22 septembre 2026 |

Ecrit par le 22 septembre 2026

Sortie de résidence jeune public au Théâtre des Doms

La Compagnie Le Chien qui tousse présente ‘La vivante’ à l’issue de sa résidence au Théâtre des Doms.

Ce projet est né pendant le Labo Fusée 2024 aux Doms : ce Labo est un espace d’échanges et de rencontres francobelge où une douzaine d’artistes se sont réunis pour partager leurs pratiques, s’inspirer mutuellement et peut-être créer de nouvelles œuvres communes. 

À la rencontre d’une rivière

Dans un futur proche, des enfants observent une rivière enfermée dans des tuyaux, coupée de leur terre assoiffée. Les vies humaines passent, mais l’eau toujours coule… C’est la première fois que la compagnie fait un spectacle pour rencontrer une rivière. La rivière de leur histoire s’appelle la Bivrette. Pour la comprendre, ils traversent le temps : un ingénieur a pour mission d’emprisonner cette dernière rivière sauvage, tandis qu’une journaliste, touchée par sa disparition, y retrouve le souvenir de sa grand-mère. Une rencontre toute en musique et poésie.

Le festival Fusée aura lieu du 13 au 15 octobre et présentera 12 spectacles

À l’initiative du Théâtre des Doms, le Festival Fusée Francophone résulte de la coopération
entre des territoires francophones, avec pour objectif la promotion d’oeuvres internationales auprès du jeune public. Durant trois jours, à Avignon, le festival accueille ainsi les professionnels des arts de la scène jeune public internationale, mais également les écoles et les familles. Une parenthèse joyeuse, créative et inspirante qui met en lumière des artistes et des projets créatifs venus du monde entier (Québec, Suisse, Belgique, Luxembourg et France) autour du jeune public. 

Jeudi 17 septembre. 19h. Entrée libre mais il est prudent de réserver. Théâtre des Doms. 1 bis, Rue des Escaliers Saint-Anne. Avignon. 04 90 14 07 99.


Le Festival d’Avignon durera t-il encore 80 ans ?

Le festival d’Avignon durera t-il encore 80 ans ? Une certitude, son 81e anniversaire fêté en 2027 sera assurément grandiose !

Pourquoi avoir attendu près d’un mois avant de faire cet article ? Parce que clôturer ce festival inoubliable ne peut se contenter d’être formel et se résoudre à faire un quelconque bilan chiffré à la date du 25 juillet ou plutôt du 26 puisqu’il s’est terminé à « l’aube des questions. » 

Il fallait le savourer, le digérer, ressentir les manques à venir, les émotions oubliées, se remémorer les déceptions parfois, les moments de grâce qui persistent. Dans tous les cas pouvoir dire sereinement qu’on attend déjà la 81e édition qui aura bien lieu, comme l’a annoncée malicieusement son directeur Tiago Rodrigues…à Avignon et en juillet ! En effet, on a pu entendre ici et là beaucoup d’hypothèses farfelues suite aux problèmes liés à la canicule.

Un pré-bilan de cette édition

Un bilan ? On peut tout de même faire un pré-bilan en chiffres comme l’ont fait dès le 21 juillet dans la Cour du Cloître St-Louis Tiago Rodrigues assisté de Clémentine Aubry, directrice déléguée.

• 22 jours de Festival du 4 au 25 juillet 2026
• 47 spectacles et 2 expositions
• 1 spectacle gratuit en avant-première le 3 juillet pour les partenaires du territoire 
• Fréquentation : 119 000 billets au 21 juillet
• 273 représentations payantes et 15 en entrée libre
• Et 200 rendez-vous (lectures, projections et 60 débats et rencontres tout public au Café des idées) pour près de 20 000 spectatrices et spectateurs
• 40 lieux de spectacles dont 21 extramuros
• 10 000 Première fois (billets vendus) dont 32% bénéficiant aux groupes du champ éducatif et 24% pour le champ social. La moitié de la programmation est fléchée ‘Première fois’
• 54 jeunes artistes français et internationaux, en résidence in situ pendant 12 jours sous la direction artistique de Lia Rodrigues 

Le festival durera t-il encore 80 ans ?

On ne peut que reprendre la réponse de son directeur : « ça dépend de vous, de nous tous, de notre capacité à nous mobiliser pour défendre le spectacle vivant.Le Festival d’Avignon, membre du Syndeac ( syndicat des entreprises artistiques et culturelles), est pleinement mobilisé pour demander un moratoire sur les baisses annoncées pour l’année 2026, et défendre la place de la culture à hauteur de 1% du budget de l’état en 2027. Organiser un festival comme Avignon constitue un immense défi : les paramètres à prendre en compte sont si nombreux que perdre l’esprit d’aventure serait la dernière chose à faire. » Et de rajouter que l’enjeu n’est pas budgétaire mais politique et « de demander un pacte républicain qui mette la culture et la création au cœur de la démocratie, de la citoyenneté. Notre projet de l’exception culturelle est un phare, un modèle pour de nombreux pays, alors qu’il se doit d’évoluer, oui ! mais pas d’être remis en cause. »

Dès la première semaine, les lieux emblématiques  et incontournables du festival – Cour d’Honneur, Carrière de Boulbon,la FabricA et l’Autre Scène – nous ont déjà donné à voir la tonalité de ce festival que l’on ne demandera qu’à suivre jusqu’au bout

Avignon on ne dit même plus le Festival d’Avignon , c’est  comme aime à le répéter Tiago Rodrigues  débattre sans se battre. C’est sortir de cinq heures de Maldoror dans la Cour d’Honneur de Julien Gosselin déconcerté, voire dérangé par ce spectacle magistral et fascinant au point de regarder sa rediffusion quelques jours après sur Arte. C’est découvrir au hasard d’un Vive le sujet dans les Jardins de la Vierge, la poétesse et écrivaine catalane Laura Vasquez, envie là aussi d’aller plus loin en découvrant ses ouvrages, être encore séduite quand elle transforme l’essai de nouveau à « l’aube des questions. »

C’est se dire avec ‘L’Hors présence’ de Tiphaine Raffier, que le Festival peut finir là, dès la première semaine avec cette satisfaction d’avoir vu LE spectacle indispensable qui touche l’intime et l’actualité, qui fusionne la mort et la vie et nous bouleverse dans sa force et sa justesse… Mais s’enchaîne ‘Silence’ avec l’étonnante musicienne Lucie Antunes qui mène et malmène les sept danseurs et danseuses de la chorégraphe Mathilde Monnier dans un Boulbon électrisé. Avec ‘Salma mon amour’ d’Ahmed El Attar nous retrouvons les intérieurs d ‘un riche salon égyptien – sur le beau plateau de l’Autre scène de Vedène la décomposition d’une famille et surtout la prise de conscience courageuse de Salma suite à la déflagration du 7 octobre 2023. 

Vous avez dit consensus, dissensus ?

Valérie Dreville seule en scène dans ‘Thésée sa vie nouvelle’ de Guy Cassiers adapté du récit de Camille de Tolédo a été un grand moment de théâtre et de mise en scène. Du théâtre comme on l’aime, écologique, engagé, participatif, incarné par de formidables comédiens et comédiennes a suivi avec ‘Un Procès’ de Christiane Jatahy.

Langue invitée après l’arabe en 2025, le coréen a permis de cerner essentiellement un pays ,la Corée du Sud et ses traumatismes. La programmation variée, la présence des artistes coréens tout au long du festival, les films projetés au Cinéma Utopia nous ont mieux fait appréhender ce pays dont on connaît plutôt en France sa culture populaire à travers les K-pop ou K-dramas. Où ailleurs qu’au Festival d’Avignon aurions nous pu faire l’expérience du pansori et découvrir la prodigieuse Lee Jaram dans ‘Neige,neige, neige’ ?

L’expérience de rester 10h d’affilée avec la performeuse brésilienne Carolina Bianchi et son collectif Y Cara de Cavalo n’était pas gagnée et pourtant ce discours radical, sans concession nous suit encore et réussit même à nous faire sourire – ah l’interview de la seconde partie ! – malgré des scènes insoutenables. Ce choix de spectacle illustre complètement « la liberté de création à grande échelle qui est donnée à certains  artistes pour élargir le champ des possibles pour tous » comme aime à le rappeler le directeur du festival. Il y a eu aussi des respirations circassiennes bienvenues avec le retour de l’inquiétant Johann Le Guilherm et le ‘Pas du monde’ mémorable du Collectif XY, des moments de profonde humanité avec les frères Gremaud, du Molière déjanté avec le collectif flamand tgStan, une belle leçon de géo-politique, enquête méticuleuse et efficace menée nonchalamment par Salim Djaferi dans ‘Bâtir’.

Il y aura eu aussi des doutes et des déconvenues

« Faire le festival » c’est aussi accepter non sans douleur de ne pas vibrer à la lecture d’Oiseau (sur 2 soirées, la deuxième était apparemment plus réussie), d’être un brin colère face à une lecture désincarnée d’Isabelle Huppert malgré la force évocatrice du texte ‘Impossibles adieux’ de Han Kang et de son apparition solaire.

C’est être très dérangé, étouffé par ‘Bunker’ de Marion Siéfert et Matthieu Bareyre, trop long, non distancié. Alors que Benjamin Clementine nous fascinait par ses mélodies tristes et mélancoliques, nous charmait par sa voix singulière , un malaise cependant à l’arrivée sur la scène de la Cour d’Honneur de 8 musiciennes de l’ONAP (Orchestre National Avignon-Provence) toutes de blanc vêtues, qui se sont agenouillées à ses pieds en cercle, telles des nymphettes. Pourquoi ce renfort ? A lui seul il avait  pourtant réussi à imposer un silence et une écoute rarement atteinte dans la Cour et à nous faire fredonner à l’unisson que tout irait mieux.

Un scoop sous les platanes de Noël

Pour conclure, Tiago Rodrigues a donc annoncé qu’il y aura bien un festival en juillet 2027 et que la programmation sera dévoilée en avril… comme d’habitude. Une manière de montrer qu’il ne laisse pas dicter le calendrier par des échéances politiques ou budgétaires. La promesse a été faite solennellement, avec humour, qu’il y aurait des cadeaux comme à la Noël, sous les platanes du Cloître St Louis. « Le festival sera énorme, ce sera une grande fête démocratique, preuve de vie du service public de la culture et du spectacle vivant public. » Il veut croire à la beauté du doute, de l’incertitude et c’est bien face à l’incertitude qu’il croit à la nécessité – et il en a la conviction – de se retrouver en juillet 2027.


‘Et vivre était sublime’, la belle échappée de Belle du Seigneur d’Albert Cohen

On attendait impatiemment la dernière création du metteur en scène Sébastien Lanz, ‘Et vivre était sublime’ découverte en 2024 au Théâtre des Halles d’Avignon. La voici enfin au Festival Off 2026.

Vouloir adapter ce monument qu’est Belle du Seigneur d’Albert Cohen est une gageure à laquelle personne ne se confronterait. Et ce n’était d’ailleurs pas l’intention de Sebastien Lanz quand il y a 7 ans, il a commencé à imaginer un spectacle autour de ce roman. Non pas une adaptation mais plutôt une mise en abyme de sa propre fascination pour ce livre mythique.

Qui ne s’est pas perdu dans ces circonvolutions romanesques de ce livre de près de 1000 pages sans parler de ceux qui n’en sont pas venus à bout… tout en le regrettant ?

C’est peut être d’ailleurs la difficulté  de ce spectacle : comment digérer ces 106 chapitres en 7 parties en moins de 2h et surtout comment finir ? Mais chut !

De nos jours, la puissance de la littérature

 La mise en scène ingénieuse nous plonge directement dans le sujet. Les cartons ou intertitres projetés à la manière des films muets nous situent et le livre et l’action : le livre d’ Albert  Cohen paru en 1968 mais commencé dès 1930 qui relate la passion drôle, cynique et destructrice entre Solal et Arianne mariée au diplomate Adrien. C’est simple, direct, efficace.

Sur le plateau, ils seront également 3 mais transposés — dans un premier temps — à notre époque : Gentiane, l’éco-activiste incarcérée dans la même cellule que Nono le tout sous la tutelle de la gardienne Laura.

Le début du spectacle est passionnant : comment dans ce milieu de violence et de négation du Verbe et de la poésie, un livre peut  changer les rapports entre humains et les rendre humains. 

Comment un livre peut renvoyer à sa propre existence, comment être captivé alors qu’on est déjà captif ? Comment cette capture est libératrice ? Ah l’évasion par la lecture tant galvaudée trouve ici tout son sens !

La belle énergie des 3 actrices donne un rythme moderne et soutenu. Le décor de voile occultant et  les jeux de lumières participent pleinement au plaisir d’entendre le texte originel lu par les protagonistes. Le livre, objet de tentation et d’interdiction devient  peu à peu un personnage à part entière et la fascination opère. 

Le voile se lève, l’intrigue s’accélère

Par la levée de ce voile , le plateau alors se transforme, nous ne sommes plus dans la cellule de Nono mais dans les appartements d’Ariane. Rien n’a vraiment changé si ce ne sont les protagonistes qui glissent peu à peu dans les personnages du livre, se l’accaparant au delà de la performance d’apprendre par cœur ce flot de poésie. Le metteur en scène commence à nous perdre un peu, peut-être est ce voulu ? Il pouvait choisir de rester dans l’univers carcéral qui est paradoxalement poétique ou entrer dans l’histoire du roman qui devient violente.Il choisit la deuxième option. 

On s’était attaché à ces 3 femmes en prison, on rentre peu à peu dans le roman qui est joué et interprété — avec brio certes — mais qui nous surprend par sa violence, par une mise en scène démonstrative.

Il en reste cependant de beaux portraits de femmes sublimes… forcément sublimes et un bel hommage à la puissance des mots sur les actes.


‘Neige, neige, neige’ de Lee Jaram, révélation rafraîchissante du Festival d’Avignon

La star du pansori Lee Jaram sur la scène de l’Opéra Grand Avignon

Elle entre sur scène et s’adresse à nous directement, simplement pour se présenter, heureuse d’être pour la septième fois en France, connaissant déjà le Festival d’Avignon pour y avoir déjà joué dans le Off mais présentant sa création ‘Neige, Neige, Neige’ pour la première fois ici en France.

Petit moment de pédagogie quand elle nous présente le pansori, cet art vivant né au XVIIIie siècle en Corée  et nous prévient que ce spectacle comprend trois personnages : la narratrice, le percussionniste et le public. On apprend ensuite qu’elle a choisi de nous raconter une nouvelle écrite en 1895 par Léon Tolstoï : Maître et serviteur et que toutes réactions du public seront les bienvenues. La curiosité déjà largement aiguisée s’accroît. On se demande bien comment on va pouvoir intervenir ou interférer entre le coréen et la langue russe ! On peut même oser une crainte quant à l’intérêt du spectacle.. 

Un coup d’éventail, un sourire, un haussement d’épaule de Lee Jaram et le doute est dissipé : nous ne pourrons que nous plier aux rebondissement de cette nouvelle pourtant toute simple de Tolstoï : l’histoire d’un marchand cupide et de son serviteur pris dans une tempête de neige. Lee Jaram va nous tenir en haleine pendant plus de deux heures et sa performance physique et vocale est époustouflante.

Une belle découverte que le Pansori

Le pansori, art du récit ou du conte, est une manière de raconter une histoire. Celle-ci va être modulée, chantée, parlée, mimée, jouée,scandée, bruitée. Sur la scène dénudée, la récitante Lee Jaram  accompagnée de son « unique et indispensable partenaire » Lee Jun-hyoung  percussionniste discret mais néanmoins inspiré vont affronter les steppes russes. Les images se forment, disparaissent ou flottent dans un entre deux poétique ou quelquefois violent. Le froid commence à nous pénétrer malgré la canicule extérieure de juillet. Vassili, Nikita, le cheval, la tasse de thé nous conduisent peu à peu dans les tourments de l’humanité, les questions de vie ou de mort, de sagesse ou de cupidité. Pour rien au monde on ne quitterait cette histoire pourtant simple avec un rebondissement étonnant, gagné par l’humour de LeeJaram qui n’hésite pas à rajouter son point de vue malicieusement, à nous interpeller ou même à nous faire chanter avec elle. Elle le répète, elle a besoin du public, elle a besoin du soutien du tambour du percussionniste car la performance est physique. On sent que le spectacle pourrait s’arrêter là ou au contraire durer des heures mais Lee Jaram est une magicienne et renaît à chaque péripétie. 

Avec une humilité déconcertante elle nous a envoûtés, enchantés et l’Opéra d’Avignon a vibré à tous les balcons.


Le Festival d’Avignon n’est pas neutre ? La question ne s’est même pas posée à ‘L’aube des questions’

La 80e édition du Festival d’Avignon s’est achevée ce samedi 25 juillet. Fin de l’édition ? Non ! Car un dernier spectacle commençait à 5h du matin dans la Cour d’Honneur ce dimanche 26 juillet : ‘L’Aube des questions’, une fête plus qu’un spectacle, coordonnée par le directeur du festival Tiago Rodrigues, l’historien Patrick Boucheron et la journaliste Aurélie Charon.

Comment rendre une fin de Festival joyeuse et prometteuse, qui soit une ouverture et non pas une fin, un début de combats, un début de réponses ? Le Festival d’Avignon réaffirme par cette rencontre matinale l’importance de l’Art et le refus de se taire face aux coupes budgétaires, à la montée des fascismes, au déni de démocratie. Que va-t-on devenir ? L’avenir nous le dira, mais nous qu’avons nous à lui dire ?

Au petit matin toutes sortes de noctambules se sont croisés pour tenter une réponse. Ceux qui ont fêté comme il se doit la dernière représentation d’un des 1700 spectacles du Off, ceux qui ne se sont pas couchés et qui rejoignent la Cour d’Honneur, dès la sortie du Mahabharata, bar du Festival ouvert toute la nuit pour l’occasion, ceux qui se lèvent après s’être couchés malheureusement un peu plus tôt que d’habitude pour cause d’annulation due à la pluie du merveilleux spectacle ‘Le Pas du monde’. 

Il fait encore nuit, il fait chaud, il ne pleut plus si ce n’est une pluie de questions

Sur scène les pupitres installés attendent les musiciens de l’Orchestre National Avignon-Provence conduit par la cheffe Debora Waldman, les chaises vides laissent présager beaucoup d’invités, d’interventions d’artistes ou de personnalités de la société civile qui sont annoncés autour du théâtre, de la vidéo, de la musique, de la danse. Edgar Morin est parmi nous grâce à un extrait de son documentaire projeté en ouverture « chroniques d’un été » qui pose la question essentielle « comment vis-tu ? », la voix de Marguerite Duras nous interpelle  sur l’enfance, Florence Aubenas sur l’Ukraine.

Le Soleil se lève à Kiev, à Beyrouth, à Gaza

« Chaque matin, le soleil réveille le monde. Mais qu’est-ce qui réveillera ceux qui dorment encore devant l’injustice ? »

Il sera beaucoup question de soleil qui se lève en France et dans le monde. Pourtant il n’est pas le même pour tout le monde. Philippe Martinez ( secrétaire général de la CGT 2015-2023) portera la voix de Jacques Prévert « Dis donc camarade Soleil, tu ne trouves pas que c’est plutôt con de donner une journée pareille à un patron ? », la comédienne Oksana Leuta nous parle en direct de Kiev au petit matin et se demande qu’est ce qu’il restera d’elle après plusieurs années de guerre, de même le journaliste Rami Abou Jamous en direct de Gaza décrit son lever de soleil « gazastrophique » et se demande comment parler de fraternité aux enfants de Gaza. Le pendant du Soleil, notre ombre, sera également interrogée par la romancière Blandine Rinkel, qui par le biais du conte de Pierre Schlemihl, l’homme qui a vendu son ombre, met en avant le Peuple des ombres. En direct de Beyrouth, le journaliste Anthony Samrani propose de résister en plantant des tomates, pour défier le chaos du monde.

Une pensée en marche

Les chorégraphes Régine Chopinot et Boris Charmaz ont posé des questions en dansant, Camille de Toledo a alimenté le débat sur l’Europe, ça performe avec les écrits de Rébecca Chaillon, la poésie de Laura Vasquez, un texte de Carolina Bianchi. La jeunesse n’est pas en reste avec le savoureux débat filmé des élèves du lycée Philippe de Girard d’Avignon qui cherchent et trouvent leurs mots pour dénoncer « l’exploitation des systèmes. » Il a été question de servitude volontaire avec le philosophe Marc Crepon, de résilience avec Maria Melchior.  Tant de mots et d’idées qui se bousculent pour nous ouvrir le plus de réponses diverses possibles. Impossible de citer tous les intervenants. Bien sûr le fil conducteur était quelquefois tenu mais la prestation finale de Christiane Taubira, digne et juste, a replacé le combat à mener : « qu’en sera-t-il de la joie quand l’Internationale autoritaire persistera à se répandre ? Où va tomber la terre ? Il faut protester ? Alerter ? Désobéir ? »

Pourquoi l’être humain ne peut-il pas vivre sans musique ? 

Fabien Cali, artiste en résidence à l’Orchestre national Avignon-Provence (ONAP) a composé le livret de cette rencontre. Sa musique, délicatement mise en œuvre par la cheffe Debora Waldman, a suivi l’enrichissement du débat, additionnant les instruments, superposant les points de vues, déroulant un récit, provoquant le silence. 

Un programme pas comme les autres

À la sortie, 3 heures après, sourire aux lèvres et traits tirés, une bonne surprise — avant un café salutaire — nous attendait : la distribution d’un livret blanc de 84 pages. Au recto, l’affiche du festival, en quatrième de couverture un extrait de Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke qui nous encourage, en 1903,  à aimer et à vivre pleinement nos questions. Chaque page porte une question, entendue dans la Cour d’Honneur, à charge d’y répondre et de ramener ce carnet au Festival d’Avignon. Les absents pourront se le procurer tout au long de l’année. Une première action concrète et réponse à la dernière question posée : Et que ferons-nous quand nous nous disperserons ?


‘Sur les ailes de Darwin’ au Théâtre Présence Pasteur

C’est l’histoire d’une rencontre entre Darwin et les « Chanteurs d’oiseaux. »

Darwin (1809-1882) naturologue et paléontologue britannique bien connu pour ses études sur l’évolution des espèces vivantes — mais dont la théorie sur la sélection naturelle ne sera reconnu et acceptée qu’en 1930 — n’a eu de cesse de voyager et d’observer la nature. Les « chanteurs d’oiseaux » c’est-à-dire Johnny Rasse et Jean Boucault ont passé leur enfance Picarde à rêver de voyages, bercés par le chant des oiseaux de la Baie de Somme. Ils ne se sont pas contentés de rêver. Ils ont appris à imiter les oiseaux, leurs chants, leurs sifflements. Ils ont participé et même été concurrents dans les plus hautes compétitions nationales. Ce spectacle, inspiré des « Carnets de voyage de Charles Darwin » ils l’ont conçu pour transmettre leur amour de la nature en général, leur fascination pour les oiseaux en particulier et leur grande admiration pour Charles Darwin lors de son voyage à bord du Beagle, du Cap Vert au Chili en passant par les îles Galapagos. le détroit de Magellan, l’Australie. 

Ce spectacle est un véritable voyage sensoriel, un embarquement immédiat sur les ailes des grands rapaces ou dans l’intimité d’un gazouillis. Ça chante, ça crie,  ça vocalise, ça babille, ça siffle, ça piaille. Entre poésie et pause pédagogique et scientifique, nous sommes tour à tour effrayés, curieux ou émerveillés. La scène devient un espace onirique, habité par le piano de Lidija Bizjak et les flûtes ethniques de Pierre Hamon. Nos deux maîtres chanteurs quant à eux rivalisent de complicité pour à la fois incarner un Charles Darwin à différentes époque de son épopée et nous offrir tout simplement un concert de sons extraordinaires qui brouille nos repères sensoriels.

Du 4 au 25 juillet. Relâche les 16 et 23. 20h15. 12 à 23€. Présence Pasteur. 13 Rue du Pont Trouca. Avignon.


‘Island Story’, une histoire méconnue de la Corée en ouverture du Festival d’Avignon

Programmé (trop peu) en début de festival, Island Story permet d’asseoir des repères historiques avant de nous entraîner dans une Corée plus moderne mais où les divisions et les blessures de l’histoire transpirent.

Langue invitée du 80e festival d’Avignon, le coréen se découvre par ce premier spectacle de Kyung-Sung qui dévoile un épisode sanglant de l’histoire coréenne : le massacre en 1948 sur l’Ile de Jeju de dizaines de milliers de manifestants commémorant la fin de l’occupation japonaise. Pendant des  années, cet épisode a été oublié, étouffé jusqu’à la découverte près de l’aéroport de restes humains.

Sur le plateau, cinq personnages (dont un habitant de cette île) pour porter la voix et le témoignage des descendants de ces disparus qui ont été jetés dans les fosses communes, mains liées. La mise en scène joue sur une évocation pudique mais réaliste du massacre : monticule de sable,  douilles,  ossements en bois, vidéos de paysages de toute beauté. Les acteurs se présentent d’une manière légère et inutile (leur taille, longueur des mains) manière de s’effacer devant l’inutile et de marquer la distance avec les faits : ils ne jouent pas un rôle si ce n’est celui de transmettre afin que rien ne tombe dans l’oubli. Deux acteurs pédalent inlassablement, sans émotion, sur leur bicyclette, ils éclairent réellement avec leur dynamo le plateau dé- roulant ainsi le récit qui devient une véritable enquête.

Ce théâtre documentaire de par sa construction rigoureuse et archéologique a la froideur des faits. On s’émeut peu : tant de charniers, tant de guerre dans le monde depuis… L’histoire est terrible et se répète. Mais par ce témoignage, ce spectacle est nécessaire puisqu’il contribue à la mémoire collective de l’humanité.


‘Ceux qui restent’ ou la possibilité de choisir à la Scala Provence

On le sait, en France, malgré les votes récents, la décision d’une fin de vie est très encadrée et réglementée mais ne répond toujours pas à la demande des concernés alors qu’en Suisse le suicide assisté est permis. Dès lors, la personne en plein discernement peut préparer ses proches et son voyage à Zurich pour aller se « suicider » en pleine conscience.

Ceux qui restent, ce sont ceux qui doivent accepter, respecter et mieux, accompagner la personne qui a pris la décision.

Etienne, cadet de la fratrie est dans ce cas : à la demande de sa mère — merveilleuse de justesse Anne de Peufeilhoux — il va l’accompagner à Zurich.. 

La pièce est certes juste et émouvante mais très classique dans sa mise en scène quelquefois laborieuse — déplacement incessant de chaises et tables. Le propos est effectivement de jouer sur la vie qui continue pour Etienne qui tombe amoureux et celle qui va s’arrêter pour Annie. 

Ce chassé croisé amoureux pour deux couples occupent peut-être un peu trop de place car l’issue est prévisible comme l’est le décès d’Annie. La pièce aurait gagné à creuser les liens de la fratrie face à la demande maternelle.

Qu’importe cependant, c’est vivant, tonique et évite le pathos avec une ode à la vie et à l’amour. Et surtout, ce n’est pas triste !

Jusqu’au 25 juillet. Relâche les 13 et 20 juillet. 10h10. 12 à 24€. La Scala. 3 rue Pourquery de Boisserin. Avignon. 04 90 65 00 90.


‘Rumba’ brillant et nécessaire au Théâtre des Doms

Dans ‘Laïka’ (2017), David Murgia et Philippe Orivel à l’accordéon ont observé de loin les déshérités sur un parking de supermarché, dans ‘Pueblo’ (2020), ils ont imaginé leur vie. Pour clore cette trilogie, avec ‘Rumba’, ils descendent sur ce même parking pour les rencontrer et nous les présenter. Alors comme nous sommes au théâtre, le plateau bien que minimaliste devient par la force de notre imagination et la verve de David Murgia un parking de supermarché qui attend des pèlerins. Qui dit pèlerins dit chrétienté et c’est ainsi que le récit commence….

Difficile de résumer ‘Rumba’ de David Murgia et Ascanio Celestini. Il y a bien une histoire, un fil rouge mais il serait réducteur. La performance d’acteur de David Murgia éclipse dans un premier temps le propos puis après apprivoisement il nous entraîne là où il veut c’est-à-dire vite et partout. Vite car il y a urgence à découvrir les « laisser pour compte », dénoncer la précarité sociale.  

Partout car la misère se trouve dans tous les pays du monde et même au-delà : « Combien d’étoiles il  y a dans le ciel ? Il y en a tellement qu’on ne peut pas les compter », scande régulièrement le narrateur.

Nos deux compères revisitent l’histoire de Saint François d’Assise, sa vie, son parcours atypique mais pour très vite se demander : Où serait il aujourd’hui ? Avec quels déshérités ? Cette question permet de convoquer sur scène une flopée de personnages haut en couleurs de Job le manutentionnaire à Joseph l’africain, en passant par Giovanni….étonnamment peu de femmes !

C’est une logorrhée qui donne le tournis à l’image de la misère autour de nous, c’est aussi le souffle nécessaire pour insuffler la vie à ces êtres oubliés. Puissant et précis, le Verbe de David Murgia nous enrobe et même s’il nous perd quelquefois il sait nous rattraper par des provocations ou au contraire des envolées dans l’espace. « Combien d’étoiles il y a dans le ciel ? Il y en a tellement qu’on ne peut pas les compter », vous dis-je.

Jusqu’au 25 juillet. Relâche les 8, 15 et 22 juillet. 19h45. 10 à 21€. Théâtre des Doms. 1 bis, Rue des Escaliers Saint-Anne. 04 90 14 07 99. 

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