La star du pansori Lee Jaram sur la scène de l’Opéra Grand Avignon
Elle entre sur scène et s’adresse à nous directement, simplement pour se présenter, heureuse d’être pour la septième fois en France, connaissant déjà le Festival d’Avignon pour y avoir déjà joué dans le Off mais présentant sa création ‘Neige, Neige, Neige’ pour la première fois ici en France.
Petit moment de pédagogie quand elle nous présente le pansori, cet art vivant né au XVIIIie siècle en Corée et nous prévient que ce spectacle comprend trois personnages : la narratrice, le percussionniste et le public. On apprend ensuite qu’elle a choisi de nous raconter une nouvelle écrite en 1895 par Léon Tolstoï : Maître et serviteur et que toutes réactions du public seront les bienvenues. La curiosité déjà largement aiguisée s’accroît. On se demande bien comment on va pouvoir intervenir ou interférer entre le coréen et la langue russe ! On peut même oser une crainte quant à l’intérêt du spectacle..
Un coup d’éventail, un sourire, un haussement d’épaule de Lee Jaram et le doute est dissipé : nous ne pourrons que nous plier aux rebondissement de cette nouvelle pourtant toute simple de Tolstoï : l’histoire d’un marchand cupide et de son serviteur pris dans une tempête de neige. Lee Jaram va nous tenir en haleine pendant plus de deux heures et sa performance physique et vocale est époustouflante.
Une belle découverte que le Pansori
Le pansori, art du récit ou du conte, est une manière de raconter une histoire. Celle-ci va être modulée, chantée, parlée, mimée, jouée,scandée, bruitée. Sur la scène dénudée, la récitante Lee Jaram accompagnée de son « unique et indispensable partenaire » Lee Jun-hyoung percussionniste discret mais néanmoins inspiré vont affronter les steppes russes. Les images se forment, disparaissent ou flottent dans un entre deux poétique ou quelquefois violent. Le froid commence à nous pénétrer malgré la canicule extérieure de juillet. Vassili, Nikita, le cheval, la tasse de thé nous conduisent peu à peu dans les tourments de l’humanité, les questions de vie ou de mort, de sagesse ou de cupidité. Pour rien au monde on ne quitterait cette histoire pourtant simple avec un rebondissement étonnant, gagné par l’humour de LeeJaram qui n’hésite pas à rajouter son point de vue malicieusement, à nous interpeller ou même à nous faire chanter avec elle. Elle le répète, elle a besoin du public, elle a besoin du soutien du tambour du percussionniste car la performance est physique. On sent que le spectacle pourrait s’arrêter là ou au contraire durer des heures mais Lee Jaram est une magicienne et renaît à chaque péripétie.
Avec une humilité déconcertante elle nous a envoûtés, enchantés et l’Opéra d’Avignon a vibré à tous les balcons.























































