31 octobre 2026 |

Ecrit par le 31 octobre 2026

Les chefs d’entreprise vauclusiens sont de plus en plus nombreux à perdre leur emploi

Alors que le nombre de disparition d’entreprises a atteint des records dans le Vaucluse ou bien encore que les restaurateurs du département sont particulièrement impactés par la crise, c’est au tour de l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs de constater qu’il ne fait pas bon entreprendre en Vaucluse actuellement.

Le nombre de chefs d’entreprise vauclusiens ayant perdu leur emploi a augmenté de +1,5% durant le premier semestre 2026. Sur cette période, ils sont ainsi 331 entrepreneurs locaux dans cette situation selon l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs que vient de publier Altares/GSC.
Au niveau national, la situation est encore plus difficile puisque le nombre de pertes d’emploi est au plus haut sur les 6 premiers mois de l’année, avec une augmentation de près de 7% par rapport à la même période l’an dernier.

« Le baromètre de mi-année témoigne de l’ampleur de la crise qui frappe le tissu économique : plus de 33 000 dirigeants ont perdu leur emploi à la suite de la liquidation de leur entreprise, et dans leur sillage environ 80 000 salariés », observe Thierry Millon, directeur des études Altares.

Des tensions contrastées entre les régions
La région Hauts-de-France affiche la plus forte hausse de pertes d’emploi avec +11% (2 543 dirigeants). Région historiquement industrielle, ce secteur compte parmi les plus sous pression au premier semestre 2026 dans la région (+32,8%).
Première région économique du pays, l’Île-de-France concentre près d’un quart des pertes d’emploi du territoire. 7 860 chefs d’entreprise s’y sont retrouvés sans activité sur la période concernée, soit une augmentation de 5,8%. Reflet de la tendance nationale, la construction (1 877 dirigeants touchés), le commerce (1 473) et les services aux entreprises (1 436) y sont les secteurs les plus impactés.
Après plusieurs années de difficultés, la tendance continue de se dégrader en Auvergne-Rhône-Alpes. La région subit une hausse de 8,6% des situations de perte d’activité, soit 4 076 entrepreneurs affectés. Les services aux particuliers concentrent les plus fortes tensions (+ 17,8%).
En Nouvelle-Aquitaine, la situation reste très fragile, avec 3 190 pertes d’emploi (+9,6%). La Bourgogne-Franche-Comté, la Bretagne et l’Occitanie subissent également une hausse supérieure à la moyenne nationale avec respectivement +9,6% (1 082 entrepreneurs), + 7,4 % (1 212) et + 6,8% (2 997). En Pays de la Loire, 1 415 femmes et hommes se sont retrouvés sans emploi, soit une augmentation de 6,2%, légèrement inférieure à la moyenne nationale.

Crédit : l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs Altares/GSC

La région et le Vaucluse résistent , mais pour combien de temps ?
Dans le même temps, 3 032 chefs d’entreprise ont perdu leur emploi en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (+ 3,2%). Les Bouches-du-Rhône représentent près de quatre pertes d’emploi sur dix dans la région.
Avec son augmentation de ‘seulement’ (+1,5%), le Vaucluse ne s’en tire finalement pas si mal pour l’instant. Le département fait effectivement mieux que la plupart de ses voisins des Bouches-du-Rhône (+2,8% pour 1 195 dirigeants touchés), du Gard (+21,8%, 363 dirigeants), et de l’Ardèche (+4,4%, 118 dirigeants).
A l’inverse, la Drôme (-8,5%) et les Alpes-de-Haute-Provence (-10,9%) figurent parmi les rares département à totaliser moins de chefs d’entreprise touchés par le chômage. L’inverse des autres départements de région Sud qui sont tous dans le rouge : Var (+1,3%, 627 dirigeants touchés), Alpes-Maritimes (+6,4%, 718 dirigeants) et les Hautes-Alpes (+25,4%, 79 dirigeants). Pour autant, il n’y a cependant pas de quoi se réjouir en Vaucluse, car si le département limite pour l’instant la casse, il a pour habitude d’être impacté par les tendances nationales avec environ 12 mois d’écart.

La construction et le commerce en première ligne
Toujours selon l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs, près d’un entrepreneur sur quatre ayant perdu son emploi en France au premier semestre 2026 dirigeait une entreprise de construction. Bien que la tendance marque le pas ces dernières années, le secteur demeure le plus impacté avec 7 718 chefs d’entreprise concernés sur les six premiers mois de 2026 (-0,2% vs S1 2025). La situation du bâtiment de second œuvre, qui représente plus de la moitié des pertes d’activité du secteur, est particulièrement sensible (+ ,3% ; 4 262 entrepreneurs). À l’inverse, les travaux publics enregistrent une baisse de 15,1% des pertes d’activités, mais restent sous tension compte tenu du contexte économique et de la situation financière des collectivités locales.

Le commerce est le deuxième secteur le plus touché avec 6 971 femmes et hommes affectés (+3,7%). Dans le détail, les difficultés du commerce et de la réparation de véhicules, déjà marquées en 2025, se poursuivent (+9,5% ; 1 553). La situation apparaît également tendue pour les boulangers, pâtissiers et confiseurs en magasin spécialisé, où les pertes d’emploi ont bondi de 51,2%.

Le secteur de l’hébergement, restauration, débits de boisson reste fortement sous pression au 1er semestre 2026 avec une augmentation de 10,4% des pertes d’emploi soit 5 057 chefs d’entreprise concernés. Si la restauration concentre toujours l’essentiel des situations recensées (80% du secteur), la dégradation est considérablement marquée dans l’hébergement (+31,4%).

Les services également dans la souffrance
Les activités d’assurances et financières se démarquent par une augmentation significative des pertes d’emploi de 30,6%. Le domaine des services, qu’il s’agisse des activités destinées aux entreprises ou aux particuliers, est fortement touché en ce début d’année 2026.

• Les services aux entreprises enregistrent une hausse de 15,2% des pertes d’emploi (4 770 entrepreneurs). Certains métiers semblent particulièrement fragilisés par l’intelligence artificielle et les difficultés à adapter leur modèle d’activité, notamment les services administratifs combinés de bureau (+70,3%) ou encore le conseil (+12,1%).

• Les services aux particuliers accusent également une forte augmentation (+14,2% ; 1 655). Les professionnels de l’entretien corporel figurent parmi les plus affectés, avec une progression de 60,5%.

Sur la période 1 994 chefs d’entreprise ont aussi perdu leur emploi dans l’industrie. Si le nombre reste plutôt stable (-0,1%), le niveau demeure très élevé et confirme la persistance de difficultés dans le secteur. C’est notamment le cas dans la filière bois et matériaux de construction (+15,2%).

« Aucun chef d’entreprise n’est à l’abri. »

Hervé Kermarrec, président de l’association GSC.

« La perte d’emploi du dirigeant peut toucher tous les profils d’entrepreneurs, constate Hervé Kermarrec, président de l’association GSC. Au premier semestre 2026, les chefs d’entreprise concernés exerçaient leur fonction depuis près de 10 ans en moyenne. Cette durée atteint même près de 20 ans pour les dirigeants de PME de plus de 20 salariés. Ces données rappellent une réalité essentielle : aucun chef d’entreprise n’est à l’abri. Si les dirigeants de jeunes structures, souvent plus fragiles, sont particulièrement exposés, ceux d’entreprises plus matures le sont également. C’est pourquoi il est indispensable d’intégrer ce risque dans sa réflexion et de l’anticiper en s’appuyant sur des dispositifs de protection adaptés, comme la GSC. »


Record de disparition d’entreprises dans le Vaucluse

Selon la dernière étude de la plateforme d’analyse de données française Ellisphere, la France crée encore davantage de sociétés commerciales qu’elle n’en perd. Mais derrière cette résilience apparente, les signaux de fragilisation se multiplient : les procédures collectives dépassent 71 700 sur douze mois glissants, les créations ralentissent et les très petites entreprises, piliers de l’économie locale, concentrent près de 9 redressements ou liquidations judiciaires sur 10.

Le solde de création d’entreprise reste encore positif en France
Au cœur de cette analyse figure l’Indice de dynamisme entrepreneurial (IDE), développé par Ellisphere. Ce dernier mesure le rapport entre les créations et les disparitions de sociétés commerciales. Plus cet indice est élevé, plus le tissu économique se renouvelle rapidement ; lorsqu’il se rapproche de ‘1’, le renouvellement ralentit. À fin juin 2026 dans l’Hexagone, cet IDE demeure à 1,2.

« La France crée donc encore davantage de sociétés commerciales qu’elle n’en perd, expliquent les auteurs de l’étude. Mais cette stabilité masque un essoufflement progressif de la dynamique entrepreneuriale : les créations ralentissent dans la majorité des régions, les procédures collectives poursuivent leur hausse et les liquidations judiciaires représentent une part croissante des disparitions d’entreprises. »

* RJ / LJ : redressements judiciaires / liquidations judiciaires directes
** PS : procédures de sauvegarde

Augmentation de la part des liquidations judiciaires
« A fin juin 2026 sur douze mois glissants, 71 753 entreprises ont fait l’objet d’un redressement judiciaire ou d’une liquidation judiciaire directe dans l’Hexagone, soit une hausse de 5,8% sur un an, rappelle l’étude d’Ellisphere. Au deuxième trimestre, 19 408 procédures collectives ont été ouvertes, contre 18 520 un an auparavant. Dans le même tems, les procédures de sauvegarde demeurent quasiment stables (+0,3%), tandis que les liquidations judiciaires représentent désormais 23,5% des disparitions de sociétés commerciales, contre 21,6% à fin 2025. »

Alerte en Paca et en Vaucluse
S’appuyant sur son indice, Ellisphere observe qu’avec un IDE de 1,3 la Bretagne et les Hauts-de-France conservent la meilleure dynamique entrepreneuriale du pays. À l’opposé, Provence-Alpes-Côte d’Azur affiche un IDE de 0,9, signe que les disparitions de sociétés commerciales y sont désormais plus nombreuses que les créations. En Vaucluse, ce chiffre est encore plus inquiétant puisqu’il se monte à 0,8 pour le premier semestre 2026. Bien loin du dynamisme de 2020 (1,5) ou même de l’an dernier (1,1).

Durant les 12 derniers mois à partir de fin juin 2026 le Vaucluse a totalisé 2 413 création d’entreprises, un chiffre en baisse de -4%. Il faut remonter aux années Covid pour observer un niveau inférieur (2 125 entreprises créées en 2020).

Dans le même temps, le département a enregistré 2 880 disparitions sur cette période. Une évolution en augmentation de +19,7%. Un bilan qui ‘explose’ le record de 2025 (2 330 disparitions, en hausse de +11,9%. Forcément, le nombre de liquidations atteint des sommets lors des 12 derniers mois (601 liquidations, contre 572 en Vaucluse en 2025).

« Des entreprises de plus en plus fragilisées. »

Max Jammot, responsable du pôle économique chez Ellisphere

« Derrière les indicateurs économiques, il y a des entrepreneurs, des salariés et des territoires, insiste Max Jammot, responsable du pôle économique chez Ellisphere. Notre étude montre que la France continue de renouveler son tissu entrepreneurial, mais que ce renouvellement repose sur des entreprises de plus en plus fragilisées. Les jeunes entreprises préparent l’économie de demain. Les TPE font vivre celle d’aujourd’hui. Préserver leur capacité à se développer et à traverser les périodes de tension constitue un enjeu majeur pour la vitalité économique du pays. »


Les défaillances d’entreprises au plus haut en Vaucluse depuis 2018

Selon la dernière étude d’Altares, le nombre de défaillances d’entreprises en Provence-Alpes-Côte d’Azur a augmenté de 37,4% en 2022. Si cette hausse est très inférieure à la tendance nationale elle est cependant très marquée en Vaucluse qui retrouve un niveau de défaillances jamais vu depuis 2018.

Avec 4 366 procédures ouvertes sur 2022, le nombre de cessations de paiement est en hausse de plus de 37% en Provence-Alpes-Côte d’Azur par rapport à 2021. Une tendance cependant très inférieure à celle observée sur l’ensemble du territoire national où la hausse est historique, proche de +50 %. Le niveau des défauts est ainsi encore nettement inférieur (-16 %) à celui de 2019, année de référence avant-Covid, où plus de 5 200 cessations de paiement avaient été enregistrées. En Paca, on dénombre ainsi 860 défauts de moins qu’en 2019.
À ces défaillances s’ajoutent 127 ouvertures de procédures de sauvegarde, un dispositif de prévention accessible aux seules entreprises qui ne sont pas encore en cessation de paiement, afin de favoriser leur réorganisation. En PACA, elles constituent 3% de l’ensemble des procédures. À noter, la région est sur le podium des territoires où l’on recourt le plus aux sauvegardes, derrière l’Ile-de-France (149) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (155).

Les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône en bouclier
Les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône concentrent traditionnellement les deux tiers des défaillances et pèsent donc sur la tendance régionale. Or les deux départements contiennent la hausse à +30%. Les Bouches-du-Rhône enregistrent 1 678 cessations de paiement et les Alpes-Maritimes 1 087.
Dans le même temps, l’augmentation des défauts oscille autour de 50% dans le Var (844 ; +49,9%) et le Vaucluse (557 ; +50,9%), au plus haut depuis 2018 (voir tableau ci-dessous ainsi que la carte en illustration principale de l’article).
Les Alpes-de-Haute-Provence et les Hautes-Alpes ne comptent qu’une centaine de procédures mais la tendance est aussi à la hausse. +36% en Hautes-Alpes et +135% dans les Alpes-de-Haute-Provence.

© Altares

Entre inflation et crise énergétique : « les entreprises ne sortent pas indemnes de ces longs mois de turbulences ».

« En Provence-Alpes-Côte d’Azur, en cumul sur 3 ans depuis 2020, moins de 11 300 entreprises ont fait défaut contre plus de 16 800 durant les trois années précédentes, précise Thierry Millon, directeur des études Altares. 5 500 défaillances, soit plus d’une année de défaillances, ont ainsi été ‘épargnées’ grâce notamment aux dispositifs d’aides publiques déployés pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire puis de la guerre en Ukraine. Pourtant, si le risque a été anesthésié, évitant la déferlante tant redoutée des faillites, les entreprises ne sortent pas indemnes de ces longs mois de turbulences. Entre inflation et crise énergétique, le climat se complique encore et les fonds propres sont mis à contribution. Or, l’Observatoire du Financement des Entreprises notait dans son rapport de mai 2021 sur les fonds propres des TPE et PME que si l’essentiel de ces entreprises a affronté la crise avec des situations en fonds propres renforcées avant la Covid, une partie disposait, en revanche, de structures financières très dégradées (un tiers des TPE) ou était insuffisamment capitalisée (20% des PME analysées). De son côté, la Commission européenne alerte sur le poids excessif de la dette des entreprises non financières de l’Union qui représentait 111% du PIB des 27 à fin 2020, soit 14 900 milliards d’euros). Or, le manque de fonds propres handicapant pour investir et se financer est un signal prépondérant du risque de défaillance. »

Les PME à la peine
« Si le retour aux normes d’avant-Covid s’amorce depuis un an, l’augmentation des défaillances s’accélère pour les très jeunes entreprises et les PME » constate la base de données internationales Altares.
En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les TPE concentrent l’essentiel des défaillances (94%) et donnent donc le ton pour les indicateurs régionaux. 4106 entreprises de moins de 10 salariés ont défailli en 2022, un nombre en augmentation de 36,5% sur l’année, mais encore inférieur de plus de 880 par rapport à 2019. Plus de 630 TPE sont de création récente (moins de 3 ans). Or ces jeunes entreprises sont très vulnérables : leur nombre s’envole de 75 % sur un an.
Pour les PME la tendance accélère fortement, en particulier pour celles de moins de 50 salariés. 249 d’entre-elles ont fait défaut, c’est 61% de plus sur un an. Il faut remonter à 2016 pour trouver un nombre comparable (247). Dans ces conditions, le nombre d’emplois menacés bondit et passe de 8400 en 2021 à 12600 en 2022.

© Altares

2023, une année de transition à bien négocier
« Il y a un an, nous rejetions l’hypothèse d’une explosion des défaillances en 2022, en anticipant malgré tout une hausse sensible des défauts, poursuit Thierry Millon. Si le cataclysme n’a pas eu lieu, le rythme est plus soutenu qu’envisagé, faisant craindre un retour aux valeurs d’avant crise plus tôt que prévu. 2019 s’était achevé sur 52 000 défaillances, 2023 pourrait dépasser ce seuil et nous ramener aux valeurs de 2017 au-delà de 55 000. La Provence-Alpes-Côte d’Azur pourrait alors dépasser 5 200 défauts. Un nombre certes important mais plutôt raisonnable au regard du contexte très difficile que nous traversons. Pour certaines TPE et PME, les chances de survie sont compromises. Pour certaines, la fragilité de leur structure financière est en cause. Pour d’autres c’est paradoxalement leur incapacité à honorer des carnets de commandes pourtant bien remplis qui pourrait les amener au défaut. En cause, les difficultés d’approvisionnement, l’explosion des coûts des matériaux et les problèmes de recrutement. Dans tous les cas, les prêteurs seront plus exigeants et se concentreront sur les sociétés dont les bilans seront les plus solides. Les contraintes financières (remboursement des dettes Covid et notamment PGE ; inflation ; hausse des taux ; facture énergétique, etc.) sont malheureusement vouées à peser toujours plus lourd. Alors que les tensions sur les trésoreries des entreprises se font déjà ressentir, le financement de l’exploitation et donc du BFR (Besoin en Fonds de Roulement) aura à n’en pas douter l’attention des directions financières des TPE PME comme des ETI. »

L.G.

https://www.echodumardi.com/tag/demographie-des-entreprises/   1/1