Lors de ses vœux 2026, le président de la Capeb Vaucluse -Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment-, Philippe Herzog, a dressé un constat sans fard : l’artisanat du bâtiment traverse une crise durable, alimentée par la chute du neuf, des trésoreries sous tension et une instabilité réglementaire étouffante. Dans le Vaucluse, où les mises en chantier de logements reculent fortement, la Capeb appelle à un ‘choc de confiance’, à la simplification et à une politique lisible, tout en misant sur des relais locaux : adaptation des logements au vieillissement, patrimoine, formation et montée en compétence.
Il y a des discours de vœux qui ressemblent à des bulletins météo. Et puis il y a ceux qui sonnent comme un baromètre d’alerte. Lundi 19 janvier, Philippe Herzog, président de la Capeb Vaucluse, a choisi la seconde option : un propos à la fois institutionnel et frontal, traversé par une phrase qui résume l’état d’esprit d’une partie de la profession : “des chantiers signés, payés, réalisés dans de bonnes conditions… ce qui est devenu une forme de luxe.” Un discours entendu par une soixantaine de personnes dont Thierry Suquet, préfet de Vaucluse.
Une crise qui s’installe, chiffres à l’appui
Au niveau national, la Capeb documente une dégradation persistante de l’activité. Sa note de conjoncture du 3ᵉ trimestre 2025 fait état d’un nouveau recul de l’artisanat du bâtiment, avec une baisse de 3,5% sur un an, tirée par la chute de la construction neuve (-6%) et un entretien-rénovation lui aussi en repli.
En Vaucluse
Dans le Vaucluse, le tableau est au diapason. Les dernières analyses conjoncturelles de la filière construction indiquent 1 900 logements commencés sur 12 mois à fin novembre 2025, soit -29,8% en un an, tandis que l’emploi salarié construction est donné en baisse (12 727 salariés ; -4,2%). Des chiffres qui donnent un relief particulier aux mots du président : carnets irréguliers, marges qui se tassent, entreprises qui “réduisent la voilure” — et, de plus en plus, des dirigeants qui écourtent leur trajectoire en anticipant la retraite, faute de perspectives.

“On nous demande d’être tout, tout de suite”
Au cœur du discours : l’instabilité. Philippe Herzog prend l’exemple emblématique de la rénovation énergétique, où l’outil public est perçu comme mouvant, complexe, parfois contradictoire avec les doctrines de formation de la profession. Le débat dépasse les seules lignes budgétaires : il touche à la confiance, à la lisibilité des règles et à la capacité d’une TPE (Très petite entreprise) à se projeter.
Effet yoyo
Ce diagnostic ‘d’effet yo-yo’ n’est pas isolé. Plusieurs analyses ont décrit une succession d’ajustements, de recentrages et de contraintes administratives autour de MaPrimeRénov’, au risque de décourager ménages et professionnels. À cette instabilité s’ajoute, selon la Capeb, une forme de paradoxe quotidien : être “plus verts, plus rapides, plus numériques” tout en restant “moins chers”, dans un environnement de contrôles et de procédures qui, à l’en croire, se trompe parfois de cible.
Le local comme levier : maires, marchés publics, logement adapté
Le président de la Capeb 84 a profité de l’année préélectorale municipale pour interpeller les élus : sans investissement local, le bâtiment ne joue plus son rôle de moteur territorial. Il demande notamment de faciliter l’accès des TPE à la commande publique et de redonner de l’oxygène administratif.
Pousser les marchés à potentiel
Dans le Vaucluse, la Capeb veut aussi pousser des marchés ‘à potentiel’ : l’adaptation des logements au vieillissement, via MaPrimeAdapt, et l’accompagnement des seniors. L’argument démographique est solide : selon l’Insee, la part des 60 ans ou plus atteindrait 31,5% dans le département en 2025. Autrement dit : la question du maintien à domicile n’est plus un sujet périphérique, mais un segment structurel, appelé à se développer.

Patrimoine, RSE, formation : la stratégie des compétences
Au-delà du constat, Philippe Herzog déroule une ligne : tenir par l’outil collectif et la montée en expertise. Patrimoine -bâti agricole, hydraulique, cultuel, mémoire-, RSE -Responsabilité sociétale des entreprises, appelée à devenir plus structurante dans les marchés-, qualifications, labels, et surtout formation, présentée comme un investissement défensif et offensif à la fois.
Renforcement de l’équipe
La Capeb Vaucluse annonce d’ailleurs un renforcement de son équipe sur les volets qualifications, fidélisation/adhésion et formation, avec une promesse : aider les artisans à se repérer dans la complexité, plutôt que de la subir seuls.
L’endurance pour tenir
Le discours se clôt sur un triptyque : action, union, détermination, et un mot ajouté, comme un aveu lucide : l’endurance. Dans un secteur où la crise du neuf pèse sur tout l’écosystème et où la rénovation devient plus technique, plus risquée, plus normée, l’enjeu n’est pas seulement de tenir, c’est d’éviter que la lassitude ne se transforme en renoncement.
Sans artisans, point de société
Car derrière les pourcentages et les dispositifs, il reste une réalité très concrète : sans artisans, pas de logements rénovés, pas de patrimoine entretenu, pas d’urgence réparée, pas de transition énergétique à l’échelle des quartiers. Et c’est précisément ce que la Capeb 84 est venue rappeler, vœux après vœux, non comme un rituel, mais comme un signal.
Sources Capeb, Cerc, Insee.
Mireille Hurlin

Valérie Coissieux, présidente de la Chambre des métiers et de l’artisanat de Vaucluse et Thierry Suquet préfet de Vaucluse Copyright MMH























































