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Épargne en France et en Vaucluse : confiance fragile, prudence accrue

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La légère amélioration de la confiance des ménages en décembre 2025 masque une tendance profonde : l’effort d’épargne des Français reste à un niveau historiquement élevé, freinant la consommation, principal moteur de la croissance. Dans un contexte d’incertitude économique et budgétaire, ce comportement touche profondément l’économie nationale et risque de résonner jusque dans les territoires, dont le Vaucluse, où les perspectives de reprise restent prudentes.


En décembre 2025, l’indicateur synthétique de confiance des ménages publié par Insee progresse légèrement, passant de 89 à 90 points. Malgré cette hausse, il demeure en dessous de sa moyenne de longue période (100), traduisant un climat économique encore dégradé. Le solde d’opinion relatif à l’opportunité d’épargner atteint un maximum historique, signe d’une prudence accrue chez les ménages. 

Repli de la confiance
Ce repli de la confiance s’inscrit dans un contexte plus large où les Français, inquiets face aux incertitudes budgétaires et politiques, privilégient la mise en réserve de leurs revenus plutôt que la dépense, alimentant un cercle vertueux pour les bilans des ménages mais vertueux pour l’économie globale.

L’épargne en France : au plus haut depuis des décennies
Les données économiques récentes confirment ce changement de comportement. Sur l’ensemble de l’année 2025, le taux d’épargne des ménages en France a atteint des niveaux exceptionnels. Selon plusieurs sources économiques, il se situe autour de 18,8 à 18,9% du revenu disponible brut, bien au-dessus de la moyenne observée avant la crise du Covid-19 (environ 15%). 

Le bas de laine pour gagner en quiétude
Cette progression s’explique en partie par des flux d’épargne qui restent dynamiques : au deuxième trimestre 2025, les ménages ont épargné plus de 91 milliards d’euros, bien au-dessus de la moyenne des dernières années.  Dans ce contexte, l’épargne de précaution, constituée pour faire face à des difficultés économiques futures, prime souvent sur les projets de consommation ou d’investissement des ménages.

Croissance et consommation : des signaux mitigés
La faiblesse de la consommation des ménages se reflète dans la croissance économique nationale. En 2025, celle-ci devrait rester modérée, autour de 0,6% à 0,8%, selon des projections de l’Insee. Cette performance est nettement inférieure à celle observée dans d’autres grandes économies européennes, notamment en Allemagne, en Italie ou en Espagne. 

Ralentissement des investissements privés
La prudence des ménages se double d’un ralentissement des investissements privés, résultant d’une incertitude persistante sur la trajectoire des finances publiques et du marché du travail. Si l’inflation est restée basse en 2025, favorisant légèrement le pouvoir d’achat, ce gain n’a pas suffi à relancer significativement la consommation. 

Portrait économique vauclusien
Le Vaucluse compte près de 570 000 habitants et environ 259 810  ménages, dans un département où les revenus médians figurent parmi les plus modestes de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Selon l’Insee, le niveau de vie médian régional s’établit à 22 820€ par an, mais descend à environ 20 640€ en Vaucluse, avec une forte dispersion des revenus : 10 860€ pour le premier décile et 36 130€ pour le neuvième. Ces écarts traduisent un territoire socialement contrasté, marqué par la présence de nombreuses familles monoparentales et par le poids important des dépenses essentielles.

Des différences selon les métiers exercés
Les différences se retrouvent également dans les métiers exercés : en PACA, le salaire net horaire moyen atteint 26,3 €/h pour les cadres, 16,1 €/h pour les professions intermédiaires, 12,1 €/h pour les ouvriers et 11,6 €/h pour les employés. Ces écarts de revenu conditionnent directement la capacité d’épargne : les ménages situés autour du niveau de vie médian épargnent en moyenne 6 % de leur revenu disponible, tandis que les 20 % les plus aisés peuvent mettre de côté jusqu’à 27 %. Ces éléments éclairent la prudence accrue observée dans le département : les ménages vauclusiens, disposant d’un pouvoir d’achat souvent inférieur à la moyenne régionale, sont particulièrement sensibles aux variations de prix et aux incertitudes budgétaires, ce qui renforce leur propension à se tourner vers l’épargne de précaution.

Quelques signaux plus favorables
Les inquiétudes liées au chômage s’atténuent légèrement en décembre, bien qu’elles demeurent supérieures à leur moyenne de long terme. Par ailleurs, l’appréciation du niveau de vie récent s’améliore, portée par une inflation à 0,8% en glissement annuel. Ce chiffre correspond à l’IPCH, l’Indice des Prix à la Consommation Harmonisé, un indicateur européen permettant de comparer l’inflation entre pays membres en s’appuyant sur une méthodologie commune. Cependant, les perspectives se dégradent à nouveau en raison des prévisions d’inflation pour 2026, attendue à 1,3 % selon la Banque de France. Cette anticipation contribue à renforcer le sentiment d’incertitude des ménages et limite le retour d’une confiance durable.

Plus d’épargne pour plus de quiétude face à l’avenir
Le signal le plus préoccupant provient de l’indice mesurant l’opportunité d’épargner. Celui-ci atteint 46, contre une moyenne historique de 19, un niveau jamais observé depuis 20 ans. Comme cet indice n’a pas de maximum et se mesure par rapport à sa tendance sur le long terme, un niveau de 46 traduit une volonté d’épargne exceptionnellement élevée.
Cette prudence accrue s’explique principalement par le climat d’incertitude budgétaire : en l’absence de budget, les ménages redoutent des hausses d’impôts pour réduire un déficit public très élevé. Beaucoup préfèrent donc renforcer leur épargne, ce qui limite mécaniquement la consommation. Asterès estime que le taux d’épargne, déjà attendu à 18,5 % en 2025, pourrait rester durablement haut en 2026.

Une trajectoire budgétaire à clarifier d’urgence
Pour Asterès, la situation appelle à la fois une clarification rapide de la trajectoire des finances publiques, afin de rassurer les marchés, et une attention particulière à ne pas fragiliser davantage la consommation, qui demeure un moteur central de la croissance. À défaut d’un rééquilibrage lisible, l’épargne de précaution pourrait s’installer durablement et freiner l’activité économique.
Sources : Insee, Enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages (décembre 2025) ; Banque de France : Statistiques sur l’épargne des ménages (2025) 
Sources Asterès et Insee.
Calista Dathey et Mireille Hurlin

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