‘La tête loin des épaules’ dans les Jardins de l’Ancien Carmel
Kristina Chaumont adapte une autofiction sur la bipolarité de sa mère dans les jardins de l’Ancien Carmel à l’occasion du Festival d’Avignon dans la programmation du Train Bleu.
Belle idée de jouer ce spectacle en plein air dans le jardin de l’Ancien Carmel d’Avignon ; ce jardin plein de charme est cependant pour le moins en vrac, en harmas — une terre en friche en provençal — comme l’est peut-être Kristina Chaumont même si sa pensée est très structurée.
Elle raconte ici sa vie d’enfant avec une mère bipolaire. Ses anecdotes décousues, son émotivité laissent vite la place à une description très précise de la maladie, ses symptômes, ses causes, ses déclencheurs et ses remèdes.
Ce n’est pas un exposé, c’est un murmure d’amour pour sa mère qui se transforme petit à petit en colère contre l’institution psychiatrique. Une institution qui ne soigne pas, qui ne reconnaît pas cette maladie qui n’a pas hélas de marqueur biologique mais qui pourtant a des symptômes et des conséquences terribles pour le malade : c’est en quelque sorte une mort civile où on est privé de lien social avec des envies suicidaires et quand on est soigné c’est pour grossir et enrichir les laboratoires pharmaceutiques. Le soin consiste juste à minimiser les angoisses afin que la personne ne soit pas dangereuse pour elle-même.
Finalement, Kristina Chaumont nous livre ici en vrac et en rire, en générosité et en sourire un petit manuel de savoir vivre ensemble, « bien et mal portants » : petit café d’accueil, citronnade petit geste de « care », connaître les choses ou les gestes qui font du bien, accepter la différence, bienveillance à tout instant…Kristina Chaumont a su avec humour nous sensibiliser à un sujet mal compris mais surtout à nous insuffler par son énergie de la joie de vivre, de l’amour du prochain et tout cela dans la — relative — douceur d’un écrin de nature, lui aussi rescapé…dans la ville d’Avignon.
Jusqu’au 23 juillet. 10h15. 15 et 22€. Théâtre du Train Bleu (mais dans les jardins de l’Ancien Carmel. Rue de l’Observance). 40 Rue Paul Saïn.
‘La tête loin des épaules’ dans les Jardins de l’Ancien Carmel
Quinze ans après le succès de ‘Comment épouser un milliardaire’, Audrey Vernon retrouve son héroïne pour ‘Noces de cristal’, présenté au Théâtre du Train Bleu. Sous les atours d’une comédie caustique, l’humoriste et auteure livre une satire féroce des ultra-riches, du capitalisme contemporain et des dérèglements climatiques, mêlant enquête documentée, humour noir et théâtre politique. Le tout à partir de la composition d’un baril de pétrole.
À première vue, tout ressemble à une joyeuse célébration. Une robe de mariée scintillante, des ballons dorés, un karaoké avec le public, un anniversaire de mariage. Quinze ans de vie commune, ce sont les noces de cristal. Mais chez Audrey Vernon, la fête tourne rapidement au réquisitoire.
Une mariée forgée à l’humour noir… L’auteure reprend le personnage de la jeune femme prête à tout pour épouser un milliardaire, créé en 2009 dans ‘Comment épouser un milliardaire’, spectacle devenu culte avec plus de 500 représentations. Quinze ans plus tard, cette épouse imaginaire d’une des plus grandes fortunes mondiales revient raconter ce que signifie réellement vivre du côté des ultra-riches. Derrière le conte de fées se cache une mécanique implacable où l’accumulation des richesses s’accompagne de l’épuisement des ressources, de l’accroissement des inégalités et d’une influence toujours plus forte sur les décisions politiques et économiques.
Le milliardaire comme symptôme de son époque La force du spectacle réside dans sa documentation. Audrey Vernon ne se contente jamais de la caricature. Elle s’appuie sur des faits, des chiffres, des exemples précis et démonte les mécanismes qui permettent à quelques centaines d’individus de concentrer une part croissante des richesses mondiales.
Epouser un milliardaire pour sauver sa peau Sur scène, elle invite avec une ironie mordante le public à… épouser un milliardaire. Car, explique son personnage, dans un monde promis à une hausse de quatre degrés, seuls les très riches disposeront des moyens de survivre. Encore faut-il accepter le prix à payer : renoncer à son humanité et surtout, ne pas fréquenter les pauvres.
Quelles sont les dynasties de serial killer en France ? Au fil du récit défilent les grandes dynasties industrielles françaises. Famille du luxe, de l’agroalimentaire, de la pharmacie, de l’armement, des médias, de la logistique ou encore des biens de consommation : chacune incarne une manière différente d’exercer un pouvoir économique devenu un véritable pouvoir politique.
Copyright Mireille Hurlin
Et l’écologie bordel ? Chroniqueuse sur Radio Nova, engagée de longue date dans les questions écologiques et sociales, Audrey Vernon développe depuis plusieurs spectacles le théâtre documentaire. Dans ‘Noces de cristal’, elle ne concède rien et continue d’éclairer le grand public sur ce qui ne se dit pas, sur ce que la presse continue d’ignorer puisqu’elle est détenue par la famille facho-média.
Cette urgence à faire passer le message Son héroïne raconte avec un aplomb désarmant les pratiques des milliardaires sans les commenter. Cette distance crée un décalage permanent entre le rire et le vertige. Les situations paraissent absurdes, jusqu’au moment où le spectateur réalise qu’elles reposent sur des réalités parfaitement documentées.
Souffler le froid et le chaud La mise en scène de Marie Guibourt accentue cette contradiction permanente entre l’esthétique festive d’un anniversaire de mariage et la gravité des sujets abordés : crise climatique, concentration des richesses, industrie de guerre ou encore pouvoir des géants du numérique.
Copyright Mireille Hurlin
Une signature de l’humour politique Depuis plus de 15 ans, Audrey Vernon, l’ancienne speakerine de Canal+, auteure de spectacles comme ‘Marx et Jenny’, ‘Fukushima Work in Progress’, ‘Billion Dollar Baby’ ou encore ‘Comment traverser les sombres temps’, consacré à Hannah Arendt, construit une œuvre où l’humour devient un formidable outil de vulgarisation politique.
Un petit bijou d’informationsrares et sensibles Dans ‘Noces de cristal’, Audrey Vernon transforme l’économie, la géopolitique et l’écologie en matière théâtrale accessible sans jamais simplifier les enjeux. Le rire naît ici de l’apparente légèreté de la narration et de la violence des réalités qu’elle dévoile, rappelant que le théâtre est une école Montessori d’un divertissement empli d’esprit.
Les infos pratiques Noces de cristal d’Audrey Vernon, auteure et interprète. Festival Off Avignon. Théâtre du Train Bleu. 40, rue Paul-Saïn à Avignon. Jusqu’au 23 juillet à 20h30 (relâches les 10 et 17 juillet). Durée : 1h10. À partir de 14 ans. Texte : Audrey Vernon. Mise en scène Marie Guibourt. Production : Fourchette Suisse Productions. Réservations ici. Mireille Hurlin
‘La tête loin des épaules’ dans les Jardins de l’Ancien Carmel
Le Ministère de la Culture – DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur (Direction régionale des affaires culturelles) soutient les compagnies, notamment de la Région Sud-PACA, pour qu’elles puissent travailler sur le territoire régional tout au long de l’année.
La Factory a pris l’initiative, avec trois autres théâtres d’Avignon (Le Théâtre des Carmes, Le Théâtre du Train Bleu et le Théâtre Transversal), d’accueillir des compagnies en soutien à leur démarche de création. La DRAC et les théâtres co-financeront ainsi, en 2021, la présence de quatre troupes en résidence à Avignon. Pour l’heure, La Factory a choisi de soutenir une compagnie en début d’émergence qu’elle accompagnera jusqu’au Festival Off 2022. Ainsi, du 30 avril au 13 mai 2021, la compagnie Coliberté sera accueillie au Théâtre de l’Oulle (La Factory) en résidence de recherche pour un projet de spectacle visuel et sonore intitulé : ‘Bonheur’, écrit par le Collectif et mis en scène par Soufiane Guerraoui. Les théâtres réunis proposeront une présentation de fin de résidence commune, le 11 mai 2021, à destination des responsables de programmation de la Région.
En savoir plus sur ‘Bonheur’ «Les prétendus normaux ont mené le monde au bord de la catastrophe» fait dire Andrei Tarkovski au personnage principal soit disant fou de son film Nostalghia. Qu’est ce donc que la normalité ? La compagnie Coliberté s’interroge sur notre monde. Ce monde d’excès où le normal devient la norme. Et où la norme étouffe pour anéantir avec du papier de soie multicolore. Un monde où l’on consomme les choses, les moments, les rêves et les autres. Un monde où l’on consomme pour être et disparaître. Cette création, qui porte donc sur le consumérisme et la normalité, tente d’aller au cœur du conflit qui existe entre « bien-avoir » et « mal-être ». Dans un univers léger, drôle, poétique et tantôt dérangeant, le public se verra proposée une autre vision de notre vie. A travers des lunettes grossissantes visant à faire émerger le monde autrement, ce que nous sommes ou ce que nous pourrions être. Une pièce de théâtre visuel et sonore qui questionne le mythe d’une société consumériste créatrice de bonheur.