18 mai 2026 |

Ecrit par le 18 mai 2026

L’Ouvrage ‘C’est pas bien ! ’ Dire pour protéger

Parler d’intimité aux enfants pour mieux prévenir les violences sexuelles : tel est l’objet de ‘C’est pas bien !’, un ouvrage coécrit par la psychothérapeute et autrice Anne-Marie Martin et la psychologue Audrey Bertrand, illustré par Astrid Jourdan. Pensé comme un outil pédagogique accessible, destiné aux enfants, aux parents, aux enseignants et aux professionnels qui gravitent autour de l’enfance, l’ouvrage s’attache à clarifier, dès le plus jeune âge, la frontière entre gestes autorisés et interdits, dans une démarche de prévention de plus en plus demandée en France.  

La prévention des violences sexuelles passe d’abord par un apprentissage fondamental : savoir nommer, comprendre, distinguer. Avec ‘C’est pas bien !’, ses autrices s’inscrivent dans cette exigence de clarté. L’ouvrage propose aux enfants un cadre simple mais structurant : identifier ce qui relève du respect du corps et ce qui constitue une transgression.

Mettre des mots sur l’indicible
C’est toute une culture du silence que le livre cherche à fissurer. Car, selon les données de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), près d’un enfant sur cinq en France serait confronté à des violences sexuelles avant l’âge de 18 ans. Dans la majorité des cas, l’agresseur appartient à l’entourage proche, ce qui rend la parole d’autant plus difficile.

Une pédagogie de la limite
L’ambition du livre tient dans sa simplicité assumée : expliquer sans effrayer, prévenir sans culpabiliser. À travers des situations concrètes et des illustrations pensées pour favoriser l’identification, ‘C’est pas bien !’ aide l’enfant à intégrer une notion essentielle : celle du consentement et du respect de son intimité.

Sensibilisation précoce
Cette approche s’inscrit dans un mouvement plus large de sensibilisation précoce, recommandé par de nombreux professionnels de l’enfance. Les travaux de Santé publique France comme ceux de l’Éducation nationale soulignent l’importance d’une éducation à la vie affective et relationnelle dès le primaire, non comme un ajout, mais comme un socle de protection.

Le rôle clé des adultes et des professionnels de l’enfance
Si le livre s’adresse aux enfants, il interpelle tout autant les adultes. Parents, enseignants, éducateurs : tous sont invités à ouvrir le dialogue, à accueillir la parole, à ne pas éluder les questions sensibles. L’enjeu ? Permettre à l’enfant de reconnaître une situation anormale et lui donner la légitimité d’en parler. Dans ce contexte, les outils pédagogiques comme ‘C’est pas bien !’prennent une valeur particulière. Ils offrent un support neutre, dédramatisé, qui facilite l’échange et désamorce les tabous.

Copyright Astrid Jourdan

Illustrer pour mieux comprendre
Le choix d’un travail illustratif confié à Astrid Jourdan participe de cette démarche. L’image, ici, n’est pas décorative mais un langage à part entière. Elle permet d’aborder des sujets complexes avec douceur, tout en maintenant une exigence de précision.

Un enjeu de santé publique
‘C’est pas bien !’ rappelle que la protection de l’enfance est un enjeu sociétal collectif qui dépasse le cadre privé. Chaque outil, chaque parole, chaque livre participe à construire de futurs adultes plus conscients de leur valeur, co-créateurs d’un monde où le discernement est essentiel dans nos sociétés en perpétuelle transformation. ‘C’est pas bien !’ apprend aux enfants que leur corps leur appartient et qu’ils ont, au même titre que les grands, le droit d’être respectés et surtout, protégés. 

Les autrices
Anne-Marie MARTIN est psychothérapeute, sophro-analyste des mémoires prénatales. Elle est également praticienne en constellations familiales et a été formée à différents soins énergétiques pour la déprogrammation des mémoires cellulaires. En parallèle, Anne-Marie Martin s’est formée auprès de Stop aux Violences Sexuelles, association créée en 2013 pour sensibiliser à l’importance de la prévention des violences sexuelles. Cette structure organise des formations et des ateliers thérapeutiques d’escrime. Anne-Marie Martin vit à Villeneuve-lez-Avignon.

Audrey BERTRAND est psychologue et autrice. Elle travaille dans l’Éducation nationale depuis 2015. Elle est confrontée dans son activité professionnelle à la parole d’enfants qui vivent des situations difficiles et qui se livrent à un adulte à un moment dans leur parcours scolaire. L’Éducation nationale signale un certain nombre de situations d’incestes et de faits de violences subies par des enfants d’âge scolaire. La prévention est un levier primordial pour lutter contre ces violences faites aux enfants. C’est en informant sur les interdits et les tabous que les enfants pourront discerner ce qui est autorisé de ce qui ne l’est pas. Car si un enfant ne connaît pas ses droits, il ne peut ni contester ni parler. Audrey Bertrand a également écrit un livre sur le thème du harcèlement scolaire « Je me fais embêter » aux éditions le Lys bleu, livre destiné aux enfants de 3 à 7 ans. Contact : @audrey_bertrand_flpa.

L’illustratrice, Astrid JOURDAN est directrice artistique, graphiste, designer et illustratrice. Après vingt ans passés à Paris, où elle façonne images et objets en agence puis au sein de sa marque de mobilier pour enfants, elle retrouve son Sud natal, guidée par la lumière et l’envie de créer autrement. Là, elle fonde son agence de communication Jourdan Création et laisse grandir en parallèle son univers d’illustratrice sous le nom @jaj_illustrations, où se mêlent douceur, couleurs et récits sensibles.

En résumé
Ce livre s’adresse aux enfants d’âge primaire, du CP au CM2. Il aborde les violences sexuelles faites aux enfants en traitant les notions d’intimité, de respect du corps, de secrets et du consentement. Les autrices proposent d’utiliser cet ouvrage en co-lecture avec l’enfant. Neuf histoires illustrées permettent de traiter différentes problématiques en abordant les notions de limites et d’interdits posés et expliqués aux enfants à l’issue de chaque histoire. Le sujet est évoqué en douceur avec l’objectif de ne pas heurter l’enfant et de ne pas générer d’angoisses.L’objectif est avant tout d’informer afin de prévenir en expliquant à l’enfant ce qui est toléré de ce qui ne l’est pas concernant son corps. Il s’agit également de leur apprendre à en parler et à demander de l’aide.
À la fin de l’ouvrage des recommandations et des conseils sont proposés aux adultes.

Les infos pratiques
‘C’est pas bien’, parler d’intimité aux enfants. Prévenir les abus sexuels. 9 histoires pour comprendre les limites. Autrices : Anne-Marie Martin et Audrey Bertrand. Illustratrice : Astrid Jourdan. 14€. Achat ici.
Mireille Hurlin

Copyright Astrid Jourdan

L’Ouvrage ‘C’est pas bien ! ’ Dire pour protéger

L’association Isofaculté va pouvoir accompagner 30 femmes supplémentaires en situation de violences conjugales. Une initiative rendue possible grâce à Gisèle Pelicot qui a obtenu de Paris Match le versement d’un don de 20 000€ au profit de l’association mazanaise. De quoi doubler le volume d’activité de ce programme de reconstruction ayant déjà permis de soutenir près de 80 femmes depuis 2022.

Le programme de reconstruction par l’équihomologie (à l’aide de chevaux) des femmes victimes de violences de l’association sportive et d’action sociale Isofacultéa démarré à Mazan en septembre 2022. Depuis, il a déjà permis d’accompagner près de 80 femmes à travers des séances individuelles, en groupe et avec les enfants, ainsi que par des formations et des bilans de compétences.
« Apprendre à dire non, renforcer son estime de soi, mieux gérer son stress et ses émotions, améliorer sa condition physique, se re-sociabiliser, reprendre suffisamment confiance pour passer son permis ou retrouver un emploi… les bénéfices constatés pour les femmes accompagnées sont nombreux et très concrets », témoigne Chloé Sarra, nouvelle directrice d’Isofaculté.

Accompagnement de femmes lors d’un atelier d’équihomologie. Crédit : Isofaculté/DR

Une mobilisation comme une évidence
Violée par une cinquantaine d’inconnus après avoir été droguée par son mari, Gisèle Pelicot va refuser que son procès, dit ‘l’affaire des viols de Mazan’, ne soit jugé à huis-clos. Ouvert au public et à la presse du monde entier, ce procès qui s’est tenu pendant plus de 3 mois fin 2024 au tribunal d’Avignon va devenir un symbole de la lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes.
Implantée à Mazan et œuvrant déjà dans l’accompagnement des femmes victimes de violences, c’est donc tout naturellement qu’Isofaculté s’est mobilisée durant ce procès. En organisant notamment une marche blanche de soutien à Gisèle Pelicot en octobre dernier ou bien encore en proposant  une rencontre-débat autour des violences faites aux femmes en novembre 2024.
Une mobilisation à laquelle n’a pas été insensible, Gisèle Pelicot qui n’a pas hésité à venir rencontrer les participantes du programme d’Isofaculté lors d’une visite surprise après la marche blanche de solidarité.

« Elle a été une vraie source d’inspiration. »

Chloé Sarra, directrice d’Isofaculté

« Elle a été une vraie source d’inspiration pour certaines d’entre elles et leurs démarches respectives se font pleinement échos : ne pas rester cachée, témoigner des violences que l’on a subie pour mieux les dépasser et pour que la honte change de camp. Cela fait partie intégrante de leur processus de reconstruction », confie Chloé Sarra qui insiste pour dire à quel point le geste de Gisèle Pelicot les a touchées.

Un soutien qui ne s’arrête pas là puisque Gisèle Pelicot vient d’obtenir 40 000€ de dédommagement de la part de Paris Match pour une série de sept clichés volés de cette dernière. Suite à un accord amiable moral avec le magazine pour atteinte à la vie privée, cette somme sera donc répartie équitablement au profit de deux associations accompagnant des victimes de violences : Isofaculté et Womensafe & Children, un réseau français d’associations spécialisé dans la prise en charge et l’accompagnement des femmes, des enfants, des adolescents et des victimes de toute forme de violences.

« Tous les membres de l’association sont très reconnaissants à Gisèle Pelicot pour son geste. »

Ludovic Arnaud, président d’Isofaculté

« Tous les membres de l’association sont très reconnaissants à Gisèle Pelicot pour son geste, insiste Ludovic Arnaud, président d’Isofaculté. Nous sommes nous-même pleinement solidaires des valeurs qu’elle défend et du combat qu’elle a tenu à mener au cours des derniers mois au-delà de son épreuve personnelle pour toutes les femmes victimes de violences. »

Cœur en bois hommage à Gisèle Pélicot inauguré à Mazan le 5 octobre 2024 lors de la marche de solidarité. Crédit : Isofaculté/DR

Le nombre de participantes va doubler
Très concrètement le don initié par Gisèle Pelicot permettra d’accueillir 30 femmes supplémentaires dans ce programme de reconstruction par la médiation équine. C’est le double par rapport à l’activité 2024. Isofaculté pourra aussi financer un nouveau service de transport entre le domicile des femmes et le centre d’équihomologie pour celles qui rencontrent un problème de mobilité, ce qui est très fréquent pour des personnes fragilisées dans une zone rurale comme celle de Mazan.

Ce soutien financier s’ajoute à celui de la Fondation de France, mécène du projet depuis son origine qui a de son côté reconduit son engagement jusqu’en juillet 2027. Ces deux soutiens combinés assurent ainsi une pérennité du projet au moins jusqu’à cette date. « Nous restons toutefois toujours à la recherche de nouveaux mécènes car nous avons encore la possibilité d’accueillir et d’aider plus de femmes », précise Chloé Sarra dont l’association intervient aussi dans les domaines du décrochage scolaire ou bien encore du bien-être à l’école.


L’Ouvrage ‘C’est pas bien ! ’ Dire pour protéger

Le procès de Joël Le Scouarnec vient d’entrer dans sa quatrième semaine. L’ancien chirurgien, âgé de 74 ans, est jugé depuis le 24 février à Vannes, dans le Morbihan, pour des viols et agressions sexuelles commis entre 1989 et 2014, sur 299 patients. Parmi eux, beaucoup ont appris les faits lorsqu’ils ont été convoqués par les gendarmes : en 2017, le témoignage d’une voisine de six ans conduit à des perquisitions au domicile de Joël Le Scouarnec, chez qui sont retrouvés des journaux intimes détaillant les viols et agressions sexuelles commis par le chirurgien sur ses patients alors sous anesthésie. Quelques semaines à peine après la fin du procès Pélicot, le pays fait donc face à une autre affaire de violences sexuelles « hors-norme ».

Comme le montrent les données du ministère de l’Intérieur, en France, la majorité des victimes de violences sexuelles enregistrées par les forces de sécurité sont des mineurs. En 2023, ils représentaient 57 % des 114 135 victimes de violences sexuelles identifiées dans le pays. Plus de 85 % des ces victimes étaient des femmes. Le nombre de victimes de violences sexuelles enregistrées par les forces de l’ordre n’a cessé d’augmenter chaque année depuis 2019 ; cependant, ces données s’inscrivent dans un contexte de libération de la parole et de meilleur accompagnement des victimes.

De Valentine Fourreau pour Statista

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