2 novembre 2026 |

Ecrit par le 2 novembre 2026

José de Carvalho est le nouveau directeur de la centrale nucléaire EDF de Tricastin

José de Carvalho vient de prendre la direction de la centrale nucléaire EDF du Tricastin. En poste depuis le 1er septembre dernier, il succède à Cédrick Hausseguy qui dirigeait le site depuis 10 ans. Ce dernier rejoint la direction nationale de la production nucléaire et thermique d’EDF à Paris, où il participera aux réflexions sur la poursuite de l’exploitation des réacteurs à long terme.

Un retour au source
Âgé de 55 ans, José de Carvalho a débuté sa carrière au CEA de Marcoule, dans le Gard, avant d’effectuer un premier passage de plusieurs mois à la centrale du Tricastin en 2009. Il a ensuite exercé des fonctions de direction sur plusieurs centrales nucléaires du parc EDF, notamment à Saint-Laurent-des-Eaux, à Paluel, puis à Belleville-sur-Loire comme directeur, ainsi qu’au sein de Framatome. « Une centrale nucléaire, je trouve que c’est une installation qui a une âme, ça vit, ça bouge. Diriger une centrale, c’est ce qui m’anime. 

40% des besoins régionaux
La centrale du Tricastin emploie 1500 salariés du groupe EDF et fait travailler 600 personnes en sous-traitance de manière permanente.
« La première de nos priorités, c’est de continuer à exploiter nos quatre réacteurs en toute sûreté, précise le nouveau directeur. On produit 40% à peu près des besoins en énergie de notre région. La deuxième priorité va être de préparer et de réaliser les visites décennales pour poursuivre l’exploitation de nos réacteurs jusqu’à 60 ans. »
Ces contrôles approfondis, réalisés tous les 10 ans pour chaque réacteur, ont pour but d’examiner en profondeur l’état de l’installation pour vérifier qu’il est conforme au référentiel de sûreté applicable, mais aussi améliorer son niveau de sûreté pour intégrer le retour d’expérience d’exploitation et les progrès techniques et scientifiques.
Le site se prépare ainsi à sa cinquième visite décennale, prévue à partir de janvier 2029.


Merio : La pépite de la défense drômoise entre dans le giron chypriote

L’entreprise Merio basée à Saint-Paul-Trois-Châteaux tombe dans l’escarcelle de Theon International. Le groupe chypriote s’est en effet porté acquéreur de 80% du capital de la société provençale spécialisée dans l’optronique de défense dont l’actionnaire unique était jusqu’alors RPL Développement.

Fondée en 2014 par Rémi Plenet, Merio propose notamment des tourelles gyrostabilisées légères adaptées aux vecteurs aériens, terrestres et maritimes dans le cadre d’une chaîne d’approvisionnement quasi européenne et Itar free (c’est-à-dire affranchie des contraintes d’autorisation d’exportation lié à la réglementation américaine Itar). A ce titre, elle est pleinement partie prenante dans de nombreux programme de l’armée française.



Avec son cardans gyrostabilisés compacts Milvus 16, Merio offre des images stables et de haute précision avec un zoom optique allant jusqu’à 41 kilomètres. Crédit : Linkedin Merio/DR

Avec sa quarantaine d’ingénieurs hautement qualifiés elle est aussi en pointe des technologies désormais nécessaire pour équiper les munitions rôdeuses, les drones, les systèmes de lutte anti-drones ou bien encore les véhicules terrestres ou navals sans pilote intégrant des capacités de traitement vidéo pilotées par l’IA.

Fondée en 2014, l’entreprise Merio propose notamment des solutions techniques afin d’équiper les drones militaires aériens, navals ou terrestres. Crédit : Merio/DR

« Nous sommes ravis de rejoindre Theon et de contribuer à sa croissance, explique Rémi Plenet qui conserve la direction de l’entreprise et dont les principaux collaborateurs resteront en place. Nous anticipons une forte expansion de nos exportations, soutenue par leurs excellentes capacités de développement commercial et leur présence industrielle mondiale. En rapprochant nos deux départements de R&D, nous prévoyons d’accélérer le développement de nouveaux produits. Nous nous réjouissons également d’internaliser l’approvisionnement en composants critiques, renforçant ainsi notre chaîne d’approvisionnement et notre avance technologique. »
Pour l’exercice 2026, Merio devrait générer un chiffre d’affaires supérieur à 15M€ et un EBIT (Earnings before interest and taxes soit le bénéfice avant intérêts et impôts) prévisionnel supérieur à 3,5M€. Une dynamique qui permet à l’entreprise de recruter pour poursuivre sa croissance (voir encadré en fin d’article).

Actuellement, Merio emploie une quarantaine d’ingénieurs. Crédit : Merio/DR

« En rapprochant nos deux départements de R&D, nous prévoyons d’accélérer le développement de nouveaux produits. »

Rémi Plenet, directeur et fondateur de Merio

Objectif pour Theon : i milliard d’euros de CA d’ici 2029
« L’intégration de Merio renforcera considérablement notre capacité à répondre aux besoins en électro-optique des plateformes aériennes légères, complète Dimitrios Mandridis, directeur technique de Theon. Les cardans stabilisés de Merio élargissent efficacement notre gamme de produits, traditionnellement axée sur les systèmes électro-optiques de grande taille ou terrestres. De plus, le groupe peut fournir à Merio des composants permettant de réaliser des économies et de sécuriser les chaînes d’approvisionnement. »

Christian Hadjiminas est fondateur et PDG de Theon. Il a aussi obtenu le prix d’entrepreneur international à forte croissance de l’année 2023 EY (Ernst & Young et associés) Grèce. Crédit : Theon/DR

« Cette transaction accélérera la diversification de nos revenus et nous permettra d’atteindre notre objectif d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2029. »

Christian Hadjiminas, fondateur et PDG de Theon

« Nous sommes heureux d’annoncer la prochaine étape de l’expansion de Theon sur le segment des plateformes, avec l’acquisition d’une entreprise qui partage notre ADN : un modèle économique allégé en actifs, des capacités de personnalisation complètes, des marges de rentabilité élevées et un fort esprit d’entreprise, déclare pour sa part Christian Hadjiminas, fondateur et PDG de Theon. Cette transaction accélérera la diversification de nos revenus et nous permettra d’atteindre notre objectif d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2029. Elle témoigne également de notre intérêt et de notre engagement envers la France, l’un des plus importants marchés de la défense en Europe, avec pour ambition de faire de Theon un acteur majeur de l’exportation française. »

Laurent Garcia

Les profils recherchés :
– Responsable offres et projets
– Technicien support vente/après-vente
– Comptable
– Commercial export
– Ingénieurs développement logiciel

Renseignements : contact@merio.fr


Orano mise sur l’ingénierie pour accompagner la relance de la filière nucléaire

Orano Projets, filiale du groupe Orano, vient d’inaugurer à Pierrelatte son nouveau bâtiment dédié à ses équipes d’ingénierie Cet événement marque une étape clé d’un vaste programme de modernisation du site drômois engagé depuis son lancement en septembre 2024.

Implantée à Pierrelatte depuis 1986, l’ingénierie du groupe bénéficie désormais d’un nouveau site modernisé. D’une superficie de 5 631m2, il offre un environnement de travail fonctionnel, organisé en plateaux favorisant la collaboration entre les équipes, la qualité de vie au travail et répondant pleinement aux exigences d’accessibilité.

« Je suis fier d’inaugurer aujourd’hui ce nouveau bâtiment à Pierrelatte, se félicite Guillaume Dureau, directeur de l’ingénierie, de l’innovation, de la R&D et des nouvelles activités du groupe Orano. Il rassemble des équipes qui travaillent aujourd’hui au cœur des grands projets du groupe. Pour répondre à nos enjeux et accompagner la croissance de nos activités, nous visons 600 recrutements dans l’ingénierie en France en 2026. »

 
Guillaume Dureau, directeur de l’ingénierie, de l’innovation, de la R&D et des nouvelles activités du groupe Orano, lors de l’inauguration du nouveau bâtiment du centre d’ingénierie du groupe à Pierrelatte. Crédit Orano/Crespeau

« Nous visons 600 recrutements dans l’ingénierie en France en 2026. »

Guillaume Dureau, directeur de l’ingénierie, de l’innovation, de la R&D et des nouvelles activités du groupe Orano.

7M€ d’investissements pour une étape clef
L’inauguration de ce nouveau bâtiment baptisé ‘Le Gardon’ marque une étape clef d’un vaste programme de modernisation du site de Pierrelatte engagé en 2024. Ce programme comprend la construction d’un bâtiment neuf, la rénovation complète d’un second bâtiment et, à horizon 2027, la rénovation d’un troisième bâtiment, permettant à terme de disposer d’une plateforme d’ingénierie entièrement modernisée. Sa capacité d’accueil a été doublée permettant de passer de 300 à 600 collaborateurs.
Les travaux d’un montant de 7M€ ont été confiés à des entreprises locales, contribuant au dynamisme économique du territoire. Plus d’une vingtaine d’entreprises de la région ont été associées.

Le projet en chiffres
▪ Montant de l’investissement : 7 M€
▪ Terrain : 19974 m2
▪ Surface totale des bâtiments après travaux : 5 631m2 contre 3 947 m2 avant dont 1 684 m2 pour le nouveau bâtiment,
▪ 420 postes de travail en ‘flex’ pour un effectif de 600 personnes, contre 300 postes de travail physique avant travaux
▪ 39 salles de réunion
▪ 1 auditorium de 200 m2 modulable
▪ Des espaces conviviaux et de détente (coin café sur chaque plateaux, babyfoot…)
▪ Parking de 450 places dont 23 places de stationnement PMR
▪ 1 réfectoire équipé de 150 places
▪ +20 entreprises partenaires

« La sécurité a constitué une priorité tout au long du chantier, mené sans accident, rappelle Denis Lyonnet, directeur de l’établissement de l’ingénierie Orano-Sud-Est. Nous avons fait le choix d’un bâtiment durable, intégrant des solutions concrètes pour réduire notre empreinte : panneaux de production d’électricité photovoltaïque, dispositifs d’écomobilité, gestion optimisée des consommations énergétiques, parking drainant, système de récupération des eaux pluviales. Il a été conçu par un architecte de Pierrelatte et réalisé avec des entreprises locales. Ce projet co-construit avec nos collaborateurs est pleinement ancré dans son territoire et au service d’une ingénierie en pleine dynamique de croissance. »

Accompagner la relance du nucléaire
Pour Orano, le renforcement de ses capacités d’ingénierie a pour objectif d’accompagner la relance du secteur nucléaire.

« Le site de Pierrelatte s’inscrit dans un programme plus large d’investissements immobiliers portés par Orano afin d’accompagner la forte montée en puissance de ses activités d’ingénierie, en lien avec la relance de la filière nucléaire, confirme le groupe. Cette dynamique soutient la réalisation de projets stratégiques tels que l’extension de l’usine d’enrichissement Georges Besse 2, la prolongation des usines de l’aval du cycle et leur renouvellement dans le cadre du programme Aval du futur. Ce programme, d’une dimension inédite, implique une montée en puissance des compétences sans précédent : 500 recrutements d’ingénieurs et de techniciens chaque année, permettant de doubler les effectifs d’ingénierie du groupe d’ici 2030. »

La répartition des différents sites d’Orano en France. Crédit : Orano

Actuellement, outre Pierrelatte les équipes d’Orano Projets sont réparties sur 21 sites en France ainsi que sur des sites industriels-clefs du groupe (Melox, Tricastin, La Hague, Malvési) et chez ses clients tels que l’usine Framatome de Romans-sur-Isère. Pour accompagner son développement, Orano Projets modernise ses sites historiques et ouvre des nouvelles implantations à Aix-en-Provence, Bordeaux et Dijon.

Laurent Garcia

Les chiffres clés des effectifs de l’ingénierie dans le Sud-Est
▪ 800 collaborateurs
▪ 70 alternants
▪ >30% de femmes
▪ 150 recrutements en 2025
▪ 130 recrutements prévus en 2026
▪ 44 métiers couvrant l’ensemble du cycle de vie des installations, avec une place importante accordée à la sûreté nucléaire et à l’innova


(Vidéo) La centrale de Tricastin dépasse ses objectifs de production d’électricité 2025

L’an dernier, la centrale EDF de Tricastin a produit 24,28 TWh d’électricité. De quoi dépasser l’objectif de production 2025 fixé à 22 TWh.

Pour cela, la centrale qui subvient à 40% des besoins en électricité de la région, a fait l’objet d’opérations de maintenance et de rechargement des combustibles qui ont permis aux 4 unités de production d’afficher leur plus haut niveau de performance durant près de 260 jours.

« Grâce à l’engagement de nos 1 500 salariés et de 700 salariés de nos entreprises partenaires, nous avons injecté plus de 24 TWh sur le réseau, contribuant ainsi activement à la souveraineté énergétique de la France et à sa décarbonation », se félicite Cédrick Hausseguy, directeur de la centrale EDF du Tricastin.

Le site nucléaire dispose de 4 unités de production d’une capacité de 900MW chacune. L’unité de production n°1 a été mise en service le 31 mai 1980, la n°2 le 7 août 1980, la n°3 le10 février 1981 et la 4e le 12 juin 1981. L’ensemble des 4 réacteurs a notamment fait l’objet d’une poursuite de leur exploitation pour un délais de 10 ans supplémentaires.

Dans ce cadre, plusieurs chantiers importants ont été réalisés ou programmés : changement des pôles du transformateur principal qui permettent l’évacuation de l’énergie sur le réseau de transport d’électricité, renforcement de la robustesse mécanique du pont de manutention dans le bâtiment réacteur, nettoyage des générateurs de vapeur, examen des corps basse pression situés en salle des machines, construction d’un répartiteur de corium… Des investissements de l’ordre de 250M€ sur ces dernières années.


Georges Besse II, la Tour Eiffel de l’uranium se métamorphose

Orano accélère son ambition de souveraineté énergétique : quatre nouveaux modules identiques à ceux déjà existants sont en construction sur le site de Georges Besse 2 (Tricastin), pour porter la capacité d’enrichissement d’uranium à + 30%. Financé en partie par un prêt de 400M€ de la BEI (Banque Européenne d’invesitssement), ce chantier mobilise près de 180 entreprises françaises et jusqu’à 1 000 travailleurs en pic. La mise en service progressive est annoncée dès 2028, pour un complet déploiement en 2030.

Le site industriel du Tricastin se transforme sous les allées silencieuses de ses centrifugeuses. Depuis la pose de la première pierre en octobre 2024, le chantier d’extension de l’usine d’enrichissement d’uranium Georges Besse 2 progresse à un rythme soutenu. Quatre modules d’enrichissement sont désormais en cours de construction, en parfaite réplique des quatorze existants. Ce projet n’est pas seulement une opération d’agrandissement : c’est un pari stratégique pour l’Europe, un enjeu industriel majeur pour la France et une vitrine de l’ingénierie nucléaire hexagonale.

Un projet stratégique : souveraineté, écologie et autonomie
L’extension s’articule autour d’un investissement colossal de 1,7 milliards d’euros, approuvé par le conseil d’administration d’Orano en octobre 2023. Grâce à cette enveloppe, l’entreprise ambitionne d’accroître sa capacité de production de plus de 30%, soit 2,5 millions d’UTS (Unité de Travail de Séparation) supplémentaires.

La souveraineté de la France
Ce renforcement n’est pas anecdotique : il s’inscrit dans un contexte géopolitique lourd. Comme l’a déclaré Claude Imauven, président du Conseil d’administration d’Orano, ‘dans le contexte actuel, cette montée en puissance vise à renforcer la souveraineté énergétique occidentale’. L’Agence européenne de financement, la Banque européenne d’investissement (BEI), a d’ailleurs apporté sa pierre au projet avec un prêt de 400M€,soulignant l’importance stratégique de cette extension dans le cadre du programme REPowerEU (La fin de  l’exportation des énergies fossiles : gaz, pétrole, charbon russes).

Construction : modularité, excellence et ancrage local
Le modèle retenu est celui de la modularité : quatre modules identiques à ceux déjà existants, avec des technologies éprouvées et une “empreinte environnementale réduite”, selon Orano. Ces modules seront raccordés à l’unité nord du site ; l’extension porte ainsi le nombre de modules nord de 6 à 10.

Un site comme une ville
Sur le terrain, les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 180 entreprises, majoritairement françaises -et pour beaucoup régionales-, sont mobilisées. Le chantier emploie en moyenne entre 300 et 500 personnes, avec des pics pouvant en atteindre 1 000, sur une durée d’environ cinq ans. Divers corps de métier participent : ingénierie, génie civil, second œuvre, électricité, ventilation, manutention, tuyauterie…

Un chantier calibré
Du côté du génie civil, Orano a confié un lot majeur à Vinci Construction : le groupement Dodin–Campenon Bernard et Campenon Bernard Centre-Est réalise la construction de deux tranches supplémentaires. Le béton coulé sur le chantier atteindra jusqu’à 35 000 m³, accompagné de 4 500 tonnes d’armatures et 500 plots antisismiques. L’extension de Georges Besse 2 a franchi des jalons réglementaires importants. Le permis de construire, signé par le préfet de la Drôme le 17 juin 2024, autorise la construction d’un bâtiment en prolongement de l’usine existante.

Chantier Georges Besse II Copyright Crespeau

Duplication de l’installation
Du point de vue environnemental et sécuritaire, Orano a opté pour une stratégie de duplication de l’installation existante plutôt que d’innovations radicales : les nouveaux modules reprennent les caractéristiques des modules actuels, ce qui accélère les délais et minimise les risques. Selon le rapport de la CLIGEET -Commission locale d’information des grands équipements énergétiques du Tricastin- sur le projet, la capacité maximale atteindrait 11 MUTS (millions d’unités de travail de séparation), correspondant à ce qui avait été envisagé initialement lors de la conception de l’usine.

Sur le terrain
Sur le terrain, les équipes sont déjà à pied d’œuvre : un an après la pose de la première pierre, 65% du béton (soit environ 20 000 m³) a été coulé, les charpentes métalliques s’érigent, la préfabrication en aluminium (tuyauteries) est active, et les armoires électriques sont assemblées.

Enjeu énergie : une électricité ‘bas-carbone’ pour l’Europe
L’objectif d’Orano est clair : produire de l’uranium enrichi pour alimenter 120 millions de foyers chaque année. Ce chiffre équivaut à près de 60% des foyers de l’Union européenne, selon vos indications (France, Allemagne, Espagne, Italie, Danemark, Suède, Finlande). Ce niveau d’approvisionnement renforce la sécurité énergétique de l’Union Européenne tout en soutenant la transition vers une énergie décarbonée.

La centrifugation
La technologie utilisée -la centrifugation- est déjà éprouvée : le site Georges Besse 2 fonctionne depuis 2011, et avait atteint sa pleine capacité de 7,5 millions d’UTS en 2016. Orano vise avec cette extension la production nominale qu’elle avait envisagée dès le départ : 10,4 MUTS, avec un plafond théorique de 11 MUTS.

Risques et controverses : un projet sous surveillance
Tout projet nucléaire suscite des débats. Dans le dossier de concertation publique, Orano souligne sa volonté de reproduire les modules existants pour garantir la fiabilité et accélérer la mise en service. Mais l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), via un avis, s’interroge : l’extension pourrait permettre un enrichissement à 6%, contre les 5% initialement prévus, ce qui soulèverait des enjeux supplémentaires sur l’entreposage et les effluents. Par ailleurs, les quantités d’uranium hexafluorure (UF₆) manipulées dans l’usine augmenteront, bien que l’augmentation soit estimée à environ 5 % par rapport à la capacité autorisée actuelle.

Une affirmation politique et énergétique
Le chantier d’extension de Georges Besse 2 n’est pas seulement un projet d’ingénierie ou une opération industrielle : c’est une affirmation politique et énergétique. Dans un monde marqué par l’incertitude géopolitique et la transition climatique, Orano joue sa carte pour garantir la souveraineté nucléaire de l’Europe, tout en renforçant sa capacité de production “bas-carbone”. Si les défis techniques et réglementaires sont réels, le modèle modulaire, l’ancrage local et le soutien stratégique -comme celui de la BEI, Banque européenne d’investissement- donnent à ce projet une assise robuste. À l’horizon 2030, la France pourrait bien porter une part encore plus significative de l’approvisionnement européen en uranium enrichi, un pari ambitieux, mais à sa mesure.
Sources : Orano group, BEI, Vinci construction, Département de la Drôme, CLIGEET Tricastin…
Mireille Hurlin


Le seigneur des Orano : les deux tours

Les fans de Tolkien auront la référence, les détracteurs du nucléaire y verront certainement une allusion aux forces ‘obscures’ du Mordor alors que les partisans de cette source d‘énergie, longtemps décriée et aujourd’hui revenue en grâce pour ses vertus décarbonées, y trouveront l’illustration de la puissance de la ‘lumière’ des Elfes.
Toujours est-il qu’à l’image des deux célèbres tours de la Terre du milieu, celles du site d’Orano à Tricastin sont tout aussi symboliques. Visibles à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde, elles étaient les totems d’un site industriel faisant vivre l’ensemble de la région alentour (voir encadré ‘Orano Tricastin : un mastodonte européen’ en toute fin d’article) . Pour certains riverains, elles permettaient même de prévoir la météo en fonction de la direction du panache de vapeur d’eau s’échappant de leurs sommets. C’est donc bien la fin d’une époque qu’Orano vient de débuter en entamant il y a quelques semaine la déconstruction de ces deux tours aéroréfrigérantes culminant à 123 mètres de hauteur.

Depuis quelques semaines, le groupe Orano a débuté le ‘grignotage’ des deux tours aéroréfrigérantes du site industriel de Tricastin. Hautes de 123 mètres et large de 90m à leurs bases, les deux édifices ont été mis en service en 1979. A l’époque, on ne parlait pas encore d’Orano ou même d’Areva. C’était le Cogema qui était à la manœuvre. L’entreprise avait alors été fondée en 1973 afin de se consacrer tout particulièrement aux activités d’enrichissement de l’uranium.

« Nous tournons une page de notre histoire. »

Pascal Turbiault, directeur du site Orano à Tricastin.

C’est donc dans ce cadre que l’immense usine d’Eurodif a vu le jour à Tricastin. Baptisée ‘usine Georges Besse’ depuis 1988 en mémoire de celui qui fut son fondateur puis son premier directeur général avant d’être assassiné par le groupe terroriste Action directe alors qu’il était PDG de Renault, elle a produit de quoi alimenter plus de 100 réacteurs nucléaires en France et dans le monde jusqu’à son arrêt définitif le 7 juin 2012.
A cette date, elle a été remplacée dans la foulée par l’usine Georges Besse 2 (GB II), site nouvelle génération, permettant toujours d’enrichir l’uranium sans avoir à prélever de l’eau dans le Rhône (26 millions m3/an), afin de refroidir le site en circuit fermé, et consommant 98% d’électricité en moins (l’équivalent de 3 des 4 réacteurs de la centrale nucléaire voisine d’EDF).

Les tours de refroidissement de Tricastin ont été construites dans la deuxième moitié des années 1970 avant leur mise en service en 1979. Crédit : DR/Orano

Un lieu d’exercice en milieu périlleux pour les pompiers de la région
Depuis, les deux tours aéroréfrigérantes, dont la fonction était d’évacuer la vapeur d’eau générée par la chaleur de l’activité d’Eurodif, ne servaient plus à rien. Occasionnellement, elles pouvaient encore être utilisées dans le cadre d’exercice des sapeurs-pompiers spécialisés des trois Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) du secteur du Groupe montagne sapeurs-pompiers (GMSP) de la Drôme, ainsi que des Groupe de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux (GRIMP) du Vaucluse et de l’Ardèche. Mais rien qui ne justifie que l’on les conserve. Dès lors, leur sort était scellé. En effet, à partir du moment où il n’y a plus d’humidité, le béton des tours se met à sécher peu à peu avec le risque d’un lent effritement qui s’accompagne.

A l’arrêt depuis 2021, les tours étaient encore parfois utilisées par les groupes spécialisés des pompiers des SDIS de Vaucluse, de la Drôme ou de l’Ardèche lors d’exercice en milieu périlleux. Crédit DR/SDIS

« Avec la déconstruction de ces tours, nous tournons une page de notre histoire, confirme Pascal Turbiault, directeur du site Orano à Tricastin. C’était un symbole très fort de notre territoire. Quand nous les avons arrêtés, des habitants nous ont même demandé ensuite de refaire de la vapeur d’eau pour voir le sens du vent. »

Du grignotage plutôt qu’un foudroiement
Cette déconstruction des tours ‘aéro’ s’inscrit ainsi dans l’ensemble du démantèlement d’Eurodif planifié au-delà de 2050 (voir encadré ci-dessous : ‘Démanteler Eurodif : un chantier hors-normes jusqu’en 2050’). Plusieurs scenarii ont été envisagés dont le foudroyage à l’aide d’explosifs, mais l’échec du basculement de la cheminée EDF d’Aramon en 2023 n’a certainement pas incité les responsables d’Orano à privilégier cette solution.
C’est donc finalement la technique dite de ‘grignotage’ qui a été validée par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), organisme national supervisant les autorisations sur ce type d’intervention concernant des installations nucléaires. Cette technique consiste à déconstruire très progressivement la coque de la tour en commençant par le haut, en réduisant petit à petit sa hauteur avec un engin de type ‘pince à béton’. Avantage : ce procédé n’a pas d’impact sur les activités industrielles voisines.

Après des travaux préparatoires permettant de réaliser un socle en béton pour la soutenir (l’équivalent de 50 camions toupie), une grue de 110m de haut a été installée. Equipée d’un système de démolition appelé ‘Flight demolition system’, elle a commencé à grignoter la tour 2 dont l’épaisseur de béton est de 16 cm en haut et 23 cm en bas.
Une fois arrivé à une cinquantaine de mètres de hauteur, la grue sera démontée pour aller grignoter la tour 1, et un second engin viendra (une pelle mécanique équipée d’un bras de 50m) terminer la déconstruction depuis l’extérieur de la tour avant de s’attaquer à la suivante séparée d’une cinquantaine de mètres. La tour 2 devrait être arasée pour la fin de l’année et la tour 1 mi-2026.

En charge du chantier de déconstruction des tours d’Eurodif, le groupe italien Despe est aussi intervenu sur celui de l’Orange-Vélodrome lors de son extension en 2010.
Crédit : Devisubox/DR/Réalisation GFC construction pour Arema

De l’Orange-Vélodrome à Tricastin
C’est l’entreprise italienne Despe (Demolizione speciali) qui est la manœuvre de ce chantier. Le groupe fondé par Giuseppe Panseri est tout particulièrement implanté en France et aux Etats-Unis. Spécialisée dans les chantiers difficiles ou à forte contrainte, la société transalpine est par exemple intervenue au sein du site de production de combustible nucléaire de Bosco Marengo, de la centrale nucléaire de Caorso mais aussi sur le chantier du stade de l’Orange-Vélodrome lors de son agrandissement en 2010.

Au total, ce sont près de 25 000 tonnes de béton armé et de matériaux valorisables qui devraient mis à bas. L’ensemble des matériaux issus de ces opérations de démantèlement sont des déchets conventionnels valorisables, c’est-à-dire qu’ils n’ont jamais été en contact avec de la matière uranifère ou radioactive.
« Les ferrailles seront évacuées pour être recyclées et les gravats seront conservés pour être réutilisés, par exemple, comme remblais », précise le directeur du site Orano à Tricastin. L’opération ‘2 tours’ représente un coût de 6M€ pour leur déconstruction.

Laurent Garcia

Démanteler Eurodif : un chantier hors-normes jusqu’en 2050
S’étendant sur une superficie de 190 000 m2, soit près d’une trentaine de terrain de football, le planning du démantèlement d’Eurodif s’étend de l’arrêt de la production en 2021, à la fin 2051 où l’ensemble des opérations doivent être achevées.
Ce chantier concerne notamment les 1 400 étages de la cascade de diffusion (voir photo ci-dessus. Cela représente 160 000 tonnes d’acier (l’équivalent d’une vingtaine de Tour Eiffel), 30 000 tonnes d’équipements en divers métaux et plus de 1 300 km de tuyauterie. En moyenne, près de 200 personnes interviendront pendant toute la durée des travaux de ces 25 prochaines années. La totalité du démantèlement représente un coût de 1,2 milliard d’Euros.

Orano Tricastin : un mastodonte européen
Orano Tricastin est un des plus grands sites nucléaires d’Europe. S’étendant sur une surface de 650 ha il implanté à cheval sur deux départements : le Drôme et le Vaucluse. Il représente près de 2 500 emplois directs et 2 000 indirects sur cette plateforme industrielle du Tricastin, où le groupe a investi plus de 5 milliards d’euros ces 15 dernières années pour renouveler son outil industriel de conversion (usine Philippe Coste), d’enrichissement (GB II). Ces nouvelles installations assurent ainsi la pérennité des activités du site pour les 40 prochaines années. Par ailleurs, Orano Tricastin verse annuellement de l’ordre de 30M€ de taxes et impôts et réalise chaque année près de 300M€ d’achats de fournitures et services dont les deux tiers sont réalisés en local.
Par ailleurs GB II est le plus grand complexe d’enrichissement en Europe sur un même site et représente 30% de la capacité occidentale. L’uranium enrichi, à usage exclusivement civil, qui y est produit permet de livrer l’équivalent de 70 réacteurs dans le monde et alimenter en énergie bas carbone comparativement 90 millions de foyers, soit l’équivalent de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni. Les capacités additionnelles liées à l’extension de l’usine Georges Besse 2 permettront à ses clients d’alimenter 30 millions de foyers supplémentaires.


Tricastin : permis de construire accordé pour l’extension à 1,7 milliard d’euros de l’usine GB II d’Orano

Le préfet de la Drôme vient de signer le permis de construire de l’extension de l’usine d’enrichissement d’uranium Georges Besse 2 (GB II). Implanté sur le site du groupe Orano à Tricastin, à cheval sur la Drôme et Vaucluse, ce projet avait été validé par le conseil d’administration du groupe octobre dernier à la suite d’une concertation préalable qui s’était déroulée début 2023.
D’un montant d’investissement de près de 1,7 milliard d’euros, cette extension de capacité de l’usine d’enrichissement d’uranium Georges Besse 2 permettra à Orano d’augmenter ses capacités de production de plus de 30%.
Ce projet consiste à construire à l’identique quatre modules d’enrichissement de l’uranium, complémentaires aux quatorze modules existants avec la même technologie éprouvée et disposant d’une empreinte environnementale réduite. Cette augmentation nécessite la construction d’une extension dans le prolongement du bâtiment existant faisant l’objet de la demande de permis de construire.

Jusqu’à 1000 personnes mobilisées sur ce chantier de 1,7 milliard d’euros
« La réception du permis de construire constitue une étape importante dans le processus réglementaire de notre projet d’extension de capacité de l’usine Georges Besse 2. Je tiens à remercier à cette occasion l’ensemble des acteurs impliqués et nos clients qui nous font confiance. Le chantier de construction à venir mobilisera jusqu’à 1 000 personnes, avec une forte part d’entreprises régionales. Nous travaillons de concert avec les entreprises partenaires du projet pour lancer d’ici la fin de l’été la construction à l’issue des travaux préparatoires », précise Pascal Turbiault, directeur du site Orano Tricastin, lors de la remise du permis de construire en mairie de Pierrelatte par le maire Alain Gallu en compagnie de Fréderic Bernasconi, directeur du programme extension de l’usine d’enrichissement Georges Besse.

A droite, Alain Gallu, maire de Pierrelatte, avec Pascal Turbiault (au centre), directeur du site Orano Tricastin, et Fréderic Bernasconi, directeur du programme extension de l’usine d’enrichissement Georges Besse lors de la remise du permis de construire en mairie de Pierrelatte.

EDF : le 4e réacteur de la centrale nucléaire de Tricastin à l’arrêt pour maintenance

Mis en service le 12 juin 1981, l’unité de production n°4 de la centrale nucléaire EDF du Tricastin est à l’arrêt depuis samedi 20 janvier dernier dans le cadre sa 4e visite décennale.
« Lors de cet arrêt de grande ampleur, un contrôle exhaustif de l’installation est effectué dans l’objectif de tendre vers le niveau de sûreté des réacteurs de troisième génération (type EPR) et de poursuivre l’exploitation du réacteur pour 10 ans supplémentaires. Les 4e sites décennales ont déjà été réalisées sur les unités de production n°1, 2 et 3 », explique EDF.

Renforcement des cuves du réacteur et protection accrue contre les aléas climatiques extrêmes
Cette visite décennale se distingue des autres arrêts de maintenance notamment par les contrôles réglementaires qui sont effectués :
– Le contrôle de la cuve du réacteur : son intégrité et sa résistance sont contrôlées millimètre par millimètre avec un robot perfectionné appelé ‘machine d’inspection en service’.
– L’épreuve enceinte du bâtiment réacteur : la pression dans le bâtiment est augmentée afin de contrôler sa résistance et son étanchéité.
– L’épreuve hydraulique des circuits primaire et secondaire : la pression est augmentée pour contrôler la résistance des tuyauteries et des soudures.
Durant cet arrêt, de nombreuses opérations de maintenance sont programmées. Des améliorations significatives seront réalisées pour garantir la sûreté de l’installation, notamment en cas d’agressions climatiques extrêmes (inondation, tornade…) et pour renforcer sa tenue au séisme.

250M€ d’investissement
Par ailleurs d’autres chantiers important sont également programmée : changement des pôles du transformateur principal qui permettent l’évacuation de l’énergie sur le réseau de transport d’électricité, renforcement de la robustesse mécanique du pont de manutention dans le bâtiment réacteur, nettoyage des générateurs de vapeur, examen des corps basse pression situés en salle des machines, construction d’un répartiteur de corium…
Pour cela, près de 5 000 salariés d’entreprises prestataires associés en amont à la préparation seront mobilisés durant plus de 5 mois aux côtés des 1 500 salariés EDF de Tricastin. Le montant de l’intervention s’élève à 250M€ environ.

En attendant, les unités de production n°1 (mise en service le 31 mai 1980), n°2 (mise en service le 7 août 1980) et n°3 (mise en service le10 février 1981) sont en fonctionnement et alimentent le réseau électrique national. D’une capacité de 900MW chacune, les 4 unités produisent l’équivalent de 6% de la production électrique nucléaire. Un chiffre qui s’est élevé à 8% en 2022.
Dans le même temps, la centrale couvre notamment 40% des besoins en électricité de la région.


Tricastin : l’extension de l’usine d’enrichissement d’Orano dans le top 10 des investissements français

Notre confrère de l’Usine nouvelle vient de dresser le top 10 des plus gros investissements industriels annoncés en France en 2023. Parmi eux, le projet d’extension de l’usine d’enrichissement GBII d’Orano à Tricastin.

A l’occasion du passage à la nouvelle année, l’Usine nouvelle, le magazine français de l’industrie, a dressé la liste des 10 plus importants investissement industriels français annoncé en 2023. Dans ce classement, où un projet de production de batteries solides à Dunkerque (5,2 milliards d’euros) arrive en tête, le site nucléaire de Tricastin à Bollène (Vaucluse) apparait en 3e position avec l’extension de la capacité d’enrichissement de l’usine Georges Besse 2 (GBII) du groupe Orano. Ce programme de 1,7 milliard d’euros doit permettre d’augmenter les capacités de production de plus de 30%, soit 2,5 millions d’UTS (Unité de travail de séparation).

Pour cela, 4 modules complémentaires identiques aux 14 modules existants mis en service progressivement entre l’inauguration, en 2011, et la pleine capacité de production du site, en 2016 vont donc être construit.

Première production prévue en 2028
L’uranium enrichi à usage exclusivement civil qui est produit à GB II permet de fournir du combustible à 70 réacteurs nucléaires dans le monde.
« Avec cette extension de capacité, l’uranium produit sur le site Orano Tricastin permettra d’alimenter l’équivalent de 120 millions de foyers par an en énergie bas carbone », souligne Pascal Turbiault, directeur d’Orano pour le site de Tricastin.
« Dans le contexte géopolitique actuel, cette augmentation des capacités d’enrichissement vise à renforcer, en France, la souveraineté énergétique occidentale, expliquait aussi Claude Imauven, président du conseil d’administration d’Orano lors de l’officialisation de l’extension en octobre dernier. La décision d’Orano répond aux demandes de nos clients de renforcer leur sécurité d’approvisionnement avec une première production prévue dès 2028. »

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