30 août 2025 |

Ecrit par le 30 août 2025

Un portrait de Stendhal signé Eduardo Arroyo discrètement conservé à Grenoble

Il est des lieux, plus ou moins fréquentés qui recèlent d’oeuvres artistiques mésestimées, car le plus souvent invisibles aux yeux des usagers. Coup de projecteur sur un portrait de Stendhal signé d’un grand artiste espagnol contemporain à découvrir à Grenoble.

C’est évidemment à la cité scolaire Stendhal de Grenoble que le tableau est exposé, à l’abri de presque tous. Le tableau est signé du célèbre artiste contemporain espagnol, Eduardo Arroyo (1937-2018), réalisé au début des années 2000. Il s’agit d’un portrait peint de Stendhal que seuls les élèves ont la chance de pouvoir admirer. Le tableau est accroché en hauteur, au-dessus de la porte d’entrée de l’ancienne chapelle transformée aujourd’hui en centre de documentation et d’information.

L’oeuvre est construite en deux parties : la principale représente la tête de Stendhal cernée par des bandes aux tons foncés. Les contours du visage multicolore sont dessinés par la chevelure et la barbe noires tandis que le nez couleur ocre ressort tout particulièrement. Un bandeau vertical rouge vif sert d’écriteau avec le nom Stendhal écrit en lettres composées de minuscules taches de couleurs.

Méconnue du grand public, cette toile est propriété de la Région Auvergne-Rhône- Alpes qui l’aurait achetée pour près de 120 000 euros. Il s’agit d’une commande de la collectivité adressée à l’artiste espagnol afin de compenser la destruction d’une autre de ses oeuvres intitulée Le Marché aux chapeaux. Cette fresque de neuf mètres de haut et six mètres de large avait été réalisée sur une des façades de l’établissement scolaire en 1982 dans le cadre de l’opération nationale treize murs peints en France. Jack Lang, ministre de la Culture, avait même assisté à son inauguration. En 2000, Arroyo avait été alerté par le conservateur du Musée de Grenoble, que la fresque allait être détruite dans le cadre d’une opération de rénovation de l’établissement. L’artiste, avait fait valoir ses droits d’auteur et obtenu de la Région cette nouvelle commande en compensation. 

Photo : ©Grenoble Alpes Tourisme

Photo : ©Thomas Richardson

Photo : ©Caroline Thermoz-Liaudy

Photo : ©PxHere

Thomas Richardson (Tout Lyon), membre du Réso Hebdo Eco


Un portrait de Stendhal signé Eduardo Arroyo discrètement conservé à Grenoble

Sur l’île de Nantes, d’antiques nefs industrielles des anciens chantiers navals Dubigeon abritent un bestiaire fantastique : éléphant, héron, chenille, créatures marines… Chaque machine, imaginée par François Delarozière, fait vibrer l’imaginaire grâce à une chorégraphie lente, sensorielle et enveloppante. Une expérience poétique et participative, entre théâtre de rue et ballet d’ingénierie.

En ce début de matinée d’une grise journée de juillet, l’air est lourd et humide. Le ciel, sans être menaçant, diffuse une lumière laiteuse sur le parvis des Nefs. C’est ici que débute la visite. Au fond de la halle, 145 mètres plus loin, en provenance de l’esplanade des Riveurs, au sud, un son étrange fend l’atmosphère : un barrissement puissant, presque animal. Puis une trompe émerge, des défenses, enfin la tête massive d’un éléphant. Le public retient son souffle. Comme dans un western mécanique, l’arachnée géante du Dr Loveless laisse place ici à un pachyderme majestueux, de bois et d’acier. Les enfants s’élancent, les adultes dégainent leur smartphone. Le Grand Éléphant vient d’entrer en scène.

Le géant mesure 12 mètres, pèse 48 tonnes, sa peau est en tulipier huilé, ses articulations en métal luisant. Il avance sans trembler, glissant doucement sur ses roues. Il traverse le vaste hangar dans toute sa longueur avant de s’arrêter à son extrémité nord pour faire descendre les passagers. Puis, après une courte pause, il embarque de nouveaux voyageurs et repart.

Le bois crisse, les vérins soupirent, les engrenages chantent. C’est une parade poétique et artisanale. Tout au long de sa déambulation, le machiniste caché dans ses flancs active sa trompe, fait jaillir des jets d’eau, interagit avec les enfants. Le spectacle n’est pas seulement sur l’animal, mais tout autour : éclats de rire, applaudissements, éclaboussures.

Dans la Nef, sur la droite, un escalier permet d’accéder à l’étage. Depuis la coursive suspendue, le regard plonge sur l’atelier de La Machine : une fourmilière d’artisans où naissent les chimères de demain. On y entend le choc du métal, le souffle des compresseurs, le martèlement régulier de la construction en cours. François Delarozière, diplômé des Beaux-Arts, formé au théâtre de rue, dirige cet atelier depuis 1999. À Nantes, il a conçu l’Éléphant, la Galerie, le Carrousel. Mais ailleurs, il est aussi le père d’autres animaux mécaniques, tous plus baroques et sophistiqués les uns que les autres : le Minotaure à Toulouse, le cheval-dragon Long Ma aujourd’hui à Pékin, La Gardienne des Ténèbres conçue pour le festival Hellfest, ou encore le Varan de Voyage, actuellement en chantier. Ce reptile urbain de 14,8 mètres de long et 22 tonnes présente des formes plus compactes que celles du Dragon de Calais, son aîné articulé. Tous deux évolueront sur la Côte d’Opale, où le Varan rejoindra son cousin draconique à partir du 7 novembre 2025.

Théâtre mécanique dans la Nef

Au bout de la coursive aérienne, l’expérience se prolonge à l’extérieur sur une immense branche métallique suspendue dans les airs : 20 mètres de long, 20 tonnes. Il s’agit du premier prototype de l’Arbre aux Hérons, un projet monumental resté à l’état de rêve, mais qui irrigue encore tout le site. Imaginé comme une œuvre totale de 35 mètres de haut et 50 mètres de diamètre, cet arbre d’acier aurait accueilli dans ses branches des créatures mécaniques, et au sommet, un couple de hérons.

Si l’Arbre ne s’est jamais élevé, sa présence est partout : dans la scénographie générale du lieu, dans l’imaginaire des visiteurs et surtout dans la Galerie des Machines, à laquelle on revient en redescendant sous la grande verrière. Elle prend la forme d’un atelier-théâtre. Le public circule d’un poste à l’autre, observant, questionnant, manipulant parfois. Spectateurs, mais aussi acteurs de l’instant, les visiteurs participent à la mise en mouvement des créatures issues de l’Arbre aux Hérons, rêve grandiose suspendu dont certaines chimères ont pourtant vu le jour. La Galerie fait aussi office de laboratoire : chaque mouvement y est testé, affiné, confronté aux réactions des gens. Un enfant pilote une chenille articulée ; deux intrépides s’envolent dans les nacelles d’un échassier de huit mètres d’envergure.
À chaque démonstration, les applaudissements jaillissent. Ce n’est pas un simple musée animé, c’est une scène. Et chaque machine y joue son rôle avec justesse et grâce. François Delarozière a imaginé ses créatures comme des fables mécaniques, un art vivant de l’ingénierie sensible. Cofondateur du projet avec Pierre Orefice, compagnon de route rencontré au sein de Royal de Luxe, il crée ensuite l’association La Machine, berceau de toutes ses œuvres.

©Alberto Rodriguez Pérez

Plongée fantastique au Carrousel des Mondes marins

À la sortie de la Galerie, le parcours se poursuit naturellement vers une autre fable mécanique. À quelques pas, en contrebas, à proximité des anciennes cales des chantiers navals et près de la Loire, se dresse un manège monumental : le Carrousel des Mondes marins. Il abrite une ménagerie aquatique : méduses translucides, poissons-lanternes, calmar à rétropropulsion, crabes articulés. Chacun de ses trois niveaux plonge dans un univers singulier : les abysses en bas, les fonds marins au milieu et la surface de la mer tout en haut. Les sons y varient, les lumières s’adaptent, les machines se manipulent. Ici aussi, le pachyderme majestueux s’avance lentement, fait une halte et invite de nouveaux passagers à embarquer. Le lien entre les mondes est assuré par cet éléphant : entre terre, eau et air, les frontières se dissolvent.

En remontant doucement vers la Nef, le parcours retrouve la trace suspendue de l’Arbre aux Hérons. Juste en dessous de la branche monumentale, la boutique-librairie condense l’expérience : livres illustrés, croquis, objets et affiches y composent une galerie d’imaginaire à emporter. La visite se termine comme une parenthèse onirique. On a arpenté les allées d’un ancien chantier naval, effleuré des articulations mobiles, écouté le chant des pistons et ressenti une émotion brute. Les Machines de l’île, inventées par Delarozière, n’offrent pas des chimères décoratives, mais des fables en mouvement. L’Arbre aux Hérons, bien qu’il ne se soit jamais élevé, devait pourtant perpétuer ce songe à quelques centaines de mètres d’ici, dans la carrière Misery, sur la rive nord de la Loire. Il aurait fait face à l’ancienne minoterie, aujourd’hui en pleine transformation pour accueillir le futur musée Jules Verne. Deux mondes parallèles, pensés comme des vigies poétiques, unis par une même volonté de nourrir l’imaginaire. « Il n’y a pas de rêves inutiles », prônait l’écrivain nantais. À Nantes, ses rêves s’animent encore sous nos yeux.

Alberto Rodriguez Pérez (L’Informateur Judiciaire), membre du Réso Hebdo Eco


Un portrait de Stendhal signé Eduardo Arroyo discrètement conservé à Grenoble

Et si cet été, vous découvriez la vraie capitale gauloise ? Pas Lutèce, mais la capitale des Éduens, peuple gaulois, qualifiée par Jules César d’« oppidum le plus grand et le plus fertile de la Gaule », aujourd’hui musée à ciel ouvert qui a permis de mieux connaître nos ancêtres et le monde celte. En route pour Bibracte !

Pour rejoindre Bibracte, perchée sur le Mont Beuvray dans le Parc naturel régional du Morvan, il faut s’armer de patience et d’un GPS. Cette ancienne capitale des Éduens, un peuple riche et influent grâce à son contrôle stratégique des grandes voies fluviales reliant le Rhône à la Saône et à l’exportation vers l’Angleterre, fut un centre politique majeur entre le Ier siècle av. J.-C. et l’an 15. En 52 av. J.-C., lors de l’unification des peuples gaulois pour résister à Jules César, Vercingétorix fut élu chef suprême à Bibracte, un choix symbolique renforçant son autorité car les Éduens étaient jusque-là alliés des Romains. Six ans plus tôt, en 58 av. J.-C., Jules César s’y était installé après sa victoire sur les Helvètes et y rédigea une partie de ses Commentaires sur la Guerre des Gaules. Et heureusement pour sa postérité comme on le verra par la suite…  Vercingétorix battu à Alesia (à une centaine de kilomètres) la capitale éduenne tomba ensuite dans l’oubli pendant près de 18 siècles.

©Antoine Maillier

La renaissance de Bibracte

Sa redécouverte commence en 1867, lorsque Jean-Gabriel Bulliot, archéologue amateur passionné, identifie le mont Beuvray comme le site probable de l’antique Bibracte grâce aux écrits de César. Il y conduit des fouilles pendant près de 30 ans, mettant au jour remparts, rues, habitations et objets précieux. Son neveu, Joseph Déchelette, archéologue renommé, lui succède et donne à Bibracte une place centrale dans la compréhension du monde celtique. Après son abandon en 1914, le site est relancé en 1984 grâce à François Mitterrand, ancien maire de Château-Chinon toute proche, devenu président de la République. Lors d’une visite sur le mont Beuvray, il décide de soutenir la création d’un grand projet scientifique et culturel autour de Bibracte. Engagé dans la construction de l’Europe, Mitterrand inscrit la France, comme Napoléon III 130 ans avant lui – l’Empereur figure d’ailleurs à Alise-Sainte-Reine en Côte-d’Or, à proximité du site d’Alésia puisque le sculpteur Aimé Millet s’est inspiré de ses traits pour le visage de sa statue géante de Vercingétorix ! – dans les pages d’un « roman national ».  Cela aboutit à l’inauguration, en 1995, du musée de Bibracte et d’un centre européen de recherche archéologique, toujours actif aujourd’hui, qui a non seulement permis de comprendra l’ingéniosité des Éduens et des Gaulois, mais aussi d’identifier d’autres Oppidum en Europe qui ont largement contribué à la compréhension par les savants de la civilisation celte. 

Laboratoire de recherche

Bibracte est un pôle scientifique et patrimonial européen majeur, accueillant chaque année près de 800 chercheurs et étudiants. Depuis 40 ans, les fouilles archéologiques se poursuivent sans interruption selon des plans validés scientifiquement, permettant d’enrichir un musée qui reçoit environ 50.000 visiteurs par an et conserve 1.820 objets, dont fibules, monnaies et tessons d’amphores. Les fouilles ont révélé 55 tonnes de fragments d’amphores, 3.700 pièces de monnaie et 800 fibules, essentielles pour la datation. Le site dispose aussi de neuf téraoctets d’archives numériques, 800 publications, 140.000 photos, des laboratoires, des espaces de conservation et une bibliothèque de 20.000 volumes, l’une des plus riches d’Europe en protohistoire. Pour faciliter la compréhension du site, Bibracte mise sur la médiation avec 470.000 participants à des visites et ateliers en 30 ans. Face au changement climatique menaçant la forêt du Morvan, un laboratoire environnemental étudie également les écosystèmes, dans le cadre de la labellisation « Grand Site de France » pour une gestion durable du patrimoine naturel.

Bibracte s’impose aussi comme un modèle de « slow tourisme » attractif, mêlant patrimoine, nature et archéologie. Le site emploie une quarantaine de permanents et une vingtaine de guides saisonniers, et continue d’attirer des talents du monde entier passionnés par l’archéologie. Son budget de fonctionnement, de 5,5 M€ par an, repose majoritairement sur l’État (2,4 M€), avec des contributions de la région Bourgogne-Franche-Comté (145.000 €) et des départements de la Nièvre et de Saône-et-Loire (100.000 € chacun). 

Une plongée chez les Gaulois

Outre les vestiges de la ville (dont on estime que 10% ont été découverts) : remparts, rues, habitations et ateliers artisanaux reconstitués, le musée présente, à travers des objets issus des fouilles, des maquettes, des reconstitutions et des supports audiovisuels, l’artisanat, l’agriculture, le commerce, ainsi que la religion, l’art et la culture des Gaulois. Il met en lumière une civilisation bien plus raffinée que l’image « barbare » souvent véhiculée par Jules César. Le site comprend également des espaces d’expositions temporaires, une boutique-librairie, ainsi qu’un restaurant, Le Chaudron, proposant une cuisine inspirée des traditions gauloises.

Antoine Gavory (Journal du Palais), membre du Réso Hebdo Eco


Un portrait de Stendhal signé Eduardo Arroyo discrètement conservé à Grenoble

À l’arrêt depuis décembre 2022, l’authentique locomotive Mallet 403 mise en service pour la 1re fois en 1903 a officiellement repris du service mardi 1er juillet sur la ligne du Chemin de fer du Vivarais. Les touristes peuvent donc à nouveau vivre l’expérience unique d’un voyage à vapeur à travers les paysages spectaculaires des Gorges du Doux, à bord d’un train tractée par une machine classée monument historique. 

Mardi 1er juillet dernier. 12h00 tout pile. Comme prévu. Comme vendu. Après de très long mois d’attente et une restauration minutieuse de la plupart de ses organes vitaux à commencer par sa chaudière tubulaire sortie tout droit de l’imagination d’un certain Marc Seguin à la fin des années 1820, la locomotive Mallet 403 entre sous un soleil écrasant en gare de Lamastre dans un petit panache de fumée. 

Mise en service pour la 1re fois en 1903, la vénérable grand-mère n’a pas fait ce voyage seule puisqu’elle a parcouru en un peu plus d’une heure et demi les 28 kilomètres qui séparent la gare d’arrivée de son point de départ (Saint-Jean-de-Muzols) avec 5 wagons attelés à ses basques dont un dédié uniquement au transport des vélos, ce qui représente tout de même un ensemble de près de 200 tonnes. 

Perpétuer le train de l’histoire à travers le temps et l’Ardèche

Sans doute ne le savaient-ils pas au moment d’embarquer mais les déjà très nombreux touristes qui ont décidé ce jour-là de découvrir les Gorges du Doux à bord du petit Train de l’Ardèche viennent de vivre un moment historique. Totalement muette depuis décembre 2022, la Mallet 403 vient en effet de retrouver de la voix et par la même occasion, de renouer avec sa vocation originelle : assurer une desserte du plateau ardéchois depuis la vallée du Rhône. « La locomotive Mallet 403 incarne plus qu’un patrimoine technique. Elle est le témoin d’un siècle d’histoire ferroviaire ardéchoise. Sa remise en route moyennant un investissement de 287 000€ illustre l’engagement de la société Train de Ardèche en faveur de la préservation et de la transmission de ce riche héritage », a rappelé Kléber Rossillon qui exploite le site et donc le matériel roulant depuis 2013. Tout commence en réalité en 1886 quand est signée la déclaration d’utilité publique autorisant la création d’une ligne ferroviaire entre Tournon et Lamastre. L’exploitation en sera confiée à la société CFD (Compagnie des Chemins de Fer Départementaux) créée, elle, en 1881. Cinq ans de travaux mobilisant près de 1 000 ouvriers seront nécessaires pour poser les 28 premiers kilomètres de voies à flanc de montagne mais aussi pour construire 9 kilomètres linéaires de murs de soutènement, huit viaducs et un tunnel, le tout bien sur à la seule force des bras. Inaugurée en 1891, la ligne qui connait un franc succès – notamment parce qu’elle est utilisée pour transporter du public mais aussi des marchandises comme du bois ou bien encore du bétail- sera prolongée quelques années plus tard jusqu’au Puy-en-Velais (Préfecture du département voisin de la Haute-Loire) et desservira au passage les villes du Cheylard, de Saint Agrève et d’Yssingeaux, ce qui représente 200 kilomètres. Le trafic de passagers et le volume de fret ne cessant d’augmenter et les distances de se rallonger, l’utilisation de nouvelles motrices , à la fois plus puissantes (400CV) et plus maniables car articulées, s’impose. C’est dans ces conditions que vont être déployées une quinzaine de locomotive Mallet telles que la 403 (l’une des toutes dernières encore en vie), spécialement construites en Suisse pour le Chemin de fer du Vivarais. Le développement du réseau routier va progressivement sonner le glas de l’activité ferroviaire en Vivarais à la fin des années Soixante telle qu’on la connaissait jusqu’alors. Sous l’égide d’une association, l’exploitation de la ligne et du matériel va progressivement reprendre jusqu’en 2008 avant d’être confiée à un acteur privé, qui, accompagné de ses 25 collaborateurs, gère depuis l’activité avec un certain…entrain. Informations complémentaires et achat des billets sur les sites : www.trainardeche.fr ou www.velorailardeche.com

Un train d’activités pour rester sur les bons rails

Sélectionné en 2011 parmi plusieurs candidats pour assurer la relance de l’activité, le groupe Kléber Rossillon (également gestionnaire sur notre territoire de la Grotte Chauvet 2 et de la Tour de Crest est-il bon de rappeler) a développé de nombreux produits autour du « Mastrou » et cela, même si les paysages traversés et les communes desservies valent, à eux seuls, de vivre l’expérience. 

Le monde du cinéma ne s’y est d’ailleurs pas trompé. À l’image de François Truffaut, Bertrand Tavernier, Jean Becker et Josée Dayan, notamment, nombreux sont les metteurs en scène à avoir choisi, sur les conseils de leur chef-décorateur, d’y planter leur caméras pour y tourner quelques scènes. Des longs métrages comme Le Juge et l’assassin, Les enfants du marais, Knock, Arsène Lupin, Les Cracks ou bien encore Verlaine et Rimbaud comportent plusieurs scènes tournées ici. Emprunter le Train de l’Ardèche et parcourir la vallée du Doux permet aux visiteurs  d’inscrire leurs pas dans ceux de Bourvil, Michel Galabru, Benoît Magimel, Omar Sy, Romain Duris, Kristin Scott-Thomas, André Dussolier, Jacques Villeret, Michel Serrault, Jacques Gamblin ou bien encore Jean Rochefort mais pas que.    

Terminus de la ligne du Chemin de fer du Vivarais, la Gare de Lamastre héberge également l’office du Tourisme. DR

En plus d’accueillir régulièrement  des équipes de tournage, plusieurs voyages thématiques (et gustatifs pour certains) ont ainsi été mis en place à destination des touristes par le gestionnaire du site. Citons le train de la bière axé sur la zytologie, le train du sommelier (événement labellisé Vignes et Découvertes animé par un œnologue ), le train western qui permet de redécouvrir ce que fut la conquête de l’Ouest au temps des cow-boys et des indiens ou bien encore le train Fantôme avec son énigme à résoudre sans oublier le train des lumières destinés aux amateurs de coucher de soleil et le  train des fêtes, spécialement illuminé, qui circule, lui,  uniquement en période de Noël. Les amateurs de petite-reine peuvent eux utiliser le cyclo-train et partir ainsi à la découverte de l’Ardèche depuis Lamastre protégés des gaz d’échappement en utilisant pour cela les anciennes lignes désaffectées reconverties depuis en voie douce comme par exemple la dolce via. La pratique du vélo-rail est  en effet également proposée. Les visiteurs prennent place à bord de vélorails à l’aspect rétro spécialement conçus et réalisés par un artisan local. 5 personnes peuvent prendre place à bord de ces engins adaptés aux enfants de moins de 4 ans. La montée jusqu’au village de Boucieu-le-roi (village de caractère qui tire son nom de son illustre fondateur, Philippe le Bel) s’effectue à bords d’autorails restaurés. Plusieurs parcours permettent ensuite de découvrir les richesses naturelles et architecturales de la vallée du Doux , trait d’union entre la Vallée du  Rhône et le Massif central avec de surprises à chaque virage.

Frédéric Rolland (Echo Drôme-Ardèche), membre du Réso Hebdo Eco


Un portrait de Stendhal signé Eduardo Arroyo discrètement conservé à Grenoble

Il est une localité en Savoie où le temps s’écoule à flux et à reflux, entre la grande et la petite histoire. La commune de Chanaz, dont le patrimoine immobilier s’agglutine aux pieds de la chaîne de l’Épine, se distingue par ses multiples charmes passés, présents et singuliers à souhait.

Chanaz. Première escale touristique de Savoie. Son centre historique contemple les eaux altières du canal de Savières, qui serpente à quelques mètres des façades. Gorgée d’eau en amont et en aval de son territoire, mais aussi d’est en ouest, la cité chautagnarde a gagné le surnom de Petite Venise de Savoie, allant jusqu’à assumer son rôle en organisant sa propre parade vénitienne au mois de mai.

Bucolique, la « commune rurale à habitat dispersé », selon le classement Insee 2024, capitalise sur ses atouts naturels : un décor de carte postale et une histoire royale, adossée à celle de la Maison de Savoie. Contemporaine surtout, par sa capacité d’accueil et le concentré de culture et de loisirs dont elle a su se parer.

Aussi, sa géographie et ses rues sont quadrillées par une foule de 300 000 visiteurs chaque année, sous le regard indulgent des six cents habitants permanents. Altitude, 250 mètres. Il faut grimper pour gagner le droit, par paliers successifs, de surplomber le panorama. Près de 60 % de forêts s’étendent au loin ; environ 9 % d’étendues d’eaux continentales et 20 % de terres agricoles dont les récoltes nourrissent un artisanat de bouche mis à l’honneur dans les boutiques du village…

Chanaz, en Savoie, surnommée la Petite Venise, ne compte pas uniquement sur son paysage de carte postale : elle a développé de nombreuses activités culturelles et sportives. ©Leïla Oufkir

Une forte valeur patrimoniale

Au milieu des compositions florales à profusion, un bouquet d’édifices à forte valeur patrimoniale. À commencer par celui qui aujourd’hui, abrite la mairie : la Maison de Boigne ou « Grand’maison ». Cette demeure est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1980. Bâtie au XIIIe siècle, comme en atteste une porte en tiers-point du rez-de-chaussée, elle a appartenu à la Maison de Savoie jusqu’au XVIe siècle. Elle passera ensuite de mains nobles en mains de maîtres jusqu’au comte de Boigne qui en délégua la gestion à son régisseur Jean Antoine Curtillet. La famille de ce dernier finit par acquérir la Grand’maison en 1889. Il faut attendre 1969 pour que la bâtisse devienne propriété de la commune.

Non loin de là, l’ancienne chapelle de la Miséricorde, de style gothique flamboyant du XVIe siècle, héberge depuis 2001, le musée des potiers gallo-romains de Portout. Dans cette petite localité, à 3 km en aval de Chanaz, des potiers s’étaient établis pour faire commerce de leurs céramiques jusqu’en Afrique depuis La Savière, ancienne rivière naturelle devenue canal de navigation après avoir été domptée par l’homo économicus.

Il se pratiquait, en son temps, un droit de pontonage : pas moins de quatre péages assuraient des revenus confortables à la châtellenie des comtes de Savoie.

Un fleuve à double sens

Un phénomène naturel rare auréole de mystère le canal de Savières. Tout comme le temps s’écoule sans emprise sur Chanaz, le courant peut inverser sa course au gré des intempéries. Le canal prend sa source au lac du Bourget pour se jeter dans le Rhône : il arrive que son débit reflue lorsque ce dernier entre en crue. Une écluse, construite au XIXe siècle et le barrage de Lavours, canalisent ce jeu de balancier et facilitent la navigation.

Cet héritage qui fonde Chanaz, auquel s’ajoutent le moulin à eau (lire encadré), l’ancien fort, le four à pain et l’église Sainte-Appolonie, lui vaut d’être labellisée Petite cité de caractère… Il en faut, du tempérament, pour apprivoiser les éléments et en extraire une identité forte. Cette identité s’exprime jusque dans les commerces, ambassadeurs d’une agriculture et d’un artisanat local marqué…

La Sale Gosse, péniche rouge vif fabriquée en Bretagne (300 000 € d’investissement) et amarrée depuis 2021 à Chanaz, se visite comme un sanctuaire dédié à l’abeille et au miel, où trône une authentique ruche en activité. Autre concept original situé au cœur du village, dans une cave restaurée du XVe siècle : la boutique Terroir café. Sur ses étagères, Didier Cornetti étale des cafés verts de gamme supérieure qu’il a torréfiés et conditionnés dans son unité de production à Grésy-sur-Aix (1,2 M€ de CA).

La Sale Gosse a accosté à Chanaz en 2021 : la péniche écarlate fait la part belle aux miels locaux sous toutes leurs formes, jusqu’aux cosmétiques et soins naturels. ©Leïla Oufkir

Dans un autre registre, les hébergements écologiques sur pilotis du camping municipal Les Îlots de Chanaz ajoutent du pittoresque au tableau. De là, l’accès est direct vers un éventail très large d’activités pédestres, cyclistes – sur la ViaRhôna – et aquatiques… Enfin, les croisières en bateau-mouche, commentées ou à thèmes, remontent les aiguilles du temps, l’espace d’une ou deux heures de flottaison mémorable.

Classé aux Bâtiments de France, il a connu trois mouliniers locataires depuis sa restauration. Aujourd’hui, Sébastien Milley travaille sur site avec son épouse de mars à novembre. « J’écrase 8 tonnes de noix et 7 tonnes de noisettes chaque année », lance le gérant, très démonstratif devant un public conquis. « Notre huile de noix pressée à froid contient une grande quantité d’oméga 3. Quant à l’huile de noisette, elle est très rare. Nous ne sommes pas nombreux à posséder ce savoir-faire », vante-t-il. Les résidus de sa production servent à préparer des farines sans gluten, de la bière, une moutarde miel noisette et des confitures. Autant de copeaux de Chanaz à emporter chez soi…

Photo : ©Leïla Oufkir

Leïla Oufkir (Eco Savoie Mont Blanc), membre du Réso Hebdo Eco


Un portrait de Stendhal signé Eduardo Arroyo discrètement conservé à Grenoble

Avec l’été vient l’envie de parcourir le vignoble bordelais. Cette balade bucolique est l’occasion de découvrir des expositions dans lesquelles art et vignoble dialoguent dans les chais ou les jardins des châteaux, mettant en valeur des artistes régionaux comme internationaux.

Expressions du réel

C’est un artiste bordelais qui fait l’actualité au château Desmirail. Sébastien Mahon expose 5 toiles grands formats. « C’est un panel de mon travail », explique-t-il. L’artiste a vécu pendant 10 ans en Chine, c’est là qu’il s’est « déconstruit » selon ses termes, et fait évoluer sa peinture. Sébastien Mahon puise son inspiration dans la nature, les paysages et l’énergie des éléments, mêlant subtilement héritage occidental et inspirations orientales. Ses représentations d’arbres et de forêts sont lumineuses et intenses. Elles sont à la fois poétiques et réfléchies. « Ce sont des expressions du réel qui s’enchevêtrent avec ma propre réflexion, souligne Sébastien Mahon, le sujet végétal est très intéressant pour ouvrir ce dialogue-là. » L’artiste travaille très longtemps ses toiles avant de les proposer au public. « Il y a une résonnance entre la nature, la culture et les chais dans lesquels ils sont exposés », remarque-t-il.

Les représentations d’arbres et de forêts de Sébastien Mahon sont lumineuses et intenses. ©Sébastien Mahon

Espace indéfini

Dans les chais du château Lynch-Bages, c’est le peintre et graveur français Marc Desgrandchamps (originaire de Sallanches) qui est à l’honneur. Son œuvre, caractérisée par une approche singulière, lui a valu une reconnaissance internationale dans le milieu de l’art. L’artiste joue sur les notions d’opacité, de transparence et de surimpression. Dans sa peinture figurative, la perspective se tord, et dans l’espace indéfini, des anomalies surgissent : corps morcelés et autres objets fantomatiques. Dans les constantes de ses tableaux, on retrouve l’omniprésence du ciel bleu et des corps féminins, en particulier des baigneuses. Le Château Bellefont-Belcier dédie lui une exposition hommage à l’artiste Michel Pourteyron. Ce peintre expressionniste en quête de lumière avait commencé à créer à Marseille où il a passé 20 ans de sa vie avant de revenir dans sa ville natale de Castillon-la-Bataille, où il est décédé en 2011. Une trentaine de ses œuvres, allant de 1996 à 2008, sont à découvrir dans le cuvier du château.

Hors les murs

Les œuvres passent parfois les portes du château et se confondent avec le domaine. C’est le cas avec cette nouvelle édition des Flâneries de Beychevelle. Dans le parc du château médocain, une œuvre monumentale de 4 mètres 50 de l’artiste plasticien Mier Soleilhavoup est à découvrir. Sculptée dans un frêne du domaine, cette création vivante en bois scrute l’horizon, traînant derrière elle une barque faite de sarments, d’écorces et de piquets de vigne. Ce géant de bois personnifie la nature dans force et son immensité. « Je suis tombé dans l’art un jour de grand vent, explique Mier Soleilhavoup. Le bois, les fibres, les impulsions… Je compose avec ce que la nature abandonne pour révéler ce qu’elle murmure encore. » 

Sculptée dans un frêne du domaine de Beychevelle, cette création vivante en bois de Mier Soleilhavoup scrute l’horizon. DR

Le Carrosse

Autre œuvre monumentale, « Le Carrosse » de Xavier Veilhan montera la garde dans la cour du Château Cadillac jusqu’au 2 novembre prochain dans le cadre du programme « Bien venus » imaginé par le centre des monuments nationaux avec le centre national des arts plastiques. Présenté pour la première fois en 2009 dans la cour du Château de Versailles, l’artiste propose la relecture de l’un des carrosses de Louis XIV. La sculpture évoque un attelage tiré par 6 chevaux lancés à pleine vitesse. Réalisé en premier lieu à partir d’un travail de dessin numérique, il constitue l’irruption d’une image immatérielle dans l’espace réel. Cette sculpture de couleur pourpre n’est pas sans rappeler celle du lion bleu de la place Stalingrad à Bordeaux, réalisé par le même artiste.

Présenté pour la première fois en 2009 dans la cour du Château de Versailles, le Carrosse est une sculpture de l’artiste Xavier Veilhan. ©Florian Kleinfenn – Veilhan /ADAGP, Paris, 2025.

Nathalie Vallez (Echos Judiciaires Girondins), membre du Réso Hebdo Eco


Un portrait de Stendhal signé Eduardo Arroyo discrètement conservé à Grenoble

Sous l’impulsion du groupe Mando Hospitality, et en collaboration avec l’Agence A+Architecture, l’ancienne prison de Béziers a été transformée en un hôtel trois étoiles.

Réinventer le bâtiment sans oublier son passé

Après 18 mois de travaux et 5 ans de réflexion, l’Hôtel La Prison à Béziers a ouvert ses portes le 1er juin 2023. Surnommée par les Biterrois “Le Château”, cette ancienne geôle fonctionnelle de 1867 à 2009 – désaffectée après l’ouverture d’un autre site pénitentiaire, a été réhabilitée. Avant même de devenir un hôtel insolite, son caractère et son authenticité avaient séduit Roschdy Zem, qui avait choisi cet endroit comme décor pour le tournage de son film Omar m’a tué.

La directrice générale de l’hôtel La Prison Samantha De Castro ©Elodie Greffin

Concernant les travaux, l’hôtel a été confronté à des défis majeurs, notamment en raison de l’environnement contraignant. Les rues très étroites ont rendu impossible l’accès de gros camions. La directrice générale de l’hôtel La Prison Samantha De Castro se souvient : “La Ville a eu la gentillesse de nous prêter une grue pour livrer les matelas et les sommiers. Nous avons également bénéficié du dévouement total d’équipes qui se sont investies pleinement dans le projet, avec un maître d’œuvre passionné, Monsieur Gilles Gal, suivant le projet dans son intégralité.” L’investissement de 8 millions d’euros dans la rénovation de cet établissement a été soutenu par le Fonds Tourisme Occitanie et la BPI.

Une expérience inédite, un caractère unique

Avec une situation idéale à deux pas de la Cathédrale Saint-Nazaire et du jardin des Évêques, l’hôtel La Prison a su conserver l’atmosphère singulière de son passé carcéral, tout en ajoutant la touche d’humour nécessaire pour séjourner derrière ses murs l’esprit léger. Ainsi, dans les 50 chambres et en dehors, des toiles, des tableaux, des tapis, des canapés colorés et des meubles chinés dans toute la France créent une ambiance chaleureuse. Même principe dans les parties communes ! Des pièces d’artistes telles qu’un Alien dans la cour ou les six joueurs de babyfoot géants de Monsieur Pierre Baey ont été intégrées.

L’intérieur de l’Hôtel La Prison ©Elodie Greffin

La qualité se poursuit au restaurant dirigé par Félix Andrieu et chapeauté par le chef Mathieu Bessière, dont la collaboration portée sur les produits locaux et les circuits courts permet la naissance d’une cuisine à la fois simple et raffinée. Un plaisir dans l’assiette, mais aussi pour les yeux, car le Bistro bénéficie d’une vue panoramique à 180 degrés sur la vallée de l’Orb !

Ouvrir la ville au public

Lieu d’hébergement, l’Hôtel La Prison est aussi un moteur d’attractivité pour le patrimoine biterrois. En collaboration avec l’Office du Tourisme, la direction organise des visites guidées axées sur le processus de rénovation du bâtiment ainsi que son histoire. L’hiver dernier, l’hôtel a pris part au festival d’automne, accueillant des musiciens et projetant des tableaux dans l’atrium. Des vernissages fréquents ainsi que des expositions de tableaux ont également eu lieu. Enfin, le site s’inscrit dans l’aménagement d’une nouvelle promenade touristique reliant les écluses de Fonséranes et la Cathédrale de Béziers.

L’art, nouveau gardien des lieux ©Elodie Greffin

Le lieu promet également d’être un acteur dynamique en matière d’événementiel.
Prochainement, une exposition photographique mettant en vedette des artistes tels que Alfons Alt, Elisabeth Daynès et Revilla sera présentée dans le cadre du festival Hors Cadre (10-31 octobre 2024), le premier festival de photographie à Béziers. Une nouvelle collaboration avec le conservatoire de Béziers est prévue pour le festival d’automne, centré sur le thème de la musique gourmande. L’organisation de murder parties et d’escape games, des jeux de rôle en grandeur nature, est également proposée sur demande pour des groupes.

Premier bilan

Après un an d’ouverture, le bilan est extrêmement positif, atteignant l’objectif de la directrice qui était de donner vie à cet endroit. Ce but est maintenant pleinement réalisé, car toutes les pièces du bâtiment sont occupées toute la semaine, attirant des visiteurs locaux et nationaux qui viennent vivre une expérience rare. “L’un des défis que nous avons voulu relever, c’est de faire de cet endroit un lieu accessible à tous. Nous encourageons vivement les Biterrois à s’approprier l’espace, à s’installer et à continuer à le faire vivre“, conclut Samantha De Castro.

par Elodie Greffin / Hérault Juridique et Économique & Hérault Tribune, membre du Réso Hebdo Eco

Vue depuis l’hôtel ©Elodie Greffin

Un portrait de Stendhal signé Eduardo Arroyo discrètement conservé à Grenoble

Il est des itinéraires moins connus qui séduisent randonneurs et pèlerins par leur côté plus confidentiel. C’est le cas, depuis Genève, des Via Gebennensis (GR 65), qui traverse les Pays de Savoie, et Lugdunum, qui transite par l’Ain, pour rejoindre le Puy-en Velay. 

446 000 ? C’est le nombre de pèlerins ayant reçu la Compostela (certificat délivré par le bureau des pèlerinages ) à leur arrivée à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice (au nord-ouest de l’Espagne), en 2023, selon l’association Rhône-Alpes des Amis de Saint-Jacques. Un nombre en pleine expansion : ils étaient seulement 2 900 en 1987, 55 000 en 2000, 100 000 six ans plus tard et 327 400 en 2018, dont 8 800 Français.  

Depuis quelques années, et en particulier depuis la crise sanitaire, l’itinérance a le vent en poupe. La fréquentation grandissante des chemins de Compostelle, que les randonneurs parcourent à pied pour 93 % d’entre eux, en est une parfaite illustration. On croise sur le sentier des hommes, des femmes et des enfants de tous âges et nationalités, seuls, en couple, en famille, entre amis… à la recherche d’une expérience authentique, d’un voyage intérieur, d’une parenthèse hors d’un quotidien envahissant, ou tout simplement de moments de communion avec la nature. 

Si la Via Podiensis, qui part du Puy-en-Velay (Haute-Loire), inscrite pour partie au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1998, est la plus fréquentée des quatre grandes voies françaises* qui convergent vers l’Espagne, il est des itinéraires situés en amont moins connus, qui commencent à séduire les pratiquants en quête de parcours plus confidentiels, à la fréquentation plus modeste.  

Compostelle- le chemin passe par Cerdon dans Ain @HV

En Pays de Savoie, la continuité de la Via Jacobi 

Dans l’est de la France, la Via Gebennensis (GR 65) et la Via Lugdunum, qui, au départ de Genève rejoignent Le Puy-en-Velay, font partie intégrante de ces parcours plus secrets, balisés avec la fameuse coquille jacquaire jaune sur fond carré bleu. Ils traversent notamment la Haute-Savoie et la Savoie pour le premier, ou l’Ain pour le second. 

« La Via Gebennensis s’inscrit dans la continuité de la Via Jacobi qui arrive d’Allemagne et de Suisse », explique Hubert Courtial, fondateur de l’agence Espace Évasion qui propose ce circuit dans son offre de voyages à pied ou à vélo. Un circuit qu’il connaît bien, et pour cause : le chemin traverse le village de Beaumont (Haute-Savoie), siège de son entreprise !  

Sur sa partie en Pays de Savoie, décrit-il, « cet itinéraire est particulièrement varié. Après avoir quitté les bords du Léman, il longe le mont Salève vers le col du mont Sion, avec de belles échappées sur le lac et le Jura. Il traverse des paysages de collines rurales vers Frangy, de vallons agricoles sur les hauteurs de Seyssel, de vignobles vers Jongieux… Il s’attarde aussi en route sur les berges du Rhône et termine sa partie savoyarde par un profil un peu plus montagneux avec le mont Tournier (877 m). Puis il rejoint Saint-Genis-sur-Guiers, célèbre pour sa brioche aux pralines, avant de basculer en Isère puis dans la Loire et d’atteindre la capitale du Velay. »  

Ce bel itinéraire s’étire sur 115 km environ, pour 2 300 m de dénivelés positifs cumulés sur cette partie savoyarde, et rappelle à Hubert Courtial  les « chemins noirs » de Sylvain Tesson, par le côté méconnu des sentiers empruntés. 

Ain : un parcours restauré en 2014 

Au départ de Genève, un parcours a également été restauré, il y a dix ans, dans l’Ain, par l’association Rhône-Alpes des Amis de Saint-Jacques : « Cette première partie de la Via Lugdunum  s’inspire d’un ancien itinéraire jacquaire attesté dans le manuscrit compostellan du XIIe siècle, le Codex Callixtinus », explique la structure dans le guide pratique consacré à cette voie. 

Plus sauvage encore que la précédente, et non classée “chemin de grande randonnée”, elle traverse ce département sur 167 km, moyennant environ 2500 mètres de dénivelé positif cumulé (le principal étant concentré sur le début du parcours, entre Genève et Nantua).  L’occasion de découvrir, au passage, les paysages de moyenne montagne du Jura Sud, la cluse de Nantua et son lac, les vignobles et collines escarpées de Cerdon, la vallée de l’Ain, la côtière du Rhône, le village médiéval de Pérouges…  avant de rallier Lyon puis Le Puy-en-Velay via les monts du Lyonnais et du Forez.  

Ces deux itinéraires millénaires chargés d’histoire et de spiritualité permettent ainsi aux pèlerins comme aux randonneurs de sortir des sentiers (jacquaires) battus. Depuis le début de cette année, la via Gebennensis fait d’ailleurs partie des  trois chemins de grande randonnée de Saint-Jacques-de-Compostelle situés en Auvergne-Rhône-Alpes, en amont du Puy-en-Velay, valorisés dans le cadre du plan tourisme régional, avec Cluny-Le Puy (GR ® 765) et Lyon-Le Puy (GR ® 765).  

*  Au départ de Tours, Vézelay (en passant par Limoges), Le Puy-en-Velay et Arles (en passant par Toulouse). 

 En savoir + 

Association Rhône-Alpes des Amis de Saint-Jacques : 
www.amis-st-jacques.org 

Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme : 
www.auvergnerhonealpes-tourisme.com 

par Hélène Vermare, Groupe Ecomédia membre du Réso Hebdo Eco


Un portrait de Stendhal signé Eduardo Arroyo discrètement conservé à Grenoble

Attraction touristique majeure du Pays basque, le petit train de la Rhune fête cette année son centenaire avec l’objectif de mieux gérer son affluence, conséquence de son succès. La voie ferrée du petit train de la Rhune a été entièrement remplacée en 2023.

Ce petit train est emblématique voire mythique : tout le monde ou presque en a entendu parler ou l’a emprunté. C’est en 1924 que la Rhune se pare de celui que l’on a longtemps appelé, le « petit train ». Un train à crémaillère qui a résisté au temps, aux conflits, aux révolutions technologiques et continue d’offrir un voyage où le temps s’arrête lors d’une ascension qui laisse la place à la découverte du monde de la Rhune.

35 minutes d’ascension
Du col de Saint-Ignace à 169 mètres d’altitude, dans la commune de Sare, jusqu’au sommet du massif de la Rhune surplombant le Pays basque à 905 mètres d’altitude, la montée en petit train s’effectue en 35 minutes. La balade est paisible, on y croise des pottoks, ces fameux petits chevaux basques, mais aussi des manechs, les brebis à tête rousse ou noire également typiques du Pays basque, ainsi que des vautours planant dans le ciel. Depuis le sommet de la Rhune, dernière crête des Pyrénées avant le littoral atlantique, le panorama à 360° est époustouflant.

Tourisme séculaire
En juillet et en août, quinze départs sont programmés tous les jours contre onze en basse saison. Le tarif est de 22 euros pour un adulte et 15 pour un enfant. Une fois au sommet, on dispose d’une heure et vingt minutes pour se restaurer dans l’un des trois restaurants (appelés Venta en Espagne) commercialisant aussi des souvenirs. Depuis que l’impératrice Eugénie en entreprit l’ascension avec une partie de sa cour en 1859, l’excursion sur la Rhune est devenue une incontournable attraction touristique. En 1908 est née l’idée de construire un chemin de fer dont les travaux commencèrent en 1912 mais la première guerre mondiale retarda le chantier et le petit train de la Rhune fut finalement inauguré en 1924.

©Train de la Rhune

Train à crémaillère
L’originalité de cet ouvrage est d’être un train à crémaillère. Deux roues dentées propulsées par un moteur électrique s’encastrent dans un rail central. Elles assurent au petit train de la Rhune une vitesse maximale de 9 km/h et lui fournissent la puissance nécessaire pour gravir le massif de la Rhune dont la déclivité la plus importante sur la voie ferrée se situe entre 22 et 25 %. Le petit train de la Rhune est l’un des quatre derniers trains à crémaillère encore en service en France. Les rames comportent une motrice et deux voitures voyageurs. Située à l’arrière, la motrice pousse les wagons en montée et les retient en descente.

Patrimoine industriel
Si depuis 1924, le même matériel est utilisé, il est régulièrement entretenu, restauré ou reproduit à l’identique pour certaines pièces. Construites par les établissements Soulé de Bagnères-de-Bigorre, les voitures en bois utilisent du châtaigner de l’Ariège pour les lambris, du sapin des Pyrénées sur le toit, du pin des Landes sur le plancher et un bois exotique, l’Iroko, pour la plateforme. Employant une soixantaine de personnes dont une vingtaine de permanents, le petit train de la Rhune génère jusqu’à 6 millions d’euros de recettes.

Une nouvelle voie ferrée
En 2023, il aura fallu neuf mois pour remplacer les 4,2 km de voie ferrée du petit train de la Rhune. D’un budget de 26,6 millions d’euros financé à 80 % par le Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, les travaux ont consisté à remplacer l’intégralité de la voie : rails, traverses, crémaillère, aiguillages et ballast. « C’est un chantier assez exceptionnel car c’est un chantier de montagne auquel on accède par la voie », précise Arnaud Libilbehety, directeur général de l’Etablissement public des stations d’altitude (EPSA) exploitant le petit train de la Rhune et les stations de ski de Gourette et La Pierre Saint-Martin.

En juillet et en août, 15 départs sont programmés tous les jours contre 11 en basse saison.

Une expo pour les 100 ans
L’exposition « 1924-2024 : le train de la Rhune, un siècle d’ascension » retrace tout l’été et ce jusqu’au 3 novembre, au col de Saint-Ignace, l’aventure de ce mythique train touristique. Des photographies, cartes postales, témoignages et autres objets issus des fonds d’archives départementaux, communaux mais aussi de particuliers s’entremêlent pour raconter ce siècle en plusieurs tableaux.

par Vincent BIARD, des Echos Judiciaires Girondins membre du Réso Hebdo Eco

https://www.echodumardi.com/tag/un-ete-en-france/   1/1