et l’art comme une recherche, même spirituelle. Je considère que l’art est aussi une quête d’absolu. Ce qui m’a bouleversé ? La quête de sens. L’art est une spiritualité, ce n’est pas juste un métier, une technique, une manière de faire carrière.»

Qu’est-ce que m’a appris la vie en Chine ?

«Ce sont les arts martiaux et leur pratique –champion de France de kungfu à 15 ans- lors de mon adolescence qui m’ont porté en Chine. J’ai obtenu un doctorat de chinois, l’ai enseigné durant plusieurs années, aux Langues orientales à Paris. J’ai toujours une passion pour cette culture qui, à beaucoup d’endroits, se conçoit comme aux antipodes de la nôtre et qui, de cette façon, m’a permis de questionner tant à travers la philosophie qu’à travers ma vie, tout un tas de partis pris, de préjugés que j’ai, que l’on a, sur notre propre culture, sur nous-mêmes et sur le monde. Le fait d’aller chercher des systèmes de pensée radicalement opposés aux nôtres nous permet de remettre en question ce que l’on est. C’est un mouvement artistique. L’art c’est explorer la diversité, la multiplicité. C’est la quête des possibles.»

La Chine

«La Chine c’est aussi ça, un endroit où, si l’on y est sensible, l’imaginaire est très fourni, où il se déploie. C’est Paul Claudel, Victor Segalen qui ont écrit des textes magnifiques sur ce pays. Ce sont aussi des philosophies que j’ai creusées, traduisant le Tao Te King de Lao Tseu car il y a beaucoup de sagesse derrière cette culture. En m’en imprégnant, j’y ai trouvé des méthodes, des outils et des techniques que j’utilise pour la mise en scène, pour diriger les acteurs, comme la culture du silence puisque ce sont eux qui ont pensé le ‘silence’ de la façon la plus profonde qui soit, le taoïsme, Confucius s’en faisant écho tout comme la notion de ‘vide’.  En musique c’est tout aussi fondamental et central.»

Comment j’appréhende l’œuvre ?

«J’ai eu cette chance de grandir dans un théâtre et d’y découvrir les œuvres tout d’abord en les regardant sur scène avant de les lire. Ce sont, tout d’abord, des impressions visuelles, sensitives qui m’interpellent et m’amènent à les lire lorsqu’elles m’ont séduit. Parfois je les redécouvre en les lisant. Je n’agis ni de manière calculée ni de manière rationnelle. Une œuvre me parle et me touche, je trouve que sa thématique résonne et me permet de poser des questions contemporaines. C’est là que tout commence. C’est là qu’elle m’intéresse. Je viens d’écrire une pièce historique sur Spinoza, commandée par Bruxelles. J’ai en tête une œuvre de Victor Hugo et voici qu’en la lisant germe un texte sur le président actuel de la République.»


Julien Gélas, directeur du Théâtre du Chêne noir à Avignon : « Le théâtre populaire est là pour parler à tous les publics, ce qui n’empêche pas l’exigence »

Prochainement, à l’affiche du Théâtre du Chêne noir, Julien Gélas, directeur du Théâtre du Chêne noir propose sa propre version du Horla, cet être invisible à la fois ‘hors et là’ qui étend son emprise sur le narrateur, d’après une nouvelle fantastique de Guy de Maupassant qu’il met en scène.  Et puis il y a ‘Asia’ la bouleversante histoire d’Asia Bibi, pakistanaise chrétienne, mère de trois enfants, accusée de blasphème et condamnée à mort pour avoir bu à l’eau d’une source à laquelle elle n’aurait pas dû boire… Une histoire racontée par Mouloud Bélaïdi et écrite et mise en scène par Gérard Gélas.

Le Horla
Apprêtez-vous à découvrir le fascinant récit d’un homme aux prises avec un être invisible, qui petit à petit, s’empare de ses pensées, de son âme, de sa vie entière. Folie ? Hallucinations ? Clairvoyance ? Réelle présence d’une créature surnaturelle ? Julien Gelas s’empare de ce chef-d’œuvre précurseur du réalisme fantastique. Glissant subrepticement sa plume et notre époque dans celles de Maupassant, il en révèle toute la dimension prophétique. Une pièce qui met la raison à l’épreuve, à une époque et dans un monde ultra rationalisés, où l’intelligence humaine -qui en crée de ‘l’artificielle’- ne semblent pourtant pas suffire à tout expliquer… «Cet être invisible affleure à la surface de notre réalité pour venir bousculer nos certitudes, observe Julien Gélas. Au milieu de cette lutte de haute voltige entre la raison et la déraison, Maupassant glisse de profondes réflexions sur l’intelligence, le peuple, le fait de croire à quelque chose. Cette œuvre contient de la philosophie, de la science, de la poésie et de la pure fiction.» Le Horla d’après Guy de Maupassant, adaptation et mise en scène de Julien Gélas avec Damien Rémy. Samedi 24 à 20h et dimanche 25 octobre à 16h. De 5 à 23€.

‘Asia’
«Dans un village du Pakistan, il y a quelques années, une jeune femme, Asia Bibi, travaille dans les champs sous un soleil de plomb, en compagnie d’autres femmes de son village, raconte Gérard Gélas. La chaleur est écrasante, la récolte éprouvante, alors elle se rend à une source proche, afin de boire un peu d’eau. Des hurlements, des cris, des insultes, sont immédiatement proférés par les autres femmes qui l’accusent d’avoir souillé la source. Asia Bibi est chrétienne et minoritaire en tant que telle au Pakistan. Les autres femmes qui se pensent musulmanes réclament immédiatement sa mise à mort pour blasphème. Asia Bibi est arrêtée et passera plus de huit ans dans les geôles pakistanaises. Dans sa petite cellule sans fenêtre, elle garde espoir en attendant son nouveau procès devant la Cour Suprême… En janvier 2019, elle est enfin acquittée et extradée quelques mois plus tard au Canada.» «Tout cela me fut raconté par Mouloud Belaïdi, témoigne Gérard Gélas, qui me proposa d’écrire un texte à partir de cette histoire. Un texte, non pas contre l’Islam ou toute autre religion, mais un texte sur l’intolérance, le fanatisme et, pour tout dire, la bêtise qui peut se faire meurtrière. Un texte aussi sur une femme d’exception car Asia Bibi, par son courage à affronter l’absurde, rejoint la longue liste de ces femmes qui, après avoir donné la vie, lui donnent un sens.» De Mouloud Belaïdi mise en scène de Gérard Gélas avec Pauline Dumas.  Mercredi 28 à 20h30 et jeudi 29 octobre à 19h. Réservation 04 90 86 47 87. De 5 à 25€.

Racin.e(s)
Pas de jardinage mais bien du théâtre vivant. Formidablement vivant. Un orateur entre en scène, bien décidé à enfourcher le monstre Jean Racine ! Dans une énergie débordante et contagieuse, une question lui brûle les lèvres : où dois-je me placer aujourd’hui face au monstre théâtral Racine ? Avec joie et enthousiasme, il dépeint un portrait unique de l’auteur : de sa langue “alexandrine” merveilleuse à sa querelle “cornélienne” la plus profonde. Sous le regard amusé des spectateurs, des comédiens tragiques et burlesques gravitent autour de l’orateur pour faire revivre, le temps d’une représentation, l’humanité et les passions des personnages raciniens. D’Aristote à Barthes en passant par Andromaque et Bérénice, tous sortiront des placards poussiéreux de nos bibliothèques pour prendre la parole et nous aider à choisir notre place, notre histoire face à l’Histoire racinienne. C’est un spectacle interactif où la pensée philosophique de l’orateur se fera avec le public pour arriver à une réflexion et une réponse commune sur le théâtre racinien aujourd’hui. Racin.e (s) de Hélène July et Enzo Verdet par la compagnie A Divinis. Samedi 7 et dimanche 8 novembre. De 5 à 19€.

Le Cycle d’expositions
La saison arts plastiques au théâtre du Chêne noir proposé par Salvatore Lombardo revient avec un focus sur quatre photographes : Claude Almodovar ou « Le Témoin de l’époque » en Octobre/Novembre. Depuis trois décennies ce photographe marseillais œuvre à proposer une chronique de l’époque qui est la nôtre.

Les formations du Théâtre du Chêne noir
Brûlez les planches du Chêne noir en participant aux ateliers de pratique théâtrale. Depuis 1982, le Chêne Noir œuvre pour une transmission de la pratique théâtrale ouverte à tous : enfants, adolescents et adultes, débutants ou confirmés. Depuis toutes ces années, une pépinière de talents issue des ateliers a ainsi éclos et intégré le milieu professionnel. Emboîtez leur le pas ou venez simplement assouvir votre envie de monter sur les planches en vous inscrivant à leurs ateliers. Ou, tout simplement développer sa présence, prendre la parole avec facilité, occuper l’espace, autant d’apprentissages maintes fois sollicités dans toutes les situations de la vie.

Atelier ‘Les Petits Chênes’ pour les enfants de 7 à 11 ans, menés par Lys-Aimée Cabagni, les mercredis de 13h45 à 15h30. Une découverte large, ludique et créative du monde du théâtre !
Un moment récréatif pour apprendre individuellement et collectivement à s’exprimer, parler de soi et de son vécu personnel au moyen de l’expression artistique. Les champs du corps et du corps dans l’espace, du calme, de la respiration, de l’imagination, de la fabrication d’objets, de la narration, de l’écriture, de l’espace, de la voix, de la lumière… seront travaillés non pas de façon sérieuse et technique bien qu’appliquée mais par le jeu et l’amusement. Contact Lys-Aimée Cabagni 06 73 86 51 41.
 
Atelier pour les adolescents de 12 à 17 ans, mené par Guillaume Lanson, Lys Aimée Cabagni et Liwen Liang, les mercredis de 17h à 19h30. Contact Guillaume Lanson 06 35 26 52 41.
 
Atelier pour les adultes pour les plus de 18 ans, mené par François Brett, les lundis de 19h à 22h. 477€. contact@chenenoir.fr

Les infos pratiques
Théâtre du Chêne noir. 8 bis, rue Sainte-Catherine à Avignon. Réservation 04 90 86 47 87 et www.chenenoir.fr

https://www.echodumardi.com/tag/theatre-du-chene-noir/page/5/   1/1