25 mai 2026 |

Ecrit par le 25 mai 2026

Les vitraux de la pertusienne Claire Tabouret seront-ils vraiment installés à Notre-Dame de Paris ?

Les 6 vitraux commandés à la plasticienne Claire Tabouret, originaire de Pertuis, qui devraient être installés en décembre prochain à la cathédrale Notre-Dame de Paris font l’objet d’une polémique qui ne se tarit pas. La « modernité » de ses créations serait-elle un péché ?

Suite à l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, en Avril 2019, l’État et le Diocèse de Paris ont décidé que lors de la reconstruction de l’édifice «une petite touche de modernité » serait ajoutée. En l’occurrence, il s’agissait de remplacer 6 vitraux installés dans 6 des 7 chapelles du bas-côté sud de sa nef. Ces 6 vitraux ont été créés par Eugene Viollet-le-Duc et mis en place entre 1863 et 1864, lors de la restauration de l’édifice par ce même architecte. Ces vitraux, appelés « les grisailles » en raison de leur traitement monochrome, n’ont pas été affectés par l’incendie d’avril 2019. Précision importante.

On reproche au travail de Claire Tabouret un style manquant de profondeur spirituelle, un traitement graphique pas assez précis et détaillé

Pour ajouter cette petite patte de modernité à la cathédrale et marquer l’événement de sa rénovation un appel à projet a été lancé par le Ministère de la Culture. C’est celui de l’artiste Claire Tabouret, avec l’appui de l’atelier Simon-Marq, qui a été sélectionné. Les 6 vitraux qu’elle a proposé illustrent le thème de la pentecôte, évènement majeur pour les chrétiens. il marque la commémoration de la descente de l’Esprit Saint. C’est pour la communauté chrétienne un symbole d’unité et d’harmonie important. Qu’il s’agisse du sujet lui-même, de sa représentation ou encore de son traitement graphique, tout cela a été validé par toutes les instances et en particulier par l’archevêque de Paris, Laurent Ulrich. Mais la réaction ne tarda pas. On reproche au travail de Claire Tabouret un style manquant de profondeur spirituelle, un dessin pas assez précis et détaillé. C’est en tout cas le point de vue du magazine La Tribune de l’Art. Bref, des choix esthétiques trop modernes pour un édifice datant du 14ème siècle.

Au fond, pour les anti Claire Tabouret c’est peut-être simplement l’idée de changement qui est insupportable

D’autres détracteurs ne supportent pas l’idée qu’on puisse « décrocher Viollet-le-Duc », bien que ce dernier ne soit exsangue de critiques sur les libertés qu’il a pris lors de la rénovation de bâtiments historiques, à commencer par Notre-Dame de Paris. Au fond, pour les anti Claire Tabouret c’est peut-être simplement l’idée de changement qui est insupportable.

Emmanuel Macron n’aura pas été le premier à faire du patrimoine un outil politique

Dès l’annonce du lancement du projet de remplacement de ces vitraux une pétition a été lancée par la Tribune de l’Art et son rédacteur en chef Didier Rykner, un opposant particulièrement actif. Elle aurait récolté, à ce jour, plus de 300 000 signatures. Didier Rykner en fait presque une affaire personnelle contre Emmanuel Macron, qui aurait pris seul cette décision contre l’avis général et l’utiliserait comme un outil politique. La mise en scène


Les vitraux de la pertusienne Claire Tabouret seront-ils vraiment installés à Notre-Dame de Paris ?

Rendez-vous avait été donné au Palais-des-Papes, aux Archives départementales. Il pleut à seaux. Nous sommes venus assister à la pose de vitraux polychromes datant de 1885 tout juste restaurés et remis en place devant nous. Depuis l’entrée des Archives départementales nous gravissons les marches, circulons à travers quelques salles d’archives dont les murs disparaissent sous d’inestimables ouvrages.

Nous voici arrivés au creux de la chapelle Benoît XII recouverte d’immenses bâches tout d’abord recouvrant les murs ainsi que le centre de la pièce. Les ouvrages ont été totalement confinés et les ouvertures sans vitraux arborent désormais des plaques de polycarbonate afin de tenir le bâtiment hors d’eau et hors d’air.

Les ouvriers artisans empoignent les vitraux
voulus par l’architecte Henri Révoil (1822-1900). Ils sont plutôt lourds en verres soufflés teintés, assemblés au plomb. Ils ont été auparavant déposés et le verre ainsi que le plomb nettoyés à l’eau et à l’éthanol puis restaurés à l’atelier Thomas vitraux à Valence. Les vitraux endommagés ou brisés, très peu nombreux, ont été remplacés par des pièces identiques créées par la verrerie de Saint-Just Saint-Rambert.

Les vitraux avant leur pose par un des techniciens de l’entreprise Thomas Vitraux située à Valence Copyright Mireille Hurlin

«Nous sommes sur une opération de restauration du Palais des papes de grande ampleur,
relate Christophe Mathieu chef de service opérations neuves et réhabilitation, Direction du bâtiment, au Conseil Départemental, qui a démarré au printemps 2018, en ce qui concerne les études de maîtrise d’œuvre. Pour la phase 1, des travaux de confortement et de sécurisation des merlons de la chapelle ont été lancés au printemps 2020, au sortir du premier confinement de la Covid. Les travaux de restauration des façades avec le traitement de la pierre et le remplacement des merlons de l’aile des Familiers et la Tour Campane avaient démarré en décembre 2021 pour s’étendre sur 18 mois. Désormais nous sommes à la fin de la phase 2 des travaux qui comprend la restauration de la chapelle Benoit XII –édifiée aux environs de 1340- avec ses vitraux du 19e siècle, actuellement en cours de repose qui devrait s’achever à la fin de ce mois. La phase 2 devrait être terminée en mars 2024. La difficulté du chantier ? Elle réside au travail de restauration depuis une passerelle qui doit supporter le poids des échafaudages et des ouvriers, pour cela nous avons conforté le passage avec des plaques de répartition.»

Pose d’un des 15 vitraux Copyright Mireille Hurlin

«L’architecte Henri Révoil avait mené une grande campagne de restauration sur le Palais des papes
 qui, pour rappel, a été classé en 1840, suite à une visite de Napoléon III en 1860, resitue Clotilde Dreux, Directrice de projet à l’agence parisienne Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des Monuments historiques et en charge de la conception et du suivi des travaux au Palais des Papes. Viollet-le-Duc avait déjà prévu une grande campagne de restauration du Palais, projet qui n’a pas abouti. »

La Chapelle Benoit XII entièrement bâchée Copyright Mireille Hurlin

L’enjeu majeur de cette opération ?
« Déposer les vitraux tout en protégeant les archives restées en place grâce à de grandes bâches afin que la poussière ne se diffuse pas en dessous, tout en conservant l’aspect technique sécurité incendie, avec un montage d’échafaudage, reprend Clotilde Dreux. Les 15 vitraux polychromes –ne présentant pas de sujet- sont dans un très bon état général, les travaux portant sur un dépoussiérage et un traitement des éléments métalliques et structurels des panneaux ainsi que leur système de fixation. Désormais la chapelle est plus éclairée et les polychromes arborent enfin leurs couleurs. Quant aux anciens vitraux ? Ils ont disparu lorsque le Palais des Papes a été transformé en prison et ils ne restent d’eaux que des traces écrites.»

Tous les échafaudages seront bientôt retirés. Copyright Mireille Hurlin

«Nous avons déposé les vitraux de la chapelle qui ont été restaurés en atelier
avec un procédé agréé par le Monument historiques et changé les pièces cassées relate Laurent Thomas, un des gérants de l’entreprise Thomas Vitraux basée à Valence qui existe depuis plus de 140 ans, spécialisée dans la restauration, conservation et création de vitraux. Si le site est emblématique, les vitraux de moins d’un mètre carré, datant de la fin du 19e siècle, sont récents et inspirés du style cistercien, non figuratifs et simples avec une bordure décorative d’entourage qui correspondent bien au lieu. Les vitraux étaient en état correct mais avec beaucoup de dépôts. Peu de pièces ont été cassées par des chocs mécaniques comme la grêle, des branches projetées par le vent, les pierres, les oiseaux… Nous avons résolu des problèmes d’étanchéité, de tenue, restauré une partie des plombs. L’essentiel du travail a été réalisé en atelier.»

Copyright Département de Vaucluse

A qui appartient le Palais des papes ?
La place du Palais, le Petit Palais, les remparts, le pont Saint-Bénézet, le jardin et la promenade des Doms appartiennent à la commune ; le Palais des Papes est également propriété municipale, à l’exception de la partie nord-ouest comprenant la chapelle de Benoît XII et la tour de Trouillas, qui appartiennent au Département du Vaucluse. La cathédrale Notre-Dame des Doms appartient à l’État. Tous les édifices du bien sont protégés au titre du code du Patrimoine, certains portés sur la liste des Monuments historiques dès 1840.
Source Unesco

Sous les bâches les Archives départementales Copyright Mireille Hurlin

Le centre historique d’Avignon,
qui réunit le Palais des papes, l’ensemble épiscopal et le Pont d’Avignon est un exemple d’architecture médiévale. Fruit d’un épisode exceptionnel de l’Histoire qui a vu le siège de l’Église quitter Rome durant un siècle, il a joué un rôle capital dans le développement et la diffusion d’une forme particulière de culture à travers une vaste région d’Europe, à une époque de première importance pour la mise en place de relations durables entre la papauté et les pouvoirs civils.
Source Unesco

Chiffre
Pour rappel, le chantier monumental en deux tranches de restauration globale du Palais des Papes principalement financé par le Département de Vaucluse et subventionné par l’Etat avec une participation financière de la Ville d’Avignon atteint presque les 6M€, (5,820M€ pour être précis).

De gauche à droite : Marianne Delay, ingénieur assurant la conduite d’opération ; Clotilde Dreux, agence Pierre-Antoine Gatier pour la conduite et le suivi des travaux ;
Christophe Mathieu chef du service opérations neuves, réhabilitation à la Direction du bâtiment Département de Vaucluse ; Laurent Thomas de Thomas vitraux à Valence.

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