Avec une participation de 57,35%, en progression par rapport à 2020 (42%) quand le second tour avait eu lieu en juin à cause du confinement consécutif au Covid, le Vaucluse a sensiblement fait bouger les lignes du paysage politique ce 22 mars.
À commencer par Avignon où après 3 mandats de la chiraquienne Marie-Josée Roig et 2 mandats de la socialiste Cécile Helle, c’est Olivier Galzi qui a ravi la mairie avec 40,62%. L’Avignonnais, qui a entamé sa campagne fin-août lors du Ban des Vendanges et qui a été qualifié de « parachuté », réfute ce terme, comme celui de « divers droite » que lui a accolé la préfecture, mais qui a accepté le soutien de l’UDI et d’Horizons. « Cette victoire m’honore et m’oblige. Elle a été portée avec sincérité, conviction et liberté, déclarait-il hier soir après la proclamation des résultats. Je n’ai aucun état-major derrière moi, alors que mes adversaires, eux, sont installés depuis longtemps ici, avec leurs réseaux. Avignon a décidé de prendre son destin en main, elle a envie de changement, loin des alliances politiciennes et partisanes. » Jeudi soir, il avait réuni plusieurs centaines de militants sur le parvis de la Mairie dénonçant « la fusion de la honte » entre le PS et LFI. « J’accuse David Fournier d’avoir trahi l’histoire et les valeurs d’Avignon en acceptant de s’allier avec un parti qui justifie la violence en politique et à une candidate soutenue par un député condamné pour violence en réunion, celui qui a créé la Jeune Garde. »
Le nouveau maire a rappelé que tous les quartiers d’Avignon, même les plus populaires de l’extra-muros ont voté pour lui. « De Montfavet à La Barthelasse , ils ont senti que nous allons répondre à leurs attentes et je promets d’être le maire de tous les Avignonnais, même ceux qui n’ont pas voté pour moi, j’ai envie de les réconcilier. Je souhaite ajouter un nouveau chapitre à la belle et riche histoire d’Avignon ». D’ailleurs, dans sa permanence de la Rue du Vieux Sextier, les sympathisants étaient sur un petit nuage. « On a gagné », « avec lui on ira loin, il a su nous fédérer, nous amener à la victoire », et « ensemble, nous allons redonner un sens à la ville, nous voulons qu’elle brille », ont commenté ses supporters.
Olivier Galzi devance l’alliance PS-LFI et le RN
Face à lui, l’union de la gauche a totalisé 38,01% des suffrages. Accusé d’être soumis aux insoumis, David Fournier (PS) s’est allié à la LFI Mathilde Louvain entre les deux tours et a refusé de participer à trois débats pour défendre ses arguments. À l’occasion de ces revirements, à Avignon comme ailleurs en France, Manuel Valls, ancien Premier Ministre socialiste n’a pas mâché ses mots : « Cette gauche PS qui prête allégeance à un parti dont le leader s’adonne aux outrances, aux saillies provocatrices, au racisme, à la violence politique pour un plat de lentilles, c’est à vomir. »
Abasourdi par le résultat de ce second tour, David Fournier s’est déclaré déçu. « Je pensais à une autre issue. Les votes des quartiers populaires ont été insuffisants, la droite a siphonné les voix du RN. Mais on va avoir 10 élus au Conseil Municipal et avec Mathilde Louvain, nous allons nous battre pour plus de justice sociale à Avignon. » De son côté, Mathilde Louvain a dénoncé « le vrai visage du nouveau maire, présenté comme apolitique, sans étiquette mais qui, au fil de la campagne, a dérivé de plus en plus vers la droite. »
Quant à Anne-Sophie Rigault, 3e de cette triangulaire avec 21,37% des voix, (qui a gagné plus de 1000 voix depuis 2020 quand elle était un duel face à Cécile Helle) elle a expliqué sa défaite. « Le vote utile s’est porté sur Olivier Galzi, mais demain les Avignonnais vont ouvrir les yeux. La gauche, elle, a perdu la face et surtout la confiance des vrais gens de gauche. Elle voit bien que LFI a fait énormément de mal dans cette ville depuis deux ans, depuis les législatives. » Faisant allusion au député LFI qui n’a été vu ni à Avignon ni à l’Assemblée Nationale depuis la mort du jeune Quentin à Lyon.
Le RN à Orange et Carpentras
Autre temps fort de ce second tour où seulement 21 villes étaient concernées en Vaucluse, Orange. Fief des Bompard père et fils depuis 1995, les clés de la mairie ont été remises au RN Jean-Dominique Artaud, un ancien adjoint, qui a devancé Jacques Bompard avec 35,76% des suffrages contre 32,47%. « Notre politique de porte à porte, de proximité avec les Orangeois a payé. L’ancien maire a vieilli, peut-être a-t-il péché par un excès de confiance. Nous allons continuer à rester à l’écoute des habitants, améliorer la sécurité notamment », a conclu Jean-Dominique Artaud.
Victoire également du RN dans la 2e ville du département, Carpentras. Là où avait débuté la carrière de Marion Maréchal, benjamine de l’Assemblée Nationale en 2012, quand son suppléant était l’avocat Hervé de Lépinau. Et c’est lui, qui fait partie des quatre députés frontistes du département, qui enlève la mairie, face à deux gauches irréconciliables avec un score de 50,78%. Il a bénéficié des voix de l’ex zemmouriste Bertrand de la Chesnais et de celles de l’extrême droite Christian Richaud-Simoni. « En fait la dynamique était là, l’alignement des planètes aussi, l’alliance du trio était donc naturelle face à la guerre fratricide de la gauche. Après 18 ans de gauche, le balancier penche de notre côté, nous allons faire un audit pour voir ce qui se cache dans les placards et agir au quotidien au service de tous les Carpentrassiens. »
De l’autre côté de l’échiquier politique, l’ancien maire, condamné pour violence conjugale, le divers gauche Francis Adolphe, qui s’est maintenu au second tour, a totalisé 24,70% quand un autre DVG, le maire sortant Serge Andrieu, le suit de 22 voix avec un taux de 24,52%. Les deux frères ennemis comptent bien siéger dans l’opposition au Conseil Municipal comme à la CoVe.
Des maires qui repartent pour un tour
À Cavaillon, le DVD Gérard Daudet a eu chaud. Il garde la mairie pour une poignée de voix, 47 exactement et 45,73% des suffrages. « Ouf, je suis soulagée », insiste Bénédicte Martin, conseillère régionale. Il y a eu une vraie mobilisation des forces modérées pour rester dans la république. » Une victoire sur le fil. Du coup Bénédicte Auzanot, la députée RN arrivée derrière (45,22%) compte déposer un recours, vu le mince écart de voix et conclut : « Un vent d’espoir s’est soulevé mais n’a pas abouti. » De son côté le DVG Patrick Blanès qui s’est maintenu a récolté moins de 10% des voix.
Un autre maire qui a eu des sueurs froides, hier soir, Pierre Gonzalvez à L’Isle-sur-la-Sorgue. Il a du attendre les derniers dépouillements pour constater sa victoire (25,71%) avec 219 voix d’avance sur le DIV Romain Dufaud (42,55%) et le RN Christian Montagard (12,65%). Il peut donc enchaîner sur un 4e mandat. Victoire serrée également à Apt, dans une quadrangulaire, pour le DVD Jean Aillaud (29,29%), pas maire sortant mais ancien 1er adjoint de Dominique Santoni avec seulement 16 voix d’écart avec le RN Patrick Bonnet (28,92%), 3e le DVG Christophe Carminati (26,64%) et dernière Céline Celce DVG (15,16%).
Au Thor, malgré là aussi une quadrangulaire, reconduction du maire DVD Yves Bayon de Noyer (élu depuis 2014) avec 24,18% des suffrages devant le RN Alain Poujol (14,84%) à, Jérémy Bernard, DIV (17,82%) à et la DVG Isabelle Imperatori (13,07%).
Le reste du Vaucluse partagé
À Aubignan, le maire sortant DVG Siegfried Bielle battu malgré ses 44,37% par la conseillère départementale RN Marie Thomas de Mallevillle (55,63%). Le parti frontiste qui a aussi été élu à Bédarrides avec Guillaume Taddio (58,35%) face à l’ancien maire Joël Sérafini DVD (41,65%).
À Monteux, où Christian Gros ne briguait pas de 7e mandat mais était présent sur la liste de Carine Blanc qui s’est retirée entre les deux tours, c’est également un RN qui a été élu, Patrice de Camaret (56,72%) devant le Divers Centre Christophe Mourgeon (34,19%) et le DVG Michel Mus (9,09%). À Jonquières, où Louis Biscarrat ne se représentait pas non plus, victoire du DVD Sébastien Orivelle (43,69%) devant la DVD Claudine Maffre (41,38%) et Émile Cavasino le frontiste crédité de 15,03% des suffrages. Et à Piolenc, où le doyen des maires de Vaucluse, Louis Driey ne se représentait pas non plus, c’est l’un des trois DVD en lice, Sébastien Payan qui l’a emporté (53,45%) devant Olivier Prouteau (26,13%) etBrigitte Machard (20, 42%).
Dans le Sud-Est du Vaucluse, défaite du DVD Roger Pellenc, le créateur du groupe éponyme leader de machinisme agricole, battu par le Divers Centre Aurélien Auclair, 57,17% contre 26,64%, 3e le DVG Eric Banon (16,19%). Autre échec à Sarrians pour la maire sortante Anne-Marie Bardet DVD (33,06%) qui laisse sa place au DVD Alexandre Kormanyos élu avec un score de 66,94%.
À Mazan, arrivée à la mairie du DVC Stéphane Claudon (49,74%) devant le DVD Louis Bonnet (41,30%). Saint-Saturnin-les-Avignon a vu gagner la DIV Chantal Bonnefoux (52,46%) face à un autre DVD, Sylvain Penalva (47,54%). À Lauris, le nouveau maire DIV s’appelle Eric Fontanarava (53,91%) qui a battu la DVD Dominique Colombo (46,07%). À Mornas, c’est une femme qui a été élue, Katy Ricard (39,19%). À Violès Christophe Menu avec 439 voix, soit 4 de plus que Jérome Gaucher (435). À Lourmarin, arrivée à la mairie d’Olivier Vollaire (55,87) qui a devancé Jean-Pierre Pettavino (44,13%). Enfin, Pierre Gabert, l’ancien maire de Pernes, a choisi Sault pour se présenter et il a été élu avec 410 voix contre Christian Roucher 406 votes… Là aussi le score le plus étriqué du département avec 4 voix, comme à Violès.
À suivre, les élections pour les intercommunalités et les sénatoriales
3e tour, les élections au sein des communautés de communes, puis, en Vaucluse, les sénatoriales en septembre. Et avec le peu de communes estampillées LR (Vaison, Sorgues principalement), la perte d’Avignon et de Carpentras par la gauche et la percée du RN (Le Pontet, Morières, Camaret au 1er tour, Aubignan, Carpentras, Monteux, Orange, Bédarrides au second), les sénateurs sortants (deux LR et un PS) vont vraiment devoir mettre les bouchées doubles pour séduire les grands électeurs afin de retrouver leur fauteuil de velours rouge au Palais du Luxembourg. Mais les cartes risquent, à coup sûr, d’être rebattues de fond en comble.





















































