Au Château de Mille, au cœur du Luberon et de ses ocres, l’exposition ‘La Poétique de la terre’, du 10 juillet au 9 octobre 2026, propose un dialogue sensible entre photographie et céramique. À travers le regard de Hans Silvester, notamment avec sa série ‘Les Poules des Bench’ et les œuvres de plusieurs céramistes installés ou nourris par le territoire, la terre apparaît au-delà du matériau, recouvrant une mémoire vivante, un lien entre le geste des hommes, les paysages, et modes de vie.
Au cœur du Pays d’Apt, le Château de Mille, plus ancien domaine viticole du Luberon, nourri de plusieurs siècles, résidence estivale des papes d’Avignon, travaille une viticulture régénérative en bio, respectueuse de la biodiversité. C’est dans cette continuité que se déploie ‘La Poétique de la terre’. L’exposition met en résonance paysage, mémoire et création, autour ‘d’Une terre relie’ : Les gestes, les territoires , les récits, les artisans et les vignerons d’un même langage, celui du sol.

Hans Silvester : la photographie comme attention au vivant
A la photo ? Hans Silvester, artiste à l’œuvre patiente et immersive. Depuis plusieurs décennies, il construit une photographie attentive aux relations entre êtres humains, paysages et vivant, nourrie par une proximité systématique. Installé en Provence après la publication de Camargue avec Jean Giono, il a réalisé, pendant plusieurs années, des séries auprès de peuples de la vallée de l’Omo, en Éthiopie.
‘Les Poules des Bench’
La série ‘Poule Bench’ – Hans Silvester est un grand amoureux des gallinacés- se concentre sur une relation quotidienne, presque discrète, mais essentielle : celle entre les habitants Bench et leurs poules. À plus de 500 km au sud d’Addis-Abeba, les Bench vivent dans des huttes en terre, peintes à l’aide de pigments naturels. Les poules y partagent le quotidien des familles : elles participent à l’équilibre domestique, contribuent à l’alimentation et, surtout, protègent les foyers. Hans Silvester décrit une scène où l’animal devient sentinelle : peu nourries, les poules sont en éveil, chassent les insectes et attirent l’attention en cas d’approche d’un danger.
Les céramistes : la terre comme langage, pas comme décor
Face à cette photographie du vivant, les artistes céramistes se penchent, eux, sur le geste qui façonne matière, entre expérimentation et mémoire, où chaque pièce garde la trace du temps, du travail, du feu et de son territoire.
Amahiguere Dolo : mythes dogon et territoire habité
Né au pays Dogon au Mali, Amahiguere Dolo (1955–2022) s’est inspiré de la cosmogonie Dogon. Installé à Ségou, il travaille la matière comme une mémoire vivante traversée par les récits et les traditions. Dans l’exposition, ‘Villages’, œuvre prêtée par la Fondation Blachère, l’artiste évoque les communautés humaines et les liens invisibles, spirituels, qui unissent les êtres à leur territoire.
Camille Feveile & Alice de Tovar : terre-mémoire et formes du vivant
Installée dans le Luberon, Camille Feveile récolte argiles, graines et éléments naturels : elle compose avec la terre une mémoire faite de traces et de transmission. Alice Ravelo de Tovar, formée à l’architecture, observe, pour sa part, les paysages et les corps qui les habitent, traduisant ces relations par le dessin, la gravure ou la bande dessinée. Ensemble, elles développent une pratique à la fois organique et délicate, où émerge une ‘terre-mémoire’, sensible et sauvage, une continuité entre le réel et l’imaginaire.
Annick Lestrohan : reliefs, ocres et lumière méditerranéenne
Avec Annick Lestrohan, la céramique bascule vers une écriture presque picturale. Ses œuvres, reliefs en terre travaillés sur toile, jouent des ocres, des blancs et des nuances minérales. Les traces du geste et de la cuisson composent, ainsi, des surfaces organiques, comme des paysages intérieurs inspirés de la Méditerranée, de la roche et de la lumière.
Terra Mea : lenteur du geste et argiles sauvages
Terra Mea, projet céramique né dans le Luberon, avec Neu Falguera et Jon Runsten, travaille à partir d’argiles sauvages récoltées sur place. Influencées par des traditions japonaises et scandinaves, les pièces privilégient la sobriété, la main et le temps. Chaque œuvre porte l’empreinte du territoire d’origine et prolonge une relation attentive à la terre, au rythme naturel et au vivant.
L’IrRégulière (Anna Vergnas) : faïence d’Apt et irrégularité assumée
Demeurant à Marseille, Anna Vergnas puise dans des souvenirs et dans l’héritage des savoir-faire du Luberon. Ses pièces s’inspirent de formes anciennes, de motifs floraux et de la tradition de la faïence d’Apt, jusqu’aux origines antiques de la ville. Son travail cherche l’équilibre fragile : l’irrégularité révélant une mémoire transmise. L’artiste explique avoir été inspirée, pour la confection d’un vase, d’une amphore grecque retrouvée lors de fouilles à Apt, objet qu’elle a réinterprété via des techniques de décors propres à la faïence.
Une exposition qui redonne une place au sensible
‘La Poétique de la terre’ relate une expérience de lecture du monde. C’est ainsi que la photographie de Hans Silvester révèle la continuité entre humains, animaux et habitat que la céramique des artistes invités transforme en traces, textures et présences. Au Château de Mille, planté dans ce paysage d’exception, on comprend alors que la terre que l’on foule, que l’on sculpte ou que l’on cultive est celle des gestes, des mémoires et des vivants.
Les infos pratiques
Exposition La Poétique de la terre. Du 10 juillet au 9 octobre 2026. Au Château de Mille, 2650 route de Bonnieux à Apt. Plus précisemment entre Apt et Bonnieux. : Du lundi au samedi : 10h30–12h30 et 14h30–18h. Juillet-août : 10h–19h. Parking sur place. Contact : 04 88 85 22 15 ; contact@chateaudemille.com
Mireille Hurlin































































