On attendait impatiemment la dernière création du metteur en scène Sébastien Lanz, ‘Et vivre était sublime’ découverte en 2024 au Théâtre des Halles d’Avignon. La voici enfin au Festival Off 2026.
Vouloir adapter ce monument qu’est Belle du Seigneur d’Albert Cohen est une gageure à laquelle personne ne se confronterait. Et ce n’était d’ailleurs pas l’intention de Sebastien Lanz quand il y a 7 ans, il a commencé à imaginer un spectacle autour de ce roman. Non pas une adaptation mais plutôt une mise en abyme de sa propre fascination pour ce livre mythique.
Qui ne s’est pas perdu dans ces circonvolutions romanesques de ce livre de près de 1000 pages sans parler de ceux qui n’en sont pas venus à bout… tout en le regrettant ?
C’est peut être d’ailleurs la difficulté de ce spectacle : comment digérer ces 106 chapitres en 7 parties en moins de 2h et surtout comment finir ? Mais chut !
De nos jours, la puissance de la littérature
La mise en scène ingénieuse nous plonge directement dans le sujet. Les cartons ou intertitres projetés à la manière des films muets nous situent et le livre et l’action : le livre d’ Albert Cohen paru en 1968 mais commencé dès 1930 qui relate la passion drôle, cynique et destructrice entre Solal et Arianne mariée au diplomate Adrien. C’est simple, direct, efficace.
Sur le plateau, ils seront également 3 mais transposés — dans un premier temps — à notre époque : Gentiane, l’éco-activiste incarcérée dans la même cellule que Nono le tout sous la tutelle de la gardienne Laura.
Le début du spectacle est passionnant : comment dans ce milieu de violence et de négation du Verbe et de la poésie, un livre peut changer les rapports entre humains et les rendre humains.
Comment un livre peut renvoyer à sa propre existence, comment être captivé alors qu’on est déjà captif ? Comment cette capture est libératrice ? Ah l’évasion par la lecture tant galvaudée trouve ici tout son sens !
La belle énergie des 3 actrices donne un rythme moderne et soutenu. Le décor de voile occultant et les jeux de lumières participent pleinement au plaisir d’entendre le texte originel lu par les protagonistes. Le livre, objet de tentation et d’interdiction devient peu à peu un personnage à part entière et la fascination opère.
Le voile se lève, l’intrigue s’accélère
Par la levée de ce voile , le plateau alors se transforme, nous ne sommes plus dans la cellule de Nono mais dans les appartements d’Ariane. Rien n’a vraiment changé si ce ne sont les protagonistes qui glissent peu à peu dans les personnages du livre, se l’accaparant au delà de la performance d’apprendre par cœur ce flot de poésie. Le metteur en scène commence à nous perdre un peu, peut-être est ce voulu ? Il pouvait choisir de rester dans l’univers carcéral qui est paradoxalement poétique ou entrer dans l’histoire du roman qui devient violente.Il choisit la deuxième option.
On s’était attaché à ces 3 femmes en prison, on rentre peu à peu dans le roman qui est joué et interprété — avec brio certes — mais qui nous surprend par sa violence, par une mise en scène démonstrative.
Il en reste cependant de beaux portraits de femmes sublimes… forcément sublimes et un bel hommage à la puissance des mots sur les actes.
























































