25 septembre 2026 |

Ecrit par le 25 septembre 2026

Sénatoriales en Vaucluse : LFI veut « remplacer le chacun pour soi par le tous ensemble »

Julien Gautier est la tête de liste LFI à l’occasion des prochaines élections sénatoriales de Vaucluse. A 49 ans, ce conseiller municipal à La Tour d’Aigues ambitionne de faire ‘entrer le programme du NFP au Sénat’. Entretien avec cet avocat pénaliste, co-président du réseau des élu.e.s insoumis et citoyens 84, qui ne se résigne pas à ce que le Vaucluse reste l’un des départements les plus pauvres de France.

Quelle est votre vision de la fonction de sénateur et pourquoi êtes-vous candidat ?
« Pour nous, un sénateur doit d’abord prendre la mesure du temps long, défendre la République et l’État de droit face à la progression de l’extrême droite et de ses idées. C’est, par exemple, s’opposer à cette logique de présomption de légalité des tirs des forces de l’ordre que nous combattons. Plus largement, nous défendons une VIe République qui réformera profondément le Sénat, institution dont le fonctionnement est aujourd’hui largement sclérosé. Mais tant que cette institution existe, il faut y mener la bataille des idées et y défendre les communes. C’est le sens de notre candidature, avec Mathilde Louvain, élue à Avignon, Yassine Abdelouadoud, citoyen engagé à Carpentras, Yvonne Charra, élue à Valréas, et Oukacha Rtili, élu à Avignon. Notre liste démontre aussi de l’implantation nouvelle que nous construisons dans tout le Vaucluse. »

Qu’apporterait, selon vous, l’arrivée d’un sénateur LFI au Palais du Luxembourg ?
« D’abord, le programme du Nouveau Front populaire, pour répondre aux urgences sociales, climatiques et démocratiques. Nous voulons remplacer le ‘chacun pour soi’ par le ‘tous ensemble’. Cela passe par des mesures très concrètes : indexer la DGF sur l’inflation pour que les communes cessent de s’appauvrir, défendre les services publics et retrouver un État stratège capable de planifier. Nous voulons aussi changer de méthode : assumer un cap politique clair, fondé sur un programme connu, plutôt que cet apolitisme de façade qui finit par laisser le champ libre au RN. Nous voulons que le Vaucluse ait au Sénat une voix qui dise clairement ce qu’elle défend et qui vote en conséquence. »

« La commune doit redevenir le premier maillon démocratique d’une République qui tient ses promesses. »

Cette élection, s’appuyant sur des grands électeurs, est souvent considérée comme le scrutin des maires et des élus de terrain. Qu’avez-vous à leur dire pour les convaincre ?
« Indignez-vous ! Et regardez les actes et les votes plutôt que les mots-valises comme ‘territoire’ ou ‘bon sens’. On ne peut pas invoquer sans cesse les services publics et voter les budgets de rigueur. La proposition d’inscrire une Charte des services publics dans notre bloc constitutionnel a ainsi été rejetée par le Sénat. Les élus locaux, eux, connaissent la réalité : lorsqu’il faut rénover une école, refaire un réseau d’eau ou maintenir un service public, chaque euro compte. Notre première proposition est donc claire : indexer la DGF sur l’inflation. Mais nous voulons aller plus loin : redonner aux communes les moyens d’agir et retrouver un État stratège. Nos éco-régions organisées autour des bassins versants en sont un exemple : planifier l’eau, l’agriculture, les transports et la bifurcation écologique en partant des réalités du territoire. La commune doit redevenir le premier maillon démocratique d’une République qui tient ses promesses. »

« La gauche n’a pas seulement perdu des villes importantes dans le Vaucluse. Elle a perdu des électeurs, mais aussi parfois ses mots, ses idées et jusqu’à la conscience de sa mission. »

Des grands électeurs de gauche pourraient penser que votre candidature risque de diviser les voix et de faire perdre son siège au sénateur socialiste sortant. Que leur répondez-vous ?
« Je leur dis : regardons ce qui vient de se passer. La gauche n’a pas seulement perdu des villes importantes dans le Vaucluse. Elle a perdu des électeurs, mais aussi parfois ses mots, ses idées et jusqu’à la conscience de sa mission. Le problème n’est donc pas qu’il y ait trop de gauche, mais qu’elle ne soit plus suffisamment au rendez-vous. Nous avons un désaccord stratégique profond avec Lucien Stanzione (Ndlr : le sénateur socialiste sortant). Son choix est celui du compromis avec la droite sénatoriale ; le nôtre est de faire vivre le programme du Nouveau Front populaire le plus largement possible. Aux grands électeurs de gauche, nous disons : si les forces écologistes et progressistes de ce département ne veulent pas disparaître face au RN, il faut reconstruire une gauche qui assume ses idées. Dans des contextes très différents, Mamdani à New York ou Die Linke à Berlin montrent qu’une gauche qui retrouve un projet identifiable peut recréer une dynamique. C’est cette voie que nous proposons dans le Vaucluse. »

Le Vaucluse est plutôt un département rural, LFI est généralement plutôt implantée dans les centres urbains. Comment pensez-vous que votre mouvement puisse représenter ces territoires périphériques ?
« Dans la République, il n’y a pas de territoires ‘périphériques. Et il n’y a pas deux France. Dans nos villages comme dans les villes, on retrouve les mêmes préoccupations : l’école, le médecin, le logement, les transports, l’eau, le bureau de poste. L’éloignement les rend même parfois plus difficiles encore dans les communes rurales. Notre liste exprime cette réalité : elle rassemble des élus et citoyens engagés d’Avignon à Carpentras, de Valréas à La Tour-d’Aigues. Nous avons aussi structuré un réseau des élus insoumis et citoyens du Vaucluse, qui a vocation à grandir et à accueillir des élus qui ne sont pas nécessairement encartés mais qui veulent agir ensemble. C’est ainsi que nous voulons nous ancrer durablement dans le département : en construisant, commune après commune, un Vaucluse solidaire.

Julien Gautier, élu à la Tour d’Aigues et
co-président du réseau des élu.e.s insoumis et citoyens de Vaucluse. Crédit : DR

« Nous voulons nous ancrer durablement dans le département : en construisant, commune après commune, un Vaucluse solidaire. »

Cette élection arrive après des épisodes électoraux particulièrement tendus en Vaucluse. Dérive-t-on vers une politique de l’affrontement total, bloc contre bloc, alors que bien souvent le Sénat est la chambre du consensus ?
« Je ne crois pas que le consensus soit une vertu en lui-même. La démocratie a besoin de dissensus : il faut pouvoir proposer des projets différents, les confronter et permettre aux citoyens de trancher. Face à l’extrême droite, nos désaccords sont évidemment fondamentaux : sur l’État de droit, la justice sociale ou notre conception même de la République, nous ne transigerons pas. Mais cela ne signifie pas que nous considérons tous ceux qui pensent différemment comme des ennemis. Nous pouvons travailler avec des élus de sensibilités différentes lorsqu’il faut défendre une ligne ferroviaire, un bureau de poste, un hôpital ou les finances d’une commune. Nous pouvons être fermes sur nos convictions et respectueux de nos adversaires. Le débat démocratique n’est pas le problème : il est précisément la solution. »

Le mandat de sénateur est d’une durée de six ans. Comment voyez-vous le Vaucluse, l’un des départements les plus pauvres de France, en 2032 ?
« Je ne me résous pas à ce que le Vaucluse reste l’un des départements les plus pauvres de France. Nous avons des atouts considérables : le Rhône et la Durance, une agriculture exceptionnelle, le Ventoux et le Luberon, du tourisme, des pôles industriels, énergétiques et scientifiques importants. En 2032, je voudrais que nous ayons fait de la bifurcation écologique un moteur de développement : davantage de ferroviaire, une eau protégée, des services publics renforcés et des agriculteurs qui vivent de leur travail pour nourrir la population. Il faut sortir de la gestion de la pénurie et retrouver une ambition pour le Vaucluse. Dimanche, les grandes électrices et les grands électeurs auront finalement un choix assez simple à faire : le poids des habitudes ou la force des idées. »

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