Au Palais des Papes d’Avignon, une campagne photographique inédite explore la faune et la flore dissimulées dans les décors peints du XIVᵉ siècle. Menée tout au long du mois de février, cette initiative scientifique et patrimoniale s’inscrit dans un vaste programme consacré au dialogue entre art médiéval et biodiversité.
Au cœur des salles emblématiques du Palais des Papes, les murs parlent depuis longtemps aux historiens de l’art. Désormais, ils s’adressent aussi aux naturalistes. L’opération lancée cet hiver par le Fonds de dotation du Palais des Papes et du Pont d’Avignon ambitionne de révéler un patrimoine rarement étudié : la représentation minutieuse du vivant dans les décors peints médiévaux.
Collecter les précieuses images
Pendant plusieurs semaines, le photographe Fabrice Lepeltier investit les hauteurs des chambres peintes, appareil au poing, pour capter oiseaux, insectes et végétaux nichés dans les fresques. Grâce à des prises de vue en très haute définition, ces détails souvent invisibles à l’œil nu sont documentés avec une précision scientifique, ouvrant un nouveau champ d’analyse à la croisée de l’histoire de l’art et des sciences naturelles.

Le Moyen Âge, laboratoire du vivant
Les décors du XIVᵉ siècle du Palais des Papes ne sont pas de simples ornements. À une époque où les encyclopédies naturalistes circulaient autant que les récits symboliques, ces représentations faisaient office de creusets de savoir. Le projet entend ainsi déterminer si les artistes médiévaux peignaient d’après une observation directe de la nature environnante ou s’ils s’inspiraient d’un imaginaire savant transmis par les bestiaires et manuscrits enluminés.
Une enquête iconographique
Cette enquête iconographique est menée en étroite collaboration avec des historiens spécialisés et les experts de la LPO Paca (Ligue de protection des oiseaux de Provence-Alpes -Côte d’Azur), afin d’identifier précisément les espèces figurées et d’en analyser l’évolution jusqu’à nos jours. Un questionnement qui résonne fortement à l’heure des bouleversements écologiques contemporains.
Une logistique à la hauteur du monument
Entièrement financée par le Fonds de dotation, l’opération nécessite une organisation technique exceptionnelle. Des échafaudages culminant à huit mètres permettent l’accès aux fresques de la Chambre du Pape (du 2 au 13 février) puis à celles de la Chambre du Cerf (du 16 au 27 février). Chaque intervention est conduite dans le respect strict des œuvres et des contraintes patrimoniales d’un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco (organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture)

Création d’une base numérique
Au-delà du relevé photographique, les données collectées alimenteront une base numérique de référence, intégrant peintures murales, sculptures et carreaux de pavement. Cette matière servira de socle à de futurs parcours de visite, à des outils pédagogiques à destination des scolaires, ainsi qu’à l’édition d’un ouvrage consacré à ce dialogue singulier entre histoire, art et biodiversité.
Un patrimoine vivant, tourné vers l’avenir
Créé en 2012, le Fonds de dotation du Palais des Papes et du Pont d’Avignon poursuit, à travers ce programme ‘Palais des Papes, Pont d’Avignon et Biodiversité’ (2024-2029), la valorisation du patrimoine dans une réflexion contemporaine sur le vivant. Soutenu par le Fonds L’Occitane, le projet est également ouvert au mécénat des entreprises et des particuliers.
Il y a 7 siècles
En révélant la faune et la flore peintes il y a près de sept siècles, le Palais des Papes rappelle que le patrimoine observe, transmet, et parfois même, anticipe les grandes questions de notre temps.
Zoom sur le palais des papes
Forteresse majestueuse et palais de pouvoir, le Palais des Papes domine Avignon depuis le XIVᵉ siècle. Plus grand palais gothique d’Europe, il fut le siège de la chrétienté occidentale pendant près de soixante-dix ans, lorsque les papes quittèrent Rome pour s’installer sur les rives du Rhône. Derrière ses remparts imposants, le monument révèle un univers plus intime : chambres peintes, décors raffinés et fresques délicates témoignent d’un lieu à la fois politique, artistique et spirituel. Il demeure aujourd’hui l’un des plus puissants symboles de l’histoire médiévale, où la grandeur architecturale dialogue avec la finesse de l’art et le silence du temps.
Mireille Hurlin
























































