Pour cette conférence de rentrée, Céline Barnier, la toute nouvelle présidente du syndicat s’est d’abord félicitée des vendanges 2026, même si elles ne sont pas encore terminées. « À ma grande surprise, malgré la canicule, le volume a progressé de 10 à 20% par rapport à l’an dernier, la qualité y est, avec une récolte de raisins sains. Avec la chaleur, quelques secteurs privés d’irrigation ont trinqué, d’autres comme les zones de Valréas et Violès ont été frappés par la grêle. Mais globalement Dame Nature est résiliante, elle a bien résisté aux aléas climatiques. »
Pierre Saysset, le directeur a évoqué la situation du vignoble de la Vallée du Rhône. « En 3 ans, on a constaté que les exploitations de plus de 100ha avaient été multipliées par 2, que celles de plus de 50ha avaient progressé de +16%. A contrario, avec la crise, certains ont réduit la voilure à moins de 15ha pour n’avoir besoin que d’un seul tracteur pour adapter leurs coûts au marché et ainsi préserver leur trésorerie. » Côté arrachage de vignes, « on escompte le faire sur 1 600 ha en Vaucluse, IGP, AOP et vins de France tout compris, ce qui est peu. »
« Ce qu’on réclame, c’est une année blanche, a insisté Céline Barnier. Pour travailler plus sereinement, pour respirer un peu. » Cela signifie, en termes bancaires, ne pas rembourser pendant 1 an les intérêts, crédits, charges et les reporter de 12 mois. Une année blanche, c’est une bouffée d’oxygène pour soutenir la trésorerie, maintenir les activités viticoles. Mais aussi pouvoir payer les salariés, les fournisseurs, les embouteilleurs et les cartons d’emballage. »
Plusieurs années difficiles pour la viticulture
Il est vrai que dans un passé récent les vignerons n’ont pas été épargnés. Leur tâche a été parsemée d’embûches, 2018 mildiou et Gilets Jaunes, 2019 Covid et Taxes Trump, 2020 confinement, 2021 gel, 2022 guerre en Ukraine, 2023 explosion du coût de l’énergie, 2024 répercussions sur les matières premières et dissolution de l’Assemblée Nationale sortie on ne sait d’où qui n’a rien arrangé, 2025, retour de Trump à la Maison Blanche avec ses lubies fiscales, enfin 2026 guerre en Iran, possible retour des Gilets Jaunes, instabilité politique intérieure et internationale, sans parler des Mozart de la Finance qui « ont cramé la caisse » avec une dette française abyssale…
Vivre ou survivre? C’est toute la question. « Si on ne nous aide pas, on ne va pas s’en sortir tout seuls, explique la Présidente des VI 84. En plus cet été entre la chaleur et les feux de forêt, les touristes ont pris peur, ils ne sont pas descendus chez nous. Dans nos caveaux et nos caves, l’œnotourisme a reculé de 20%, au Palais du Vin ici à Orange, on a constaté -13% d’achats de bouteilles de vin. »
Des difficultés de plus en plus pesantes
Il a été question de la baisse de la consommation qui se poursuit depuis des décennies. On est passé de 100litres par an à 40 en 60 ans. « On produit 45M d’hl alors qu’on en consomme 28M hl, commente Pierre Saysset. Il faudrait adapter l’offre à la demande, mettre en bouteilles ce qu’on est capable de vendre, pas plus. Avec les familles recomposées et souvent mono-parentales, fini le déjeuneur du dimanche autour d’un rosbif ou d’un poulet rôti avec la bonne bouteille millésimée que le papy sort de sa cave pour éduquer les enfants, leur apprendre le goût du vin. » Même réaction de Céline Barnier : « Aujourd’hui à midi, personne ou presque ne consomme un verre de vin, c’est mal. Dans les entreprises, finis les pots avec le personnel quand quelqu’un part à la retraite, fini le French Paradox, l’exception française. »
Recruter du personnel compétent et disponible relève aussi du parcours du combattant, surtout quand, dans le Vaucluse, contrairement à d’autres départements, un fonctionnaire zélé « interprète » la loi à sa façon quand il s’agit de prestations de service. Du coup le vigneron doit vérifier l’identité, les papiers de celui qui postule, qu’il est bien à jour sur le plan fiscal… Bref, il doit quasiment se substituer à la police, comme s’il n’avait que cela à faire. Heureusement, ce dossier est en cours d’examen à la Préfecture de Vaucluse et à la Sous-Préfecture de Carpentras et il est est en voie de solution. Il faut savoir que rémunérer quelqu’un avec un contrat TESA (Titre emploi simplifié agricole) coûte 12€/h quand faire appel à l’interim passe à 23€, presque le double…
Malgré tous ces aléas qui ne sont pas que climatiques, les vignerons y croient dur comme fer, ils se battent, ils avancent avec passion. Ils espèrent des jours meilleurs, une reprise de la consommation — même avec modération — avec d’autres contenants (canettes de 33cl par exemple), d’autres cépages pour des vins plus frais et plus légers qui séduiraient aussi les jeunes générations. « Aujourd’hui, le blanc a le vent en poupe avec 12% des ventes, le rosé est passé lui aussi de 3% à 12%, nous devons répondre aux attentes des consommateurs, nous adapter, nous réinventer », a conclu la Présidente des Vignerons Indépendants de Vaucluse qui regroupent environ 400 domaines, 11 000 hectares, 47 appellations et 30 millions de bouteilles commercialisées dans la Vallée du Rhône.























































